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Full text of "Essais sur la question agraire en Belgique"

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Emile Vandervelde 



E5SAIS 

sur la 



QUESTION AGRAIRE 

en Belgique 



I. La Petite Propriété Rurale 
II. Les Villes Tentaculaires 
IIL La Coopération Rurale 



PARIS 
Editions du MOUVEMENT SOCIALISTE 

10. rue Monsieur-le-Prince (Vl^J 

■1902 / 



HJ) 



SEPB 1972 



Indications Bibliographiques 



1. Recensement général de iSçS, publié parle Ministre de l' Agricul- 

ture i:t des Tr.waux Publics. Bruxelles, igoo. 

2. Ministère de l'Agriculture (Service des agronomes de l'Etal) : 

Monographie agricole de la région delà Campine. Bruxelles iSgg. 
Monographie agricole de la région del'Ardenne. Bruxelles i8gg. 
Monographie agricole de la région sablonneuse des Flandres. 

Bruxelles igoo 
Monographie agricole du pays de Hervé. Bruxelles igoo. 
Monograpliie agricole de la région du Conciroz. Bruxelles igoo. 
Monographie agricole de la région Jurassique. Bruxelles igoi. 
Monographie agricole de la région Limoneuse et Sablo-Limo- 

neuse. Bruxelles igoi 

3. Ministère de l'Agriculture (Administration de l'Agriculture) : 

Exposés statistiques de la situation des associations d'intérêt 
agricole pendant les années iSgget igoo. Bruxelles, Weissen- 
bruch, igoo et iqoi. 

4. Congrès NATioN.\L d'Agriculture. Namur i.goi. Rapports préli- 

minaires et compte-rendu des travaux du Congrès. Bruxelles, 
\'romant, igoi. 

5. Le Laboureur, organe hebdomadaire de la démocratie socialiste 

rurale, édité à Huy. 

6. Bertrand. La question agraire. Avenir social, n" Cj, i8g6, p. 65-88. 

7. Delà Vallée Poussin. La propriété paysanne en Belgique. Revue 

sociale catholique, i""" février i8q8. 

8. Hector Denis. Proposition relative à l'organisation du crédit fon- 

cier rural mutuel. Annales de l'Institut des sciences sociales, iSgy. 
p. 146. Bruxelles, 1897. 



b INDICATIONS RIBLIOGRAPHIQUES 

g. \'ANnF,Rvi;LnE. L'influence des villes sur les campagnes : La Hulpe, 
Rixensart, Genval. — La propriété foncière en Brabant. — 
La propriété foncière dans les proA'inces d'Anvers et de Lim- 
bourg. — La propriété foncière dans les provinces de Hainaut 
et de Liège. — La propriété foncière dans les provinces du 
Luxembourg, de Namur, de la Flandre Orientale et Occiden- 
tale. — Annales de V Institut des sciences sociales. 1898, p. 439 ; 
1899, pp. 257. 304, 592, 752. Bruxelles, i8g8 et i8gq. 

10. VANDERVELni:. La propriété foncière en Belgique. Paris, 

Schleicher, igoo. 

1 1 . Vandervelde. Le socialisme et la transformation capitaliste de 

l'agriculture. Revue socialiste. Juin igoo. 

12. Vaniiervelde. I .a question agraire en Belgique, dans « Le Socialis- 

me en Belgique ». Paris, Giard et Brière, 1898. 

13. Vlieberg. Le socialisme agraire. Revue sociale catholique, i^'" fé- 

vrier 1900, 

14. von Chlapowo Chlapoavski. Die Belgische Land\\irtschaft in 

19 Jahrhundert. Stuttgart, igoo. 

15. voN Steffens-Frauweiler. Der Agrarsozialismus in Belgien. 

Stuttgart, igoo. 



INTRODUCTION 



Pour les Editions du Mouvement socialiste, je réunis en 
volume, ces trois Essais sur la question agraire en Belgique. 

Le premier est un Rapport sur la petite propriété rurale, 
présenté au Congrès socialiste agricole de Waremme, 
le 19 décembre 1897. Les deux autres sont des confé- 
rences faites aux Etudiants collectivistes de Paris, en 1899 
et 1901, publiées d'abord dans le Mouvement Socialiste, 
puis rédigées, sous une forme plus précise, pour 
paraître dans la Revue d'Economie politique. 

En vue de la présente publication, je me suis borné 
à les mettre au point, sans essaj-er de leur donner, 
après coup, une coordination artificielle. Il m'a paru 
de quelque intérêt, au contraire, de laisser à peu près 
intactes, des publications qui, se succédant à deux et 
quatre années de distance, reflètent les transformations 
qui se sont produites dans les faits, et aussi dans les 
idées, pendant ce laps de temps. 

Quand, pour la seconde fois, en Belgique, un Congrès 
socialiste agricole se réunit, à la fin de 1897, notre 
propagande à la campagne ne faisait que commencer : 
la plupart des congressistes étaient des citadins; quel- 
ques cultivateurs, à peine, se trouvaient présents et ne 
jouèrent dans les délibérations qu'un rôle effacé; nous 
possédions à peine quelques vagues rudiments d'organi- 
sation rurale. 



O INTRODUCTION 

Aujourd'hui, la situation s'est modifiée : nos Congrès 
annuels sont réellement des Congrès agricoles; dans 
presque toutes les régions du pa3's, il existe, sous des 
formes diverses, des groupements de campagnards 
socialistes; enfin, les monographies agricoles, publiées 
par le Parti Ouvrier, ainsi que les nombreuses publica- 
tions du Département de l'agriculture, permettent de se 
faire une idée plus exacte de la situation économique 
et sociale des classes agricoles, dans notre pays. 

Ces documents nouveaux, au surplus, ne font que 
rendre plus évidents les trois phénomènes caractéristi- 
ques sur lesquels, principalement, ont porté nos études : 
la décadence de la propriété paysanne; l'accroissement d' in- 
fluence des villes sur les campai;nes ; le développement progressif 
de la coopération rurale. 

A l'époque où parut notre Rapport sur la petite pro- 
priété, le gouvernement n'avait pas encore publié les 
résultats du dernier Recensement général de Vai^riculture 
(i8ç5). Ces résultats, que nous possédons aujourd'hui 
— la publication n'en est achevée que depuis 1900 — 
établissent, mieux encore que les recensements anté- 
rieurs, la continuelle décroissance du faire valoir direct, 
au profit de la propriété capitaliste. 

Si l'on fait abstraction, en effet, des bois et des 
terrains incultes, pour ne tenir compte que des 
cultures ordinaires, le tableau suivant, que nous em- 
pruntons à la partie analytique du recensement, 
met en évidence le recul de la propriété paysanne 
(déjà fort réduite en 1846) pendant la seconde moitié 
du XIX« siècle : 



INTRODUCTION 



Nombre d'hectares cultivés en faire valoir direct 
pour 100 hectares d'étendue cultivée 



PROVINCES 


184(3 


1856 


1866 


1880 


1895 


Anvers 

Brabant 

Flandre Occidentale . . 
Flandre Orientale . 

Hainaut 

Liège 

Limbourg 

Luxembourg 

Namur 


27.16 

^9-57 
15.08 

-4-05 
36.77 

74-37 
40.98 


27.06 
30.17 
13.72 
24.96 

35-67 
37.20 

45-63 

75.88 

40.96 


27.40 
30.S7 
12.24 
24.01 

34-9' 
35-i6 
43.18 

66.87 
36.41 


40.51 
28.88 
16.00 
26.01 
34.91 

39-95 
58.22 
65.61 

38.83 


27.04 

27.95 
11.66 
22.24 
30-97 
3» -03 
40.86 
66.01 
36.34 


Le royaume 


34--- 


34-3- 


32.68 


35-95 


31.11 



Le commentateur officiel de ce tableau fait observer 
que « la comparaison avec les renseignements recueillis 
en 1880 ne peut s'effectuer parce que ces derniers pré- 
sentent, avec les données des recensements antérieurs, 
des écarts que la connaissance des circonstances écono- 
miques de l'époque ne permet pas de justifier » (i). 

Les autres chiffres du tableau nous apprennent que 
sur 100 hectares de cultures ordinaires, 84 h. 22 étaient 
mis en valeur par le propriétaire lui-même, en 1846; 



(1) Recensement général de 1895. Partie Analytique, p. 25. Bru- 
xelles, igoo — Cf. p. 21 : « Il convient de faire des réserves, quant 
à l'exactitude des données recueillies en 1S80. On a vu, précédemment 
que, d'après le recensement de 1880, le total de l'étendue exploitée 
dépassait de beaucoup le chiffre des mêmes étendues recensées en 1846, 
1866 et surtout en 1895; la différence avec le recensement actuel est 
de 97443 hectares. 11 a été démontré, d'autre part, que les chiffres 
recueillis en 1 895 se rapprochent suffisamment de la réalité pour qu'on 
puisse avancer que les renseignements de la statistique de 1880 sont 
exagérés.... », 



10 INTRODUCTION 

34 h. 32 en i856; 32 h. 68 en 1866; 3i h, 11 en i8g5. 
Le faire valoir direct a donc subi, en i8g5, une réduc- 
tion de 4.80 p. c, relativement à i856 et de 9,09 p. c. 
relativement à 1846. Ces diminutions se manifestent 
principalement dans les provinces de Brabant, de 
Flandre Orientale et, surtout, de Hainaut et de Liège, 
où elles atteignent, par rapport aux données de 1866, 
une proportion de 11.29 ^* *^^ 11 -75 p. cent. Dans cha- 
cune de ces provinces, ce sont les régions à culture 
intensive et les parties industrielles qui contribuent le 
plus à déterminer cette diminution; c'est le cas pour 
les arrondissements de Louvain, [Nivelles, Alost, Aude- 
narde, Termonde, Ath, Charleroy, Mons, Soignies, 
Tournai, Liège, Waremme, Tongres et Hasselt. 

D'une manière générale, on peut dire que la propriété 
paysanne est d'autant plus en recul 'que les progrès de 
l'agriculture et de l'industrie font hausser la valeur 
vénale du sol. Il résulte, en effet, des tableaux annexés 
à la partie analytique du recensement de 1895 que, dans 
toutes les provinces, chatiue fois que la proportion du 
faire valoir direct est au-dessus ou au-dessous de la 
moyenne générale, la valeur vénale des terres est au- 
dessous ou au-dessus de la valeur moyenne correspon- 
dante ; autrement dit, à un^écart positif ou négatif dans, 
le faire valoir direct, correspond un écart négatif ou 
positif dans la valeur vénale (i). 

Dans les régions pauvres, la propriété pa3'sanne 
occupe encore une notable partie du territoire ; dans, 
les régions riches, au contraire, elle tend à disparaître 
presque complètement. 

(1) Recensement de iS(j5. Partie analytique p. lû. 



INTRODUCTION II 

Ainsi se vériiàe cette affirmation de Marx, dans le 
III^ volume du Capital : « Une conséquence nécessaire 
« de la propriété privée du sol, en régime capitaliste, 
(( c'est la séparation du cultivateur-propriétaire en deux 
n personnes, le propriétaire et l'entrepreneur ». 

Ce qui provoque ce divorce, ce qui tue la propriété 
paysanne, c'est bien moins telle ou telle cause, spéciale- 
ment déterminée — lois successorales, infériorité tech- 
nique, matériel défectueux — que le développement tout 
entier de la société bourgeoise, du mode de production 
capitaliste. 

Partage égal et forcé, aggravation des charges fiscales 
et militaires,^ destruction des industries accessoires du 
travail agricole, expropriation des communaux et des 
forêts domaniales, suppression des droits d'usage, inten- 
sification des cultures, nécessitée par les besoins d'une 
population industrielle toujours plus nombreuse, délo- 
calisation des marchés, invasion des céréales et autres 
produits d'outremer, provoquée par les mêmes besoins et 
rendue possible par l'extension de l'industrie des trans- 
ports, accroissement de la valeur du sol, surtout aux 
alentours des agglomérations urbaines, sont autant de 
conséquences du règne social de la bourgeoisie, et 
autant de facteurs de la décadence des formes ancien- 
nes de la pi'opriété rurale. 

Mutilée par la disparition des communaux, dépouil- 
lée des petites industries qui fournissaient au ménage un 
supplément de ressources, réduite à n'être plus, exclu- 
sivement, qu'une exploitation agricole, produisant, en 
majeure partie, des valeurs d'échange, la propriété 
paysanne n'offre plus qu'une faible résistance aux causes 
d'expropriation qui la menacent. 



12 INTRODUCTION 

L'action de ces causes se fait sentir avec d'autant plus 
de force que les Villes tentamlaires — c'est l'objet de notre 
2« étude — exercent une influence plus grande sur la 
situation économique des campagnes. 

A mesure que grandissent les agglomérations indus- 
trielles et urbaines, l'importance relative des classes 
agricoles décroît, le domaine cultivé se réduit, la faci- 
lité croissante des communications incorpore les moin- 
dres villages au marché du monde et les soumet aux 
lois de la concurrence universelle. 

C'est de la ville que viennent les crises, mortelles pour 
la propriété pa3'sanne, dès l'instant où elle produit pour 
le marché; c'est dans les villes que régnent ceux qui 
imposent aux campagnes le triple joug de l'impôt, du 
fermage et de la caserne; c'est vers les villes que se 
tournent ceux à qui la terre ne suffit plus, pour subvenir 
à leurs besoins. 

Or, il n'est pas de pays sur le continent — sauf peut 
être la Saxe — où la concentration urbaine s'effectue 
avec autant de force et de rapidité qu'en Belgique. 

Les cinq arrondissements administratifs d'Anvers^ 
de Bruxelles, de Gand, de Liège et de Charleroy, 
qui comprennent les quatre principales villes et l'ag- 
glomération industrielle la plus dense représentent, 
à eux seuls, environ 40 pour cent de la population 
totale. 

Les communes de cinq mille habitants et au dessus, 
contiennent plus de la moitié de la population du 
royaume. 

Les résultats du dernier recensement ( 1 90 1 ) établissent 
à toute évidence, que les migrations internes enlèvent 
aux arrondissements agricoles, une notable partie de 



INTRODUCTION 



i3 



leur population, pour la porter aux centres urbains et 
aux arrondissements industriels. 

Et, parmi ceux qui restent dans les campagnes, il en 
est des milliers qui, grâce au bas prix des transports, 
s'en vont travailler tous les jours en ville et diminuent 
d'autant la population agricole. 

Sans revenir plus amplement^ sur les constatations 
que nous avons fait à cet égard, dans les Villes tcntacu- 
laires, il ne sera pas inutile de reproduire ici, pour 
montrer l'importance de ces migrations quotidiennes, 
le tableau des coupons de semaine délivrés annuelle- 
lement, par l'administration des chemins de fer : 



Relevé des billets d'abonnements d'ouvriers 

délivrés depuis la date de la créatioa de ces billets, 10 février 1870, 

jusqu'au 31 décembre 1900 : 



Années 


1 
Nombre des coupons 
de semaine 


Années 


Nombre des coupons 
de semaine 


1870 


14 223 


1885 


667 522 


1871 


32 972 


1886 


714 408 


1872 


71 245 


1887 


798 135 


t873 


97 789 


1888 


935 039 


1874 


'33 442 


1889 


1 018 383 


J875 


193 675 


1890 


1 188 415 


1876 


212 759 


1891 


1 337 730 


.877 


2.6 7>. 


1892 


I 404 370 


1878 


241 552 


1893 


1 518 777 


1879 


=49 75^ 


1894 


1 633 780 


1880 


355 556 


'895 


1 759025 


1881 


440 465 


1896 


2 204 613 


1883 


523 832 


>897 


2 699 594 


1883 


585 283 1 


1898 


3 267 588 


1884 


6] 6 8(56 


1900 


4 590 980 



14 INTRODUCTION 

En supposant que les ouvriers ruraux qui travaillent 
hors de chez eux soient occupés en mo3'enne pendant 
deux tiers de l'année et prennent, par conséquent, de 
3o à 35 coupons de semaine, il y aurait donc de i3o à 
i5o.ooo travailleurs voyageant quotidiennement sur les 
lignes de l'Etat — sans parler des voyageurs ouvriers 
sur les tramways vicinaux et sur les quelques lignes 
exploitées par des Compagnies. 

Aussi n'existe-t-il plus que bien peu de villages où il n'}^ 
ait pas un nombre plus ou moins considérable d'ou^■riers 
industriels, en contact permanent avec les villes. 

C'est en grande partie à cette interpénétration de 
l'industrie et de l'agriculture que l'on doit attribuer la 
progression rapide du socialisme dans nos campagnes 
et les résultats encourageants obtenus par le Parti Ouvrier 
Belge, au point de vue du développement de la coopé- 
ration rurale. 

x^u moment ou nous écrivons cette introduction, le 
département de l'agriculture vient de publier 1' « Exposé 
statistique de la situation des associations d'intérêt agricole 
pendant l'année igoo. » 

Cette situation n'a pas subi de modifications considé- 
rables depuis iSgg. 

Le développement des associations rurales continue, 
mais, semble-t-il, avec une force ralentie. 

Au 3i décembre iSgg, il y avait i55 comices agricoles 
et les membres de ces associations étaient au nombre 
de 27402 ; en igoo, il y en a i56, avec 28i33 membres. 

Les Ligues agricoles, confessionnelles pour la plu- 
part, sont actuellement au nombre de 626, avec 
45o59 membres. 



INTRODUCTION l5 

En i8gg, on comptait 632 sociétés (avec 5oS5y mem- 
bres) pour l'achat d'engrais, de semences, de matières 
alimentaires pour le bétail; il y en a maintenant jSi, 
avec 5 1979 membres, mais leur chiffre d'affaires a 
décru. 

Les coopératives de crédit agricole (Caisses Raiffei- 
sen), qui étaient au nombre de 229, sont aujourd'hui 
257, avec 9783 membres cultivateurs et 1886 non culti- 
vateurs. Le total des prêts effectués par ces associations 
a augmenté : 1,263,952 fr. aux cultivateurs; 280,957 fr. 
aux non cultivateurs ; mais on voit que leur chiffre 
.d'affaires reste minime. 

Enfin, le nombre des laiteries coopératives en activité 
s'est élevé de 298, en 1899, à 356 en 1900 et le chiffre 
des coopératives, de 34205 à 40706. 

Il semble, d'ailleurs, quand on examine les tableaux 
du commerce de beurre avec les pays étrangers, que le 
développement de la coopération laitière soit à la veille 
d'être arrêté, si les laiteries ne parviennent pas à trouver 
de nouveaux débouchés à l'extérieur ou de nouvelles 
ressources dans la fabrication des fromages, qui n'a, 
pour le moment, aucune importance. 

Bref, les résultats de l'année 1900, ne sont pas de 
nature à modifier les conclusions de notre étude sur la 
Coopération rurale. 

Par contre, en comparant ces conclusions au chapitre 
de notre rapport sur la petite propriété, qui traite des 
associations agricoles, on constatera certaines contra- 
dictions, que nous n'avons pas voulu faire disparaître, 
parcequ'elles marquent, de notre part, à quatre ans de 
distance, un changement d'appréciation sur l'avenir du 
mouvement coopératif à la campagne. 



l6 INTRODUCTION 

En 1897, nous fondions de grandes espérances sur la 
transformation éventuelle de la propriété paysanne en 
propriété coopérative. 

En igo2, sans avoir complètement abandonné notre 
ancien point de vue, nous sommes, à cet égard, beau- 
coup plus sceptique. 

Mais, quoiqu'il en soit, ce qui nous apparaît comme 
certain, c'est l'inéluctable nécessité et l'inévitable abou- 
tissement des transformations qui s'opèrent dans les 
campagnes. 

Le cultivateur isolé fait place au cultivateur associé, 
pour l'achat, le crédit ou la vente. 

Le village isolé n'existe plus : il multiplie ses contacts 
avec les agglomérations urbaines et industrielles. 

Le propriétaire isolé, produisant des valeurs d'usage, 
pour ses propres besoins et soustrait, par conséquent, 
à l'action de la concurrence, tend à disparaître devant 
le fermier locataire ou le paysan parcellaire. 

Et c'est ainsi que se forme dans le plat pays une popu- 
lation, toujours plus nombreuse, de petits cultivateurs, 
obligés de chercher des ressources supplémentaires 
dans le salariat, ou bien d'ouvriers salariés, se livrant 
accessoirement à la culture. 

Pour ne parler que de la Belgique, on peut classer, 
sous l'une ou l'autre de ces rubriques, les catégories 
suivantes : 

1° Les ouvriers agricoles (domestiques à gages et 
journaliers permanents). 

2° Les ouvriers nomades (aoùterons, betteraviers, 
etc.) particulièrement nombreux dans le sud de la 
province d'Anvers et le Hageland (Brabant), ainsi que 
dans la partie des Flandres où dominait, jadis, l'indus- 



INTRODUCTION I7 

trie linière à domicile. On peut évaluer leur nombre à 
45 ou 5o,ooo. Absents pendant la moitié de l'année, ils 
abandonnent à leur femme, et à d'autres membres de la 
famille, la plupart des soins de leur petite culture. 

3° Les ouvriers mi-agricoles, mi-industriels, travail- 
lant par exemple dans les sucreries ou dans les mines, 
en hiver, et dans les champs, à l'époque de la moisson, 
quand la demande de travail augmente temporairement. 

40 Les ouvriers des industries rurales à domicile : 
chapeliers en paille de la vallée du Geer, armuriers des 
environs de Liège, sabotiers du pays de Waas ou de 
l'Entre Sambre-et-Meuse, tisserands des alentours de 
Renaix ou de Braine-l'Alleud, etc. 

5° Enfin, les ouvriers qui vont, tous les jours, ou 
pendant toute la semaine, ou pendant des laps de 
temps plus considérables, travailler dans les villes ou 
dans les localités industrielles. 

Tels sont, par exemple, les ouvriers des chemins de 
fer, les paveurs, les maçons et les plafonneurs qui 
habitent aux environs des grands centres, les carriers 
du Condroz, les ardoisiers de la Semo3's et de la Salm, 
les ouvriers des hauts fourneaux du Luxembourg, les 
tisserands des régions voisines de Roubaix et de 
Tourcoing, les terrassiers de la région des polders et, 
dans toute la Belgique moyenne, les métallurgistes, les 
bouilleurs, les lamineurs et autres ouvriers de fabrique, 
emplo3"és dans les bassins de Mons, de Liège ou de 
Charleroy. 

C'est, naturellement^ parmi ces prolétaires que la 
propagande socialiste à la campagne produit, en géné- 
ral, les meilleurs résultats. C'est en s'adressant à eux 
qu'elle évite le risque de. dégénérer en un réformisme 



l8 INTRODUCTION 

petit bourgeois, qui n'a rien à voir avec le socialisme 
proprement dit. 

Certes, nous sommes bien loin de prétendre qu'il 
faille s'abstenir de tout effort de propagande parmi les 
petits cultivateurs, propriétaires ou locataires, qui ne 
sont bien souvent que des prolétaires déguisés. Nous 
ne prétendons pas non plus, généraliser des observa- 
tions qui s'appliquent surtout à la Belgigue, c'est-à-dire 
à un pays dont l'évolution agricole est plus puissamment 
influencée que toute autre par l'évolution industrielle. 

Il est certain, par exemple, que les problèmes se 
posent d'une manière différente, pour ces régions 
rurales à population décroissante, dont parle Jaurès 
dans ses Etudes socialistes (i). 

Néanmoins, les travaux publiés svir la question 
agraire, au point de vue socialiste, depuis le Congrès 
international de Londres (i8g6), et, en première ligne, 
le livre magistral de Karl Kautsky, montrent bien que, 
dans tous les pays, des phénomènes analogues à ceux 
que nous décrivons ci-après, appellent des méthodes 
identiques et que, dans les campagnes aussi bien que 
dans les villes, c'est le prolétariat qui constitue « le 
rocher sur lequel s'élèvera l'église de l'avenir ». 

^i) Ji:an Jaurès, Etudes socialistes. — Le mouvement rural. (OUeii- 
dorf. Paris. igo2.) 



LA PETITE PROPRIETE RURALE ■) 

CHAPITRE I 
La petite et la grande propriété 

De toutes les formes de la propriété privée, il n'en est 
point qui ait été condamnée par un plus giand nombre 
de théoriciens, que celle du sol et des agents naturels. 

A côté des land nationalisators et des socialistes propre- 
ment dits, beaucoup d'économistes libéraux, reflétant 
l'antagonisme des industriels à l'égard des landlords, se 
prononcent plus ou moins explicitement contre le 
monopole des propriétaires fonciers. 

Ricardo constate que leur classe est la seule dont les 
intérêts soient toujours opposés à ceux des autres classes 
sociales. Senior prétend qu'ils n'ont d'autre rôle « que 
de tendre la main pour recevoir des ofliandes du reste 
de la communauté ». J. B. Say, lui-même, dans son 
« Cours d'économie politique » , reconnaît que la pro- 
priété foncière est « le genre de propriété dont la légiti- 
mité est la plus douteuse; ou, plutôt qu'il n'y a pas un 

(i) Rapport présenté au Congrès agricole de Waremme. le 
ly décembre iSqy. au nom du Groupe agricole central. Les conclu- 
sions de ce rapport ont été adoptées à l'unanimité, moins une 
abstention. 



20 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

héritage qui ne remonte à une spoliation violente ou 
frauduleuse, récente ou ancienne » (i). Stuart Mill dit à 
son tour : « Lorsqu'on parle du caractère sacré de la 
propriété, on devrait toujours se rappeler que ce carac- 

ftère sacré n'appartient pas au même degré à la propriété 
de la terre. Aucun homme n'a fait la terre. Elle est 
l'héritage primitif de l'espèce humaine tout entière. 
Son appropriation est entièrement une question d'utilité 
générale. Si la propriété privée de la terre n'est pas 
utile, elle est injuste » (2). 

Il n'est pas jusqu'à H. Spencer, qui, dans ses « Prin- 
cipes de sociologie », n'ait soutenu que, probablement 
« la terre habitée, que le travail ne saurait produire, 
finira par se distinguer des autres choses, comme un 
objet qui ne saurait être possédé à titre privé » (3). 

Et cependant, partout où la propriété paysanne a 
conservé des racines profondes, nous vo3'ons les partis 
socialistes — si catégoriques lorsqu'il s'agit de la propriété 
industrielle — transiger, au contraire, avec la propriété 
rurale et considérer la socialisation de la terre comme 
le dernier terme d'une longue évolution. 

« Nous entendons — disait Jules Guesde, en 1882, 
au Congrès de Saint-Etienne, — suivre, et non inter- 
vertir, comme Colins, l'ordre de la concentration 
économique, en commençant par la propriété indus- 
trielle et financière, et en terminant par la propriété 
agricole » (4). 

(il J. B. Say, Cotas d'Economie politique, t. II, p. 2^7. 

(2) Mill, Pri^icipes d'Économie politique, Trad. Courcelle Seneuil. 
I,p.267. 

(3) Spencer, Principes de Sociologie, III. p. 741 

(4/ Cf. Gabriel Deville. Discours prononcé à la Chambre des 
députés de France. J ournal Officiel â\x - novembre 1897, p. 2316. 



LA PETITE PROPRIETE RURALE 21 

La même pensée se retrouve dans le programme 
agricole adopté parle « Parti ouvrier français », au Con- 
grès de Nantes, le 14 septembre 1S94, sur le rapport de 
Paul Lafargue (i). Les considérants de ce programme 
affirment, il est vrai, que l'état de choses, caractérisé 
par la piopriété paysanne, est fatalement appelé à 
disparaître, mais ils déclarent, immédiatement après, 
que le devoir impérieux du socialisme est de maintenir 
en possession de leur lopin de terre, contre le fisc, 
l'usure et les envahissements de nouveaux seigneurs 
du sol, les propriétaires cultivant eux-mêmes (2). 

Il nous paraît impossible de méconnaître le caractère 
contradictoire de ces deux affirmations. 
— Si la petite propriété est condamnée à disparaître, 
par la force des choses, par la fatalité même de l'évolu- 
tion économique, les socialistes ne doivent pas assumer 
la tâche impossible de maintenir en possession les 
petits propriétaires. Certes, ils peuvent ne rien faire 
\ pour accélérer cette évolution ; ils peuvent se préoccuper 
1 d'adoucir cette agonie d'une classe, de soulager les 

(i) Paul Lafargie, La propriété et l'évolution économique. Rapport 
présenté au Congrès de Nantes, au nom du Conseil national du Parti 
ouvrier français; dans V Ère noiiveïïe, revue du socialisme scientifique. 
Novembre 1894. 

(2) « Considérant qu'aux termes mêmes du programme général du 
Parti, « les producteurs ne sauraient être libres qu'autant qu'ils seront 
« en possession des moyens de production » ; 

« Considérant que si, dans le domaine industriel, ces moyens de 
production ont déjà atteint un tel degré de centralisation capitaliste, 
qu'ils ne peu^ent être restitués aux producteurs que sous la forme 
collective ou sociale, il n'en est pas de même actuellement, en France 
du moins, dans le domaine agricole ou terrien, le moyen de produc- 
tion, qui est le sol, se trouvant encore, sur bien des points, possédé, 
à titre individuel, par les producteurs eux-mêmes; 

« Considérant que, si cet état de choses, caractérisé par la propriété 
paysanne, est fatalement appelé à disparaître, le socialisme n'a pas à 



22 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

misères qui en résultent pour les individus qui la com- 
posent; mais dès l'instant où on admet que fatalement, 
la petite propriété doit être absorbée par la propriété 
capitaliste, et que c'est précisément la concentration 
de celle-ci, qui seule rendra possible l'instauration de 
la propriété collective, on ne saurait, en bonne logique, 
admettre en même temps que les collectivistes aient pour 
devoir impérieux, de s'opposera ces inéluctables trans- 
formations. 

C'est ce que Frédéric Engels (i), et, après lui Charles 
Gide, dans une spirituelle étude sur le Néo-collecti- 
visme (2), ont à notre avis irréfutablement démontré. 

Seulement, il reste à voir si la (( loi de concentration 
capitaliste », la loi des trois états de la sociologie, — 
propriété individuelle, propriété capitaliste et propriété 
sociale, — a l'inflexible rigueur que la plupart du 
temps, on lui prête, pour les facilités de la propagande, 
ou pour celles de la réfutation; s'il est vrai que 
l'évolution de chaque industrie doit récapituler toutes 
les phases de l'évolution capitaliste; s'il est incontestable 
que la transformation de la propriété individuelle en 
propriété sociale, ne peut être directe, et suppose 

précipiter cette disparition, son rôle n'étant pas de séparer la propriété 
et le travail, mais, au contraire, de réunir, dans les mêmes mains, ces 
deux facteurs de toute production, dont la di\ision entraîne la ser\"i- 
tude et la misère des tra\ailleurs tombés à l'état de prolétaires ; 

« Considérant que si, au moyen des grands domaines repris à leurs 
détenteurs oisifs, au même titre que les chemins de fer, mines, usines, 
etc., le devoir du socialisme est de remettre en possession, sous la 
forme collective ou sociale, les prolétaires agricoles ; son dcvoi'y, non 
moins impérieux, est de maintenir en possession de leurs lopins de terre, 
contre le (isc, l'usure et les en\ahissements des nou\eanx seigneurs du 
sol, les propriétaires cultivant eux-mêmes ». 

'i) Ntue Zeit, icSr)4-r)5, n° 10 Die Bauernfrage in Frankrcich tind 
Deulschland. Voir Mouvement Socialiste, n'^^ 43 et 44(1900). 

(2/ Rexue d'Economie politique, 1894. p. 423. 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE 23 

nécessairement l'expropriation préalable des petits 
propriétaires par les grands capitalistes? 

Autant de questions, sur lesquelles nous aurons à 
revenir, dont nous ne songeons nullement à mécon- 
naître l'importance théorique et pratique, qui ont déjà 
soulevé, et soulèveront encore, des controverses arden- 
tes, mais qui n'empêchent pas l'accord de tous les 
socialistes sur le but à atteindre, sinon sur les moyens 
à employer. Il suffit de rappeler qu'au congrès interna- 
tional de Londres (1896), c'est à l'unanimité que l'on 
adopta la résolution suivante : 

Les maux toujours croissants, que rexploitation capita 
liste de l'agriculture entraîne pour le cultivateur du sol et 
pour la société toute entière, ne disparaîtront complètement 
que dans vme société où le sol, aussi bien que les autres 
moyens de production, appartiendront à la collectivité, 
qui les fera exploiter dans l'intérêt commun, en employant 
les procédés de culture les plus perfectionnés. 

La condition économique et la division en catégories de la 
population agricole, dans les différents pays, présentent 
une diversité trop grande pour qu'il soit possible d'adopter 
une formule générale, qui imposerait à tous les Partis 
Ouvriers les mêmes moyens de réalisation de leur idéal 
commun, et qui seraient applicables à toutes les classes qui 
ont intérêt à cette réalisation. 

Ce qui est vrai des différents pays — l'influence que 
peut exercer sur Ja politique agraire des partis socia- 
listes le degré d'avancement de l'agriculture et de 
concentration de la propriété — l'est également des 
différentes régions d'un même pays. 

Il est évident, en effet, que l'appropriation indivi- 
duelle du sol devient surtout injustifiable, à partir du 



24 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

moment où la densité de la population, les progrés 
de l'industrie et de la culture, le développement des 
grandes agglomérations urbaines, assurent aux déten- 
teurs des agents naturels une part de plus en plus 
considérable du revenu social. 

Peu importe — si, bien entendu, l'on ne songe pas 
à l'avenir — que, dans des régions comme l'Ardenne, 
où il n'y a que cinquante habitants par kilomètre 
carré (i), les terres communales soient alloties tous les 
trente ans, ou bien abandonnées, une fois pour toutes, 
aux particuliers en pleine propriété. Dans l'un et l'autre 
cas, chaque ménage a son lopin, et, comme il }• en a 
pour tout le monde, nul ne peut s'en servir pour 
exploiter autrui. 

A ce degré de développement, on peut prétendre 

que l'homme et la terre sont unis, en légitime, si pas 

en indissoluble mariage. La propriété individuelle, 

^combinée, d'ailleurs, avec la propriété collective des 

'{pâtures et des bois, garantit à chacun une existence 

■ médiocre, mais indépendante. 

Il en est tout autrement, par contre, dans les régions 
plus étendues, où les circonstances historiques ont fait 
disparaître les communaux, supprimé les anciennes 
tenures, arraché la terre à ceux qui la cultivaient et 
divisé le domaine arable, soit en grandes et moyennes 
fermes, comme dans le Condroz, la Hesbaye ou les 



l'ii Au 31 décembre iSqg. il y 


avait, pour la pro\ince de 


Luxembourg : 




Arrondissement d'Arlon. . . 


. 68 hab. par k. carré. 


— de Marclie. 


. 46 — 


— de Neufchâteau 


• 40 — 


Soit pour la province . . . 


• 50 — 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE 25 

Polders, soit en minuscules exploitations, chèrement 
affermées à des locataires, comme dans la région 
sablonneuse des Flandres, ou la banlieue morcelée des 
grandes villes. 

Ici, la propriété foncière, semi-féodale encore, ou 
bien décidément capitaliste, n'apparaît plus comme un 
gage d'indépendance pour le producteur; elle devient, 
au contraire, un moyen de domination et d'exploitation 
d'autant plus puissant et plus fructueux que la popula- 
tion se condense et qu'une demande plus active fait 
hausser le prix des terres et le taux des loyers. 

Enfin, quand, au sortir des jardins de la Flandre et 
des plaines de la Hesbaye, on pénètre dans les fourmi- 
lières industrielles et, plus encore, dans les centres 
de consommation et d'accumulation, dans ces « villes 
tentaculaires », qui étendent sur les campagnes leur 
triple domination, capitaliste, politique et fiscale, les 
inconvénients de l'appropriation individuelle du sol 
— fonds et tréfonds — , les criantes inégalités qu'elle 
engendre, les formes raffinées d'exploitation qu'elle fait 
naître, se dégagent dans tout leur éclat. 

Qu'est-ce, en effet, que cent ou deux cents hectares 
dans les bruyères de la Campine ou les fagnes du 
Luxembourg auprès de ces terrains à bâtir des grandes 
villes qui atteignent fréquemment — sans que leur 
propriétaire ait dû rien faire pour cela — 200 à 3oo 
francs le mètre, assez souvent 700 à 800 et, parfois, 
jusque 2,000 ou 3, 000 francs. Un notaire de Bruxelles 
nous citait dernièrement un terrain situé dans les 
quartiers du Centre, qui s'était vendu 8,000 francs le 
mètre — ce qui ferait quatre-vingt millions l'hectare! 

Est il possible d'assimiler et de confondre dans le 



26 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

même jugement le produit du travail d'un paysan 
propriétaire et Vunearued incrément du propriétaire des 
villes, incessamment grossi par le seul jeu du progrès 
général et de l'accroissement de la population ? 

N'est-ce pas une dérision que de réunir sous le même 
vocable — capitalistes — l'ouvrier qui n'a d'autre bien 
que sa maisonnette, le paysan qui possède quelques 
verges de terre, acquises et fécondées par son travail, 
et les grands bénéficiaires de l'ordre social actuel, les 
coffres-forts du pays noir, les princes de la laine et du 
coton, les araignées de la finance, couvrant toute la 
contrée de leur toile, et ces marquis de Carabas, à qui 
tout appartient aussi loin que s'étend la plaine, — ceux 
pour qui le cidtivateur travaille toujours et qu'il ne voit 
jamais, sauf, peut-être, quand ils viennent, à l'époque 
de la chasse, fouler aux pieds ses betteraves. 

Entre la petite et la grande propriété, la propriété 
parcellaire et la propriété capitaliste, il n'y a pas 
seulement une diftérence de quantité, mais une diffé- 
rence de qualité. 

L'une est un mo3^en de travailler; l'autre, de faire 
travailler. Celle-ci décourage la production; celle-là 
tend à la sui'exciter. La première — quand le capita- 
lisme ne l'a pas encore dépouillée de ses conditions 
d'existence normale — est une forme de la liberté ; la 
seconde, une forme de l'esclavage, donnant à ceux qui 
en profitent le dioit de prendre leur part, plus ou moins 
large, dans la plus-value produite par la classe salariée : 
et cependant, malgré ces différences essentielles, ces 
caractères diamétralement opposés, nous voyons con- 
stamment les classes maîtresses s'efforcer de créer une 
confusion entre la propriété privée des travailleurs et la 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE 27 

propriété privée des non-travailleurs, de légitimer 
celle-ci, en invoquant les mérites de celle-là, et de 
rallier autour d'elles, en les terrorisant, la grande 
masse des petits propriétaires, soucieux de conserver le 
fruit de leurs épargnes. 

Il importe que les socialistes ne perdent jamais une 
occasion de déjouer cette tactique et de mojitrer que 
tous les théoriciens du collectivisme — quelle que soit, 
d'ailleurs, leur opinion sur l'avenir de la petite pro- 
priété — sont entièrement d'accord pour établir une 
distinction très nette entre la propriété du travailleur 
sur les moyens de son activité productrice et celle du 
capitaliste sur les moyens d'exploitation du travail 
d'autrui. 

Rien de plus caractéristique à cet égard que l'article, 
déjà cité, qu'écrivit Engels, quelques mois avant sa 
mort, pour critiquer les considérants du progrannne 
élaboré par le « Parti ouvrier français » : 

Quelle position prendrons-nous, dit-il, vis-à-vis des petits 
paj'sans, et comment devrons -nous procéder avec eux. si 
nous avons en mains le pouvoir de l'Etat ? 

D'abord, cette proposition du programme français est 
absolument juste : nous devons prévoir l'irrémédiable ruine 
des petits paysans, mais nous ne sommes en rien appelés à 
l'accélérer par des mesures venant de nous. 

Et de même, en second lieu, il est évident que, si les 
pouvoirs publics tombaient entre nos mains, nous ne songe- 
rions pas à exproprier les petits paysans par la contrainte 
(que ce soit avec ou sans indemnité), comme nous serions 
obligés de le faire vis-à-vis des grands propriétaires. Notre 
avis, en ce qui concerne le petit paysan, c'est qu'il faut 
l'amener à transférer son entreprise et sa propriété privée 



28 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

'/ à des associations coopératives, non par la force, mais par 
l'influence de l'exemple et avec l'aide des pouvoirs pu. 
' blics II], 

Ainsi donc Frédéric Engels, l'ami et le continuateur 
de Marx, dépositaire de leur pensée commune, se 
'déclare d'accord avec Guesde, Deville, Lafargue ou 
Jaurès, pour ne poursuivre que l'expropriation de la 
[grande propriété, à l'exclusion de la petite. 

On n'a pas manqué d'objecter qu'il est impossible 
^de dire à quel moment précis la petite propriété finit, 
et la grande commence. Natura non facit saltits. Entre 
les latifundia de l'Ecosse ou du Mecklembourg et les 
Gelwfte des paysans saxons ou bavarois, on trouve toute 
la série des intermédiaires; mais il en est ainsi de 
toutes les formes, de toutes les espèces, organiques ou 
sociales, et cela n'empêche nullement les statisticiens, 
les auteurs des recensements agricoles, les gouverne- 
ments qui légifèrent en faveur des paysans, de tracer 
une ligne de démarcation entre la petite et la grande 
propriété, d'après le revenu cadastal, le nombre 
d'hectares cultivés, ou le mode d'exploitation du 
domaine. 

Certes, nous reconnaissons volontiers, que, dans l'hy- 
pothèse d'une expropriation sans indemnité, respectant 
l'une et confisquant l'autre, pareille distinction serait 
fatalement l'arbitraire; mais, d'autre part, il est évident 
que l'objection perd toute raison d'être, dès l'instant 
où il s'agit, — comme notre programme le propose, — 
de l'extension progressive du domaine collectif suivant 
la ligne de moindre résistance, en commençant, par 

(i) Fr. Engels, Die Bauernfrage in Frankreich und Deulschlaiid- 
{Die Neue Zeit, 1894-95, 11° loj. 



LA PETITE PROPRIETE RURALE 29 

exemple, parla reprise des mines et carrières, la socia- 
lisation des forêts, la reconstitution et le développement 
du domaine communal, la confiscation par l'impôt des 
accroissements de la rente foncière, de Vunearned incré- 
ment of land, spécialement dans les agglomérations 
urbaines. 

Cette expropriation, graduelle et pacifique, est-elle 
dans les probabilités de l'avenir? Les projets que l'on 
fait à cet égard, n'auront-ils pas le sort des proposi- 
tions que l'on faisait, à la veille de la Révolution fran- 
çaise, en vue d'indemniser les maîtres des corporations, 
les membres des congrégations religieuses, les titulaires 
de droits féodaux ? 

Questions, dont la solution dépendra beaucoup 
moins de nos préférences individuelles ou collectives, 
que des circonstances qui donneront le pouvoir au 
prolétariat socialiste, et de l'attitude que prendront les 
classes dirigeantes actuelles ; mais, en tous cas, nous 
souscrivons entièrement à l'avis que rapporte Engels 
dans son article déjà cité. « Nous ne considérons pas 
du tout l'mdemnisation des propriétaires comme une 
impossibilité, quelles que soient les circonstances. 
Combien de fois Karl Marx ne m'a-t-il pas exprimé 
l'opinion, que si nous pouvions racheter toute la bande, 
ce serait encore le moj-en de s'en débarrasser au meil- 
leur marché » (i). 

D'ailleurs, au point de vue théorique, — le seul dont 
nous ayons à nous préoccuper en ce moment, — cette 
question de liquidation, amiable ou forcée, ne présente 
qu'un intérêt secondaire. 

(i) Frédéric Engels, Neue Zeit^ ibid., p. 305. 



3o ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

Les deux propositions que nous avions à rappeler, 
ou à démontrer dans ce chapitre, c'est : 

1° Que l'utilité sociale peut seule donner à la pro- 
priété foncière une légitimité, toute historique et 
relative. 

2° Que la distinction, admise par les socialistes, entre 
les deux formes, — capitaliste et non capitaliste — de 
la propriété privée ne repose pas sur des considérations 
d'opportunité et de tactique, mais sur des différences 
intrinsèques, tellement profondes, que la propriété 
privée capitaliste, bien loin de se confondre avec la 
propriété privée du travailleur, en est le contrepied et 
la négation. 

Après avoir ainsi constaté et justifié notre accord 
pour ne rien faire contre la propriété paysanne, « parce 
que le rôle du socialisme n'est pas de séparer la 
propriété et le travail, mais, au contraire, de l'éunir 
dans les mêmes mains ces deux facteurs de toute 
production, )> nous nous proposons de rechercher, — 
spécialement en ce qui concerne la Belgique, — s'il y 
a quelque chose à faire pour elle, et l'attitude que nous 
avons à prendre à l'égard des mesures législatives qui 
ont pour but de la consolider, de la développer, ou de la 
reconstituer ; mais, avant d'exposer ces mesures, et de les 
discuter, il importe de donner une idée, aussi exacte 
que possible, de l'état de la petite propriété rurale dans 
notre pa3^s. 



CHAPITRE II. 
La répartition du sol en Belgique 



?^ I. 



Le Nombre des Propriétaires. 



Nous ne possédons aucune statistique récente et 
précise sur le nombre des propriétaires fonciers et celui 
des propriétés rurales, grandes, moyennes et petites. 

Le tableau suivant, qui nous a été fourni par l'admini- 
stration des finances, fait connaître seulement le nombre 
des parcelles cadastrales et des cotisations foncières (i) : 

SITUATION AU 3l DÉCEMBRE 1896 {2). 

Parcellks Articles des rôles 

cadastrales fonciers 

Provinces Nombres Nombres 

— Nombres par Nombres par 

absolus 100 liectares absolus 100 habit. 

Anvers 527,3(52 186 88,gSG 1 1 

Brabant 768,306 234 2o6,26() 17 

Flandre occidentale . 724,004 224 97,Q20 i-^ 

Flandre orientale . . 893,505 298 164,938 16 

Hainaut 928,401 249 220,151 20 

Liège 677,719 234 126,191 16 

Limbourg .... 511,967 212 81,026 35 

Luxembourg . . . 901,096 204 99-237 46 

Namur 506,829 166 103,138 30 

Le Royaume . . . 6,559,189 222 1,187,855 18 

(i) Une cote, ou cotisation foncière, est la part de l'impôt foncier 
que chaque propriété doit acquitter dans la commune, à raison de 
son revenu. 

(2) Au 31 décembre 1899, la situation était la suivante : 

Parcelles cadastrales Articles des rôles fonciers 

Nombre absolu Nombre p. 100 hect. Nombre absolu Nombre p. lŒi hab. 

6,610,662 224 1,208,234 18 



02 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

Il y a donc, en mo^'enne, une demie douzaine de 
parcelles cadastrales pour une cote foncière, et, d'autre 
part, un propriétaire réunit autant de cotes foncières 
qu'il possède de pi-opriétés dans des communes 
différentes. 

Aussi, dans certaines régions, et spécialement dans 
les Flandres, où de grands domaines d'un seul tenant 
sont rares, il arrive parfois que le même individu soit 
représenté par trente, quarante, voire même cinquante 
cotisations foncières, pour des parcelles éparpillées 
dans autant de communes (i). 

Cet écart entre le nombre des cotisations et celui des 
propriétaires augmente, selon toutes probabilités, avec 
le morcellement de sol, qui a toujours été croissant 
depuis un demi siècle. 

Malheureusement, nous n'avons aucun moyen de 
vérifier cette présomption. 

Le seul relevé que l'on ait fait, jusqu'à présent, du 
nombre des propriétaires fonciers en Belgique date de 
1848. A cette époque, il y avait 758, 5i2 propriétaires, 
urbains ou ruraux, pour 940,666 cotisations; soit donc, 
approximativement le rapport de 7 à 9. 

Faute de moyens d'investigation plus certains et plus 

(i) De Landbouwer (I^e Laboureur), journal agricole des socialistes 
gantois, a publié, le 7 mars 1^97. une liste nominative de quelques 
grands propriétaires de la \illc de Gand. avec le relevé des cotisations 
foncières qu'ils réunissaient dans les diflerentes communes du pa\-s. 

M. de P... possède, dans 41 communes Belges et en Hollande. 1 .U)5 
hectares 67 ares 50 centiares. Slu- ces 44 cotes foncières, vingt se 
rapportent à des parcelles de moins de 5 hectares; cinq seujement 
dépassent cinquante hectares. 

M. de G... réunit 38 cotes foncières, formant un ensemble de 1 . 130 
hectares 99 ares 55 centiares. 

Voir pour plus de détails : Kmili; \'ANm.R\i;i,m:. La propriété 
foncière en Bdgiqite, p. p. 26S et suiv (Paris, Schleichcr. kjooj. 



ANNÉES 


PARCELLES COTISAT 


1846 


5.720,076 


1870 
1880 


6.346,885 


6,472,845 


i8qo 


6,490,254 1 


.8q4 


0,516,424 1 


i8g6 


0,039,189 1 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RUR.\LE 33 

directs, M. Hector Denis, dans ses Leçons sur rimpôt, a 
essa3^é d'évaluer le nombre actuel des propriétaires, 
urbains et ruraux, en partant de cette supposition, que 
le rapport de 7 à g, qui existait en 1848, ne s'est pas 
modifié depuis lors. 

En complétant ses chiffres, d'après Y Annuaire officiel 
et les renseignements qui nous ont été fournis par le 
Ministère de Finances, on obtient le tableau suivant : 

IONS FONCIÈRES PROPRIÉTAIRES 

014-037 71 ''617 

,118.113 859,628 

,181,177 918,700 

,174,165 913,240 

,180,445 918,120 

.187,855 - 923,342 

Pour déterminer, ensuite, le nombre et les variations 
du nombre des propriétaires ruraux, M. Denis considère 
chaque maison comme une parcelle disticnte : 

rap port u/0 
a:<nées parcelles maisons parcelles maisons sol 

1846 5,720,976 799,848 4,921.476 14 0/0 86 0/0 
1880 0,472,845 1,061.469 5.411.376 16,4 83,6 
1890 6,790,254 1,198,058 5,292,196 18.4 81.6 

Et, à l'aide de ces rapports pour cent, il évalue très 
approximativement, cela va sans dire, le nombre des 
propriétaires du sol rural à : 

1)12.014 "^n 1846 
768,033 en 18S0 

735,203 en 1890 (il 

Il semble donc, à première vue, que, de J.8S0 à 1890, 

(1) Denis, Leçons sur l'impôt. Bruxelles. Monnom. i88(), p. 154. — 
Denis, La dépression économique et rurale, et l'histoire des prix. Bruxelles, 
Huysmans, 1895. p. 352. 



34 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EX BELGIQUE 

le nombre des propriétaires, et spécialement des pro- 
priétaires l'uraux, ait subi une réduction sensible: mais, 
s'il est vrai que la propriété bâtie gagne constamment 
du terrain sur la propriété rurale, la différence en 
moins, pour le nombre absolu des côtes foncières, porte 
uniquement sur les chiffres du Brabant et de la province 
de Liège; et elle provient de ce que les renseignements 
fournis par ces provinces à l'administration centrale 
avaient été établis, précédemment, d'après une base 
défectueuse (i). 

En réalité, le nombre des cotes foncières n'a jamais 
cessé de s'accroître, d'année en année. Toutefois, ce 
mouvement, qui tend d'ailleurs à se ralentir, depuis 
1880, a été moins rapide que le mouvement ascensionnel 
de la population. 

C'est ce que démontre le tableau suivant : 

NOMRUE 1)]; COTICS PAU 1 0( 1 HAHITANTS '■2) 

1845 1850 1860 1870 1880 1890 1896 

21 22 22 22 21 IQ l8 

Ainsi donc, malgré le morcellement provoqué par 
l'action continue des lois successorales, le nombre des 
prolétaires obligés de pa3'er un lo3'er aux propriétaites 
du sol augmente plus rapidement que le nombre de ces 
derniers ; et, cependant, on classe parmi les propriétaires 
fonciers des milliers de contribuables qui n'ont qu'un 

(i) Antiuaire officiel, 1S95, p. 48. 

(2) D'après \ Annuaire ei les renseignements fournie par l'admini- 
stration des finances pour uSgq, la proportion reste la même : iS cotes 
par 100 habitants. 



I 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE 35 

haillon de propriété, dont le revenu cadastral se réduit 
à quelques francs, (i). 

D'autre part, si nous adoptons, sous toutes réserves, 
le chiffre approximatif de 746,000 propriétaires du sol 
rural, ce serait une grave erreur de croire que la majo- 
rité d'entre eux soient des paysans-cultivateurs, exploi- 
tant en faire-valoir direct un ]o\nn de terre leur appar- 
tenant. 

Les recensements agricoles nous apprennent, au 
contraire, qu'environ les trois quarts de la surface 
cultivée sont exploités par des fermiers-locataires, et 
qu'en 1880, sur gio,ooo exploitations agricoles, il y 
en avait seulement 293,524, — petites, grandes ou 
moyennes, — exploitées en faire valoir direct (2). 

Encore faut-il ajouter que, si le faire-valoir direct 
détient un tiers du domaine, au point de vue quantita- 
tif, la proportion lui est beaucoup plus défavorable 
quand on se place au point de vue qualitatif, au point 
de vue de la valeur des terres arables. 

En effet, la décroissance du faire-valoir direct coïn- 
cide partout avec le progrès de la culture. L'agriculture 
capitaliste, caractérisée par la séparation de la propriété 
et du travail, accapare presque tous les bons morceaux. 
La terre aux paysans n'existe plus, comme forme domi- 
nante, que dans les régions les plus pauvres du pa3's : 
le Luxembourg, les cantons forestiers de la province de 
Namur, la Fagne et la Thierache du pa5^s de Chimay, 

(1 I Sur cent cotisations foncières, en 1864, 88 correspondaient à un 
revenu cadastral de 1 à 26=; francs (moins de :;o ares à 5 hectares) ; 
11 à un revenu de 2(55 à 2.640 francs (de 5 à 5o hectares) ; 1 seulement 
à un revenu de 2.640 à 52.000 francs et plus (plus de 50 hectares). 

(2) D'après le recensement de 1895, il y avait 829625 exploitations 
agricoles, dont 23131g en faire-valoir direct et 598306 en faire-valoir 
indirect. 



36 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN" BELGIQUE 

et certaines parties de la Campine Limbourgeoise (i)- 

Si nous nous demandons, maintenant, comment se 
répartit la fraction du domaine appartenant encore à 
ceux qui la cultivent, le recensement de 1880 nous 
apprend qu'elle était occupée, à cette époque, par 
293,524 propriétaires exploitant en faire-valoir direct 
pour la totalité ou pour plus de la moitié. 

Parmi eux, il en est i ,01 5, dont l'exploitation atteint, ou 
dépasse, 5o hectares et que l'on peut considérer, — si l'on 
adopte la classification proposée pour la France, par M. 
de Foville, — comme de grands propriétaires, emplo3^a'nt 
un nombre plus ou moins considérable de salariés. 

Par contre, il est imposible de considérer comme 
des propriétés paysannes les 218,144 exploitations de 
o à 2 hectares (2). 

A part quelques exceptions dans les régions de 

(\) Y. Recensement général de rSSo. Deuxième partie, pp. ();.;S et s. 
Pour i8t)5, le nombre des propriétés en faire valoir direct est de 2;.; 1 3 1 9. 

La proportion du faire-valoir direct et de la location pour cent 
hectares de la surface cultivée, était, en 1880, de : 

En faire-valoir direct En loL'alion 

33-09 
5Q-»4 
72. o() 

68,07 
63,00 

69.03 
72,05 

77'7'> 
88,-4 

68.80 

(2) D'après M. Hectnr Denis, retendue d'une exploitation fami- 
liale moyenne, variable selon les régions, serait de : 3 hectares ares 
du territoire productif pour la Flandre orientale; 4 hectares poui- 
Anvers; 4 hectares 11 pour le Brabant; 4 hect. 54 pour la Flandre 
occidentale; 4 hect. 8'.; pour le Limbourg; 6 hect. 5 pour le Luxem- 
bourg; 6 hect. 52 pour le Hainaut ; q hect. 67 pour Namur. {Annales 
parlementaires. Séance du 7 mai 1807. p. 1302). 



Luxembourg 


66,01 


I imbourg 


40,86 


Anvers 


27,04 


Liège 


31.03 


Namur 


3'''-34 


Hainaut 


30'97 


Brabant 


27'95 


Flandre orientale 


22,24 


Flandre occidentale 


1 1 ,ûû 


Royaume 


31,1 1 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE Sy 

culture maraîchère, — exceptions compensées, et au- 
delà, par des exceptions en sens contraire, — ces 
propriétés naines sont absolument insuffisantes pour 
l'entretien d'une famille : ce sont des jardins, des pota- 
gers, de petites parcelles de terre que dos ouvriers, 
industriels ou ag'ricoles, cultivent à leurs moments 
perdus pour obtenir un supplément de salaire. 

Restent donc, en tout et pour tout, 6o,5g8 exploi- 
tants de 2 à lo hectares, qui représentent en Belgique 
la_petite et la moyenne propriété paysanne ! 

Or, pour autant que l'on puisse se fier aux statistiques 
officielles, le nombre des producteurs agricoles, en 
1880, s'élevait à environ douze cent mille. 

Abstraction faite, par conséquent, des « mouchoirs 
de poche », qui n'enlèvent pas à ceux qui les possèdent 
leur caractère de salariés, on peut dire qu'il n'y a pas 
un agriculteur sur dix qui soit propriétaire de son 
exploitation. 

La proportion serait beaucoup plus défavorable 
encore à la petite propriété paj'sanne si nous connais- 
sions l'étendue du territoire qu'elle occupe. 

Les documents officiels ne nous fournissent aucun 
renseignement à cet égard, mais il suffit de consulter le 
cadastre d'une commune quelconque pour se rendre 
compte que, même dans des villages où les petits pro- 
priétaires sont relativement nombreux, ils ne possèdent 
qu'une bien faible partie du domaine cultivé. 

Nous avons pu le constater, récemment encore, 
pendant un séjour que nous avons fait en Hesbaye. 

De toutes les communes qui s'étendent entre Perwez 
et Eghezée, Aische-en-Refail est probablement celle qui 
contient la plus forte proportion de petits propriétaires 



38 ES'^AIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

indépendants. On y compte, sur une population de 
douze cents habitants (i), plus de cent familles, dont le 
chef, ou l'un des membres, exerce le métier de maçon 
et va travailler au dehors, tandis que les enfants, les 
femmes, les vieillards cultivent la terre familiale. 

Or, sur i,ooi hectares, représentant la superficie de 
la commune, plus de huit cents appartiennent à des 
étrangers au village, une cinquantaine d'autres sont 
des biens communaux. La petite propriété ne détient 
qu'un peu plus de cent hectares. 

MêmesituationàThorembais-les-Béguines,où,sur 700 
hectares, 60, à peine, appartiennent aux gens du village. 

Il faut, pour trouver une situation plus favorable à 
la propriété pa3''sanne, aller dans les régions qui n'ont 
guère été influencées, jusqu'à présent, par le déve- 
loppement capitaliste et où les formes archaïques d'amo- 
diation du sol doivent leur survivance à la difficulté et 
à la rareté des communications. 

Aussi pouvons-nous, dès à présent, conclure que la 
petite et la mo3'enne propriété, en tant que support 
économique de la classe des paj'sans, ne constituent 
pas dans notre pa3's, comme dans certaines régions de 
la France, de la Saxe ou de la Bavière, un des facteurs 
essentiels de la production agricole. 

Certes, le nombre des propriétaires fonciers en Bel- 
gique est relativement considérable, mais la majorité 
d'entre eux, — petits ou grands, — ne cultivent pas eux- 
mêmes, et la population agricole se compiose surtout de 
non-propriétaires, exploitant des terres en location, ou 
travaillant chez des fermiers comme ouvriers salariés. 

(i) 1,170 d'après le recensement de iSi)n. 



I.A PETITE PROPRIÉTÉ RURALE Sq 



§ 2. — La Décadence de la Propriété paysanne 

L'insuffisance et la notoire inexactitude de nos recen- 
sements agricoles ne permettent point d'accueillir, sans 
des réserves expresses, les renseignements qu'Us con- 
tiennent sur les transformations de la propriété foncière 
en Belgique, depuis un demi siècle. 

Le rapport entre le nombre d'hectares cultivés en 
location et en faire-valoir direct ne semble pas avoir 
subi de variations importantes (i). 

En 1846, il y avait — l'on tient compte seulement des 
cultures ordinaires — 6:3,575 hectares cultivés par leurs 
propriétaires et i,i79,5S3 hectares par des locataires (2). 

En 1880 il y a 7i3,o3g hectares en faire-valoir direct 
et 1,270,512 hectares en location. 

Le domaine agricole s'est donc étendu aux dépens 
des terres incultes, mais la proportion entre la loca- 
tion et le faire-valoir direct ne s'est guère modifiée : 
65 : 35 en 1846; 64 : 36 en 1880. 

1) Pendant l'intervalle des recensements de 1880 et de 1895, la 
régression du faire valoir direct parait s'être notablement accentuée. 
Il résulte, en effet, du recencement de 1895, que « sur 100 hectarc-s 
d'étendue cultivée, 34 h. 22 étaient mis en valeur par le propriétaire, 
en -.S^ô; 34 h. 32 en 1856; 32 h. 68 en 1866; 31 h. 11 en 1893. 
Relativement à iS66, le faire-valoir direct a donc subi, en 1893, une 
réduction de 4,80 p. c, et de 9,09 p. c, comparativement à 1846. Ces 
diminutions se manifestent principalement dans les provinces de 
Brabant, de Flandre Orientale et, surtoiu, de Hainaut et de Liège, 
où elles atteignent, par rapport aux données de 1866, une proportion 
de 1 1.29 et de 1 1,73 p. c. Dans chacune de ces provinces, ce sont les 
régions à culture intensive et les parties industrielles qui contribuent 
le plus à déterminer cette diminution ». Recensement généra! dé iSçS. 
Partie Analytique. Introduction, p. 23 (Bruxelles, igoo.i 

2) En ajoutant aux cultures ordinaires : 1° Les bois; 2° Les ter- 
rains incultes appartenant à l'Etat, aux communes et aux établisse- 
ments publics, l'étendue exploitée en faire-valoir direct s'élève à 
1,434, 143 hectares en 1886; 1,423,452 en 1846. 



40 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

En revanche, le nombre des exploitations agricoles, 
dans chacune de ces deux parties du domaine, a subi 
des modifications profondes. Nous en avons dressé le 
tableau suivant, pour les différentes catégories d'exploi- 
tation, d'après les données des recensements de 1846, 
1866 et 1880 : 

RÉPARTITION DU NOMURM ni:S KXPI.OITATIÔNS n" APRES LEL R ÉTKNni E 

Année 1S46 : 

En t'ai je Ivi 

Désignation DBS GROiPES valoii-dirert loc;iiii>n "I'otaiix. 

Très petite propriété de o à 2 liectares. i2Q,ii2 273,392 400.314 

iPetite propriété de 2 à 10 hectares. . 57.16g 69,9(11 120.120 

^.Moyenne propriété de i o à 50 hectares . 1 6. 587 2 4,9q7 4 1 .683 
(fGrande propriété de 50 hectares et 

\ au-dessus i>359 -•<^74 3-333 

Totaux .... 201,226 371,324 572,350 

Année 1S66 : 

En faire E-i 

DÉSIGNATION DES GRoiPKs Valoir direct location Totaux 

Très petite propriété de o à 2 hectares. 22q,929 207,98(1 326,015 

Petite propriété de 2 à 10 hectares. . (58, 398 94,713 163,303 

Moyenne propriété de 10 à 30 hectares. 19.3-9 -7-733 47,062 
Grande propriété de 30 hectares et 

au-dessus -•823 -v'^S 5'*"*-7 

Totaux .... 320.971 423.036 744.007 

Année iSSo : 

En Caire En 

DÉSIGNATION DES GRorpES valoir (li l'ei'l location Totaitx. 

Très petite propriété de o à 2 hectares. 218,144 49(1,419 7 m. 5(13 

Petite propriété de 2 à 10 hectares. . ()o.398 ()7,663 158,261 

Moyenne propriété de 10 à 30 liectares. ■3-7'^7 24,402 38,169 
Grande propriété de 30 hectares et 

au-dessus '."13 2,388 3-403 

Totaux .... 293.324 316,872 910.399 



LA PETITE PROPRIETE RURALE 4I 

En somme donc, le morcellement de la culture a 
considérablement augmenté, depuis 1846, pour les 
exploitations de toutes les catégories (i). 

D'autre part, le nombre des petites et des moyennes 
propriétés, cultivées en faire-valoir direct, après avoir 
augmenté, d'une manière absolue, de 1846 à 1866, a 
subi, depuis lors, une réduction considérable. Lors du 
recensement de 1880, on en était à peu près revenu aux 
chiffres de 1846. 

En ce qui concerne spécialement les propriétés de 
de 2 à 10 hectares, exploitées par des paysans-proprié- 
taires, il y en avait 56,i6g en 1846, 68,Sgo en 1866 et 
60,598 seulement en 1880 (2). 

Cette réduction du faire-valoir direct depuis la crise 
et le morcellement continu de la culture correspondent 
à une situation foncière que AI. Schaetzen, député con- 
servateur de Tongres, caractérisait en ces termes, le 
5 juin i885 : 

Le partage continu de la propriété foncière a fini par 
accumuler sur elle des charges énormes par l'effet des droits 
de succession, des soultes et des droits de vente forcée pour 
sortir d'indivision. Le capital a été ainsi nécessairement 
entamé; la dette hypothécaire a pris des proportions sou- 
vent effrayantes, et, dans des conditions si onéreuses, 
qu'elle a formé un premier et sérieux obstacle à tout pro- 
grès. La pulvérisation du sol a fatalement empêché des 
améliorations que. du reste, les ressources amoindries du 
propriétaire ont. trop souvent, rendu impossibles, et il a 

II) 11 convient de n'accueillir que sous de formelles réserves, les 
résultats du recensement de j8So. En 1895, le recensement ne constate 
l'existence que de 829,625 exploitations, dont 710.503 inférieures à 
2 hectares. 

(2) 5 1298 en 1895. 



42 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

fallu donner au fisc ce qui eût pu servir à des transforma- 
tions fécondes (i). 

On voit que s'il ne reste pas grand chose de la pro- 
priété paysanne en Belgique, ce qui en reste est bien 
loin de se trouver dans une situation riante. 

Nous ne connaissons pas les charges réelles, moins 
encore les charges personnelles des propriétaires ruraux, 
mais il n'est point douteux que leur fardeau ne se soit 
considérablement alourdi pendant ces vingt-cinq der- 
nières années. 

En i85o, M. Frère-Orban, dans l'exposé des motifs 
de son projet de loi sur le crédit foncier, évaluait la 
dette hypothécaire totale à environ 800,000,000 de 
francs (798,103,870), dont un peu plus de la moitié, 
56 °/o sur la terre, la propriété non bâtie, 440, 1 5 1 ,098 francs, 
et 44 0/0, 357,952,771 francs, sur la propriété bâtie. En 
1878, dans le rapport qu'il présenta à l'Exposition de 
Paiis, au nom des sociétés agricoles de Belgique, E. de 
Laveleye évaluait cette même dette totale à un mil- 
liaid (2); en admettant la même répartition de la dette 
qu'en i85o, la terre supportait un fardeau de 56o millions 
environ, le vingtième de sa valeur. Depuis, M. H. Denis 
a évalué approximativement la dette hj'pothécaire totale 
en 1897, à 1,588 millions, dont 870 millions sur ]a terre (3). 

On a prétendu, il est vrai, dansundébatparlementaire, 
— sans apporter d'ailleurs une ombre de preuves à l'appui 



(1) Chambre des Représentants. Séance du 3 juin icSS^. Dociunent 
n» ]()j^, p. 63. 

(2) L'Agriculture belge, p. cxn. Bruxelles, Merzbach. i<S-j<S. 

{■X,) Proposition de loi relative à l'organisation du crédit foncier 
rural mutuel. Chaïubre des Représentants, 189(3-97, n» 100, p. ô. 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE 43 

de cette assertion — que ces charges, grèvent surtout 
la grande et la moyenne propriété (i), mais un député 
catholique de Nivelles, M. Stoufts, a répondu en ces 
termes topiques, à celui de ses collègues qui avait 
émis pareille affirmation : 

Si vous représentez, disait-il, un pays de petite culture 
ordinaire, où il n'v a pas d'exploitation industrielle, et où il 
y a, comme culture industrielle, tout simplement la bette- 
rave, alors une seule opinion s'impose : la petite culture est 
obéiée. Elle l'est d'autant plus, que nous devons nous 
associer avec de puissants fabricants pour réaliser notre 
récolte betteravière et que, quand nous liquidons notre 
opération d'association, on nous prend la crème et on nous 
laisse le petit lait... 

C'est ce qui fait que chez nous, la petite culture est obérée 
et ruinée, et il en est de même pour presque toute la Bel- 
gique (2). 

Un certain nombre de notaires, questionnés par nous 
sur le point de savoir si les charges h^'pothécaires grè- 
vent surtout la petite, la moj'enne, ou la grande pro- 
priété, nous ont transmis des réponses contradictoires, 
qui prouvent, une fois de plus, combien les situations 
diffèrent de région à région (3). 

(i) V. eu sens contraire. De Laveli;ve, Rapport sur l'agriculture 
belge, présenté à l'Exposition de Paris. Annexes. 

Comice agricole de Bruges (région sablonneuse) : « La petite pro- 
priété est beaucoup plus hypothéquée que la grande » (p. 72). 

Société agricole du Limbourg : c< La petite propriété est plus fortement 
grevée d'hypothèques que la grande » (p. ujy). 

Haute Ardenne (pays de la Salm > : « La petite propriété est assez 
hypothéquée ; la grande, moins ». 

Ce sont les trois seules notices, envoyées au rapporteur, qui trai- 
tent de cette question. 

(2) Chambre des Représentants. Annales parlementaires, séance du 
6 mai 1897. p. 129g. 

(;^) Canton de Fosses {arr. de Namur) : a II y a certainement des 



44 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

Seulement il ne faut pas oublier que, dans un grand 
nombre de cas, les charges personnelles, plus encore 
que les charges réelles, contribuent à obérer la petite 
propriété rurale, voire même à la réduire à l'état de 
pure et simple apparence. 

Un fermier de Thorembais nous disait dernièrement 
que, dans sa commune, la plupart des petits proprié- 
taires se trouvent sous la coupe de quelques notaires 
des environs, qui leur ont prêté — sans hypothèque et 
à 5 o/o d'intérêts — une partie de l'argent nécessaire à 
l'acquisition de la terre qu'ils occupent. 

Des faits de ce genre, et ils sont nombreux,, montrent 
qu'il est impossible de se rendre un compte exact de la 
situation des paysans propriétaires — situation que les 
statistiques ne peuvent révéler et que les cultivateurs 
s'efforcent soigneusemant de dissimuler. 

Néanmoins, il est impossible de contester qu'en 



charges hypothécaires assez considérables, mais il serait difficile 
d'en tixer le quantum, eût-nn même à sa disposition les registres du 
conservateur des hypothèques, car, souvent, les campagnards qui 
remboursent, économisent les frais de main-levée. La dette hypotlié- 
caire grè\e plus particulièrement la petite propriété, mais j'estime, 
qu'en général, la dette hypothécaire, dans notre canton, tend plutôt 
à diminuer, parce que le pa\san n'achète plus que des terres par 
raison de con\enance, et non comme placement, ainsi qu'il le faisait 
autrefois. Un individu qui avait 2,000 francs disponibles, achetait 
pour 3 ou 4,000 francs et empruntait ce qui lui manquait. Mainte- 
nant, le culti\'ateur n'achète plus que s'il a de l'argent pour payer, et 
il emploie l'argent cju'il économise à acheter des obligations de ville, 
ou bien il le place à la (>aisse d'épargne. Comme je viens de le dire, 
la propriété foncière est en grande défaveur et il est très rare de ren- 
contrer des personnes qui achètent des terres, comme placement. Si 
parfois il arrive qu'un propriétaire disparait, par suite de déconfiture, 
il en surgit un autre; je ne crois donc pas que, dans notre canton, le 
nombre des propriétaires aille diminuant ». 

Canton de Genappe (arr. de Nivelles} : (( Les charges hypothécaires 
de la propriété rurale sont fort considérables, mais je crois qu'elles 
s'amoindrissent ; elles grèvent surtout la moyenne propriété ; le 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE 45 

Belgique, comme dans toute l'Europe, la propriété 
parcellaire se trouve dans une position extrêmement 
précaire qu'a parfaitement décrite, dans un article 
récent de la Réforme Sociale, un écrivain conservateur, 
M. Cheysson : 

« La petite propriété, dit-il, est bordée par deux 
abîmes où elle est menacée de s'engloutir : d'un côté la 
grande et la moyenne propriété, qui peuvent l'absorber; 
de l'autre, la propriété indigente qui, par suite du mor- 
cellement excessif, ne suffit plus à nourrir et à occuper 
la famille rurale, et dès lors, a perdu la vertu écono- 
mique et sociale de la petite propriété proprement dite. 
Il est vrai que, par suite du morcellement qu'amène la 
loi successorale, cet empiétement de la grande propriété 
se trouve en partie masqué. C'est une toile de Pénélope, 
dont la statistique est impuissante à nous retracer le 
travail. Elle constate bien, à la fin de l'année, que la 

nombre des propriétaires de maisons augmente, mais non celui des 
propriétaires ruraux. Depuis quelques années, la grande propriété 
s'est accrue, par suite du manque de ressources chez les cultivateurs, 
qui n'achètent plus ». 

Canton de Lierre (arr. de Malines) : « Les charges hypothécaires 
grevant la propriété rurale, dans nos environs, sont peu considérables ; 
les notaires ne passent que très rarement des actes de constitution 
d'hypothèque. Le morcellement de la grande propriété est manifeste : 
il n'existe plus de grandes exploitations rurales autres que celles 
appartenant à des administrations charitables et patriciennes. A 
chaque vente, quelle qu'en soit l'importance, les biens sont présentés 
en lots ; très exceptionnellement, l'accumulation porte sur la masse 
entière ». 

Canton de Malines (arr. de Malines) : « Dans les campagnes des 
environs de Malines, les immeubles sont beaucoup moins grevés 
qu'en ville. 

« Cependant, dans ces dernières années, il y a une tendance assez 
accentuée, cliez les propriétaires moyens et chez les petits, à recourir 
à l'hypothèque, chaque fois qu'un besoin d'argent se fait sentir. La 
propriété rurale, dans notre arrondissement, s'est légèrement mor- 
celée : le nombre des titulaires a augmenté depuis 30 ans ». 



46 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

toile est restée à peu près stationnaire, mais elle ne 
nous dit pas, et ne peut nous dire comment le tissu se 
fait le jour et se défait la nuit » . 

Ces dangers que court la petite propriété se sont 
aggravées dans ces derniers temps, à raison de la crise 
agricole. Michelet a soutenu que c'est aux époques de 
crise que la terre tombe des mains du riche dans celles 
de l'indigent : — Nul acheteur ne se présentant, dit-il, 
le paysan arrive avec sa pièce d'or et il acquiert. — 
C'est une erreur de fait, qui a été réfutée par M. de 
Foville : « Quand les grands et les moyens propriétaires 
sont aux abois, les petits eux-mêmes ont vidé leurs bas 
de laine, et, pour ceux-ci, comme pour ceux-là, c'est 
moins l'heure d'acheter que de vendre. La ville, alors, 
où il y a toujours de grosses fortunes en formation, jette 
ses filets sur les campagnes, et la petite propriété se 
trouve absorbée par la grande )). 



CHAPITRE m 

Les mesures législatives en faveur de la petite 
propriété rurale 

Afin de conserver, — dans la mesure où l'intérêt des 
classes dirigeantes l'exige, — ce qui reste de la propriété 
pa3'sanne, et de maintenir les formes archaïques de la 
production agricole que l'action révolutionnaire du 
capitalisme tend à faire disparaître, on s'efforce, depuis 
quelque temps, de rajeunir ou de ressusciter les cou- 
tumes qui régissaient, jadis, la propriété et les succes- 
sions. 

Nous voyons reparaître, sous des formes plus ou 
moins réduites, atténuées, facultatives, le droit d'aî- 
nesse ou de juveigneur, la transmission intégrale des 
biens à l'héritier désigné (Anerhenrecht), les tenures 
perpétuelles {Rentengilter), l'indivisibilité et l'incessibilité 
des terres roturières. 

En Allemagne, en France, en Autriche, on s'attache 
à constituer, — par des moyens différents, mais dans 
un but identique, — des biens de famille {Homesteads, 
Heimstaette), limités en valeur, exonérés de certaines 
charges fiscales, inaliénables, insaisissables, indivisibles, 
transmissibles du père à l'un des enfants, suivant cer- 
tains projets, ou réunissant seulement, suivant d'autres, 
une partie de ces conditions. 

C'est dans cet esprit, notamment, que la « Société 
d'Economie sociale », inspirée par les théories de Le 
Play, formula, il y a quelques années, un avant-projet 



48 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

de loi, dont M. Levasseur résume, comme suit, les prin- 
cipales dispositions : 

Tout propriétaire peut constituer un bien de famille — 
traduction libre de l'expression Hoinestead — en faisar.t 
une déclaration dans ce sens. Cette déclaration rend le bien 
insaisissable. Ce bien ne peut excéder, en valeur, 10,000 fr. 
S'il est constitué par contrat de mariage, il ne peut être 
aliéné qu'à condition de remploi. Si le propriétaire, en 
mourant, laisse des enfants, le bien ne peut être vendu, tant 
que ceux-ci sont mineurs. D'autre part, les successions au- 
dessus de 19,000 francs, ne sont plus soumises aux articles 
826 et 832 du Code civil, afin de prévenir le morcellement; 
le père peut, dans tous les cas, disposer par testament de la 
moitié de sa fortune ; enfin, tout héritier peut retenir le « bien 
de famille ». même si la valeur excède 10.000 francs, en 
payant aux autres héritiers une soulte dont l'intérêt serait 
fixé à 3 %(i). 

Cette proposition-type a été partiellement reproduite, 
depuis lors, dans les projets de lois pi'ésentés au Parle- 
ment français par MÎM. De Mun, Léveillé et consorts; au 
Parlement belge, par 'Si. Van der Bruggen et ses amis. 

Mais il ne suffit pas, — aux 3'eux des partisans du 
homestead — , de consolider la petite propriété là où elle 
existe encore; on s'efforce également de la dévelopiper 
dans les régions où elle n'existe plus. 

En Angleterre, la loi du 27 juin 1892 autorise les 
Comtés à acquérir des terrains, pour les revendre, avec 
des grandes facilités de paiement, aux personnes qui 
désirent les acheter et les cultiver elles-mêmes (2). 

(1) Revue d'Economie politique, 1894, p. 7(12. 

(2) ...the council may ...acquire any suitable land for the purpose of 
providing small holdings for persans u'ho désire io buy and ivill tkemselves 
eultivate the holdings <• . 



LA PETITE PROPRIETE RURALE 49 

Seulement, le droit de propriété de ces personnes reste 
soumis à de multiples restrictions, servitudes et clauses 
résolutoires, procédant du désir de créer une classe de 
paysans-propriétaires (i). 

En Prusse, les lois du 27 juin i8go, du 7 juillet 1891 
et du 8 juin 1896, autorisent le gouvernement, ou des 
particuliers, à diviser leurs domaines en petites exploi- 
tations paysannes, soumises à VAnerheiirecht et grevées 
de rentes perpétuelles non rachetables {Rentenguter) (2). 

De même, en Autriche, le Parlement a été saisi, 
Tannée dernière, d'un projet de loi sur la création de 
Rcntengiiter , élaboré par l'ancien Ministre de l'agricul- 
ture, M. de Falkenheyn (3). 

Bref, il n'est pas un Parlement en Europe, où la 
question de la petite propriété ne soit à Tordre du jour. 
Partout on manifeste pour les pa3-sans une sollicitude 
à laquelle les progrès du socialisme ne sont évidemment 
pas étrangers. 

En Belgique même, où, pendant si longtemps, on 
n'a rien fait pour les petites gens des campagnes, le 
gouvernement, depuis quelques années, a présenté ou 
pris sous son patronage une série de lois et de projets 
de loi a3'ant pour but de maintenir, développer, ou 
reconstituer la petite propriété rurale. 

Nous allons exposer brièvement ces diverses mesures, 
que Ton peut classer sous trois rubriques : mesures 



(1) Small Holdings Act. 1893(55 et 56, Vict. c. 31). Voy. Maurice 
Valthœr, Le Gouvernement local de l'Angleterre, Paris, Rousseau. 18Q5. 

(2) Brenïano, Agrarian Reform in Prussia. (The Economie journal. 
May., June, 1897). 

(3) Blondkl, Etudes sur les pupidat ions rurales de V Allemagne. Paris, 
Larose, 1897. 



ÛO ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

fiscales; organisation du crédit foncier; modifications 
au régime successoral des petits héritages. 

§ I. Les Mesures fiscales 

Notre étude, — consacrée exclusivement aux mesures 
spéciales en faveur de la petite propriété, — ne comporte 
pas l'examen des réformes, d'ordre plus général, tendant 
à établir l'équilibre des charges de l'agriculture et des 
autres branches de la production, à réduire les droits 
exorbitants qui entravent^ les mutations immobilières, 
à faire disparaître les inégalités de répartition de l'impôt 
foncier, et à séparer les deux branches de celui-ci, 
confondues aujourd'hui sous la même rubrique : l'impôt 
sur le sol, qui tend à frapper le propriétaire, et l'impôt 
sur les maisons, qui tend à atteindre le locataire. 

Bornons-nous à rappeler que le gouvernement s'est 
engagé, vis-à-vis des agrariens, à réduire, dans une 
certaine mesure, l'impôt foncier, sitôt après l'achève- 
ment de la péréquation cadastrale (i). 

En attendant, la Chambre a été saisie, par l'initiative 
parlementaire, d'une proposition de loi qui réduit la 
contribution foncière grevant les terres arables, à 
l'exclusion des forêts, bruyères, prairies et pâtures (2). 

Le rapport de la section centrale, favorable à cette 
proposition, estime qu'il n'y a pas lieu d'attendre le 
parachèvement de la péréquation cadastrale, et qu"il 

(1) Jusqu'à présent aucune suite n'a été donnée à ces engagements 
et la péréquation cadastrale ne sera terminée qu'après les élections 
de igoi. 

(2) Proposition de loi réduisant la contribution foncière des terres 
arables, présentée par .M. Hoyois. le 1 1 février, n° qq. — Rapport de 
M. Vanderlinden, le 11 juillet i8q3, n° 270. 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE 5l 

importe de prendre des iTiesures immédiates et provi- 
soires : 

Une réduction uniforme dùt-elle. dans certains cas et 
pour certaines propriétés, apporter des allégements de 
charges, dont la nécessité semblerait moins démontrée, il 
est certain qu'elle s'impose pour l'ensemble des terres ara- 
bles. Si l'on tient compte de ce que la propriété rurale est. 
pour la très grande partie, entre les mains de la petite cul- 
ture, il faut dire qae ce sera la masse de la population 
agricole qui sera appelée à en tirer profit et qu'aucune 
mesure ne peut être plus directement utile à l'agricultvu-e. 

On met donc en avant l'intérêt des petits proprié- 
taires, mais on applique la mesure à tous les propriétaires 
indistinctement ; on accorde un avantage apparent, ou 
tout au moins temporaire, au fermier, et l'on augmente, 
en réalité, la part de la rente foncière; on dégrève, à la 
fois et dans les mêmes proportions, les terres surtaxées, 
et celles qui échappent, en attendant la péréquation 
cadastrale, aux charges qui devraient leur incomber. 

Il ne s'agit donc pas, en réalité, d'une mesure en 
faveur de la petite propriété, mais d'un véritable cadeau 
à offrir aux propriétaires fonciers, en général. 

Aussi ne croyons-nous pas devoir insister sur une 
proposition qui ne rentre qu'en apparence dans le cadre 
de ce travail, et que, d'ailleurs, le gouvernement ne 
manquerait pas de faire rejeter comme incomplète et 
prématurée, si, par hasard, elle arrivait en ordre utile. 

C'est dans une autre voie qu'il convient, à notre avis, 
de poursuivre la réduction des charges de l'agriculture. 

La Belgique, en effet, jouit du privilège, fort peu 
enviable, d'être l'un des pays d'Europe où les droits 



52 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

qui frappent la transmission des immeubles sont les 
plus élevés. 

Actuellement, on paie, en France, sur les mutations 
immobilières, 6,87 «/o; en Belgique, 6,75 0/0; en 
Hollande, avant la loi du 22 septembre 1892, 6,55 0/0, 
aujourd'hui 2,1 5 "/o seulement ; dans le Grand-Duché 
de Luxembourg, 5,85 °jo, avant la loi du 22 mai, qui 
réduisit les droits à 3,25 «/o; en Italie, 4,80 °/o. 

Si nous passons maintenant en Angleterre et en Alle- 
magne, nous constatons que, dans ces deux pays, les 
droits de mutation correspondent simplement à une 
redevance que l'on paie à l'Etat pour les services qu'il 
rend aux contractants en les garantissant contre toute 
éviction et en donnant date certaine aux actes de vente. 
En Prusse, la loi du 7 mars 1822 fixe à i 0/0 le Stempel- 
pflicht, et, en Angleterre, VActàe 1870 établit seulement 
un droit de 1/2 "/o sur les transmissions immobilières. 

En définitive, donc, nous sommes tout en haut de 
l'échelle, à peine un échelon plus bas que la France; 
en comptant les frais de timbre et les honoraires des 
notaires, les droits à payer par les contractants attei- 
gnent 8 à 10 0/0 au moins du prix de vente. 

Ces droits exorbitants, « superfiscaux » ■ — comme dit 
A. Wagner, — ont été condamnés par des économistes 
de toutes les écoles. Il constituent un obstacle perma- 
nent àla circulation des immeubles, aupassagedes terres 
entre les mains de ceux qui sont le mieux à même de les 
culti ver; ils frappent la petite propriétéplus que la grande, 
parce que les immeubles de peu d'importance subissent 
des mutations plus fréquentes que les grands domaines ; 
qu'en outre les honoraireset les droits fixes pèsent, d'au- 
tant jjIus lourdement, que le prix de vente est plus faible. 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE 53 

Aussi, dès leur entrée au Parlement, les membres de 
la fraction socialiste prirent l'initiative d'un projet 
d'impôt généra] sur le revenu, qui devait être substitué 
à divers impôts et, notamment, aux droits de mutation 
et aux droits de transcription et d'hypothèque, réduits 
de cinquante pour cent ( i ). 

Trois jours après, le 1 8 janvier i8g5. le Gouveine- 
ment déposait, à son tour, un projet réduisant aussi de 
moitié ces droits de mutation et de transcription, mais 
seulement pour les petites propriétés rurales, « pour les 
ventes d'immeubles ruraux dont le revenu cadastral 
n'excède pas 200 francs fce qui correspond, approxima- 
tivement, à une valeur vénale de 7,000 francs) (2). 

Encore faut-il, pour que la réduction soit accordée, 
que l'acquéreur ne possède pas d'autres immeubles, 
dont le revenu cadastral forme, avec celui de l'immeuble 
acquis, un total supérieur à 200 francs; en outre, pour 
que cette réduction soit maintenue, il faut que, dans le 
délai de 18 mois, à compter de l'acte de vente, les 
acquéreurs exploitent en faire-valoir direct, l'immeuble 
objet du contrat. 

Nous nous trouvons donc cette fois en présence d'un 
privilège accordé à la petite propriété rurale. 

L'exposé des motifs définit, en ces termes, l'idée fon- 
damentale du projet de loi : « faciliter la constitution 
entre les mains du cultivateur et de l'ouvrier agricole 
d'un petit patrimoine, modeste, mais suffisant pour 
former le fonds d'une petite exploitation ». 

D'après des supputations approximatives, le sacrifice 

(1) Session 1894-95, n° 57. 
(2j Session 1804-95, n°6o. 



54 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

de recettes, auquel le gouvernement se résoud dans ce 
but, pourra s'élever à 5oo,ooo francs par an. 

Ce projet a été voté unanimement, en mai 1897 ; mais, 
tout en lui accordant leur vote, les membres de la fraction 
socialiste se sont attachés à démontrer que ce pourboire 
d'un demi million apporterait sans doute un léger sou- 
lagement aux petits cultivateurs, accablés de charges 
de toutes espèces, mais qu'il serait sans action réelle sur 
les causes dissolvantes de la propriété paysanne. 

A plus forte raison en serait-il de même d'une déduc- 
tion de l'impôt foncier. 

En effet, « d'après le seul document qui nous donne 
une idée nette de la répartition de l'impôt et du revenu 
foncier en Belgique, les contribuables qui payaient en 
1864 moins de 3o fr. d'impôt et dont le revenu cadastral 
était au-dessous de 265 fr. représentaient g53,ooo coti- 
sations sur 1,083,179, c'est-à-dire 88 0/0, près des g/io 
du nombre total des contribuables. Il y avait 189,987 
contribuables, pa3'ant moins de i fr. et jouissant d'un 
revenu de moins de 9 fr. 

En admettant donc, que l'impôt foncier soit réduit 
d'un tiers, la grande masse des cultivateurs n'y gagne- 
rait pas 10 fr. par an et prés de 200,000 d'entre eux 
seraient dégrevés de quelques centimes seulement. 

Ce ne sont évidemment pas des remèdes aussi homœo- 
pathiques qui peuvent exercer une influence quelconque 
sur les conditions d'existence de la petite propriété 
rurale. 

§ 2. — Le Crédit foncier. 

Rien n'a été fait, jusqu'à présent, en Belgitiuc, poui 
faciliter, par une organisation sociale du crédit, l'accès- 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE 55 

sion des cultivateurs à la propriété, ou le dégrèvement 
des charges hypothécaires qui pèsent sur les biens 
ruraux. 

Une loi du i5 avril 1884 autorise, il est vrai, la Caisse 
d'épargne à employer une partie de ses fonds disponi- 
bles en prêts aux agriculteurs par l'intermédiaire d'une 
institution capitaliste : les comptoirs agricoles : une 
autie loi, du 21 juin 1894, a élargi le cadre des opéra- 
tions en donnant à la Caisse d'épargne la faculté de 
faire, directement, des avances de capitaux aux sociétés 
coopératives de crédit agricole, qui, depuis lors, ont 
pris une assez grande extension ( i ) ; mais ces avances 
ne sont accordées que si les fonds empruntés sont desti- 
nés au développement ou à l'amélioration de l'exploita- 
tion agricole : ils doivent être appliqués, soit à l'achat 
de bestiaux, de machines, d'engrais ou de semences, 
soit à des travaux de drainage ou de défrichement. 

Quant au Crédit foncier proprement dit, destiné à 
faciliter l'acquisition ou le dégrèvement des propriétés 
rurales, toutes les tentatives d'organisation, qui ont été 
faites depuis un demi-siècle, ont complètement avorté. 

Vers i85o, sous l'influence de Ciezkowski et de 
Wolowski, directement inspirés par les institutions de 
ce genre qui existaient en Prusse et en Pologne depuis 
la fin du xviii^ siècle, im grand nombre de projets virent 
le jour en France et en Belgique. 



(1) V. Compte-rendu des opérations de la Caisse d'épargne et de 
retraite. Année 1896. p. 8. 

Solde des prêts, par l'intermédiaire des Comptoirs agricoles, au 
31 décembre i8g6 : fr. 2,907,341. — D'autre part, à la même date, 
le nom.bre des sociétés coopératives de crédit agricole s'élevait à 77. 
Depuis, leur nombre a considérablement augmenté. ^^ infra. III, La 
Coopération rurale. 



56 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

Le 8 mai i85o, Frère-Orban, au nom du Gouverne- 
ment belge, déposa un projet d'organisation du Crédit 
foncier, combinant l'administration par l'État avec une 
véritable association entre les propriétaires emprunteurs. 

Les prêts devaient être faits au taux de 4 °/o, plus i "/o 
pour l'amortissement, avec une garantie h^'pothécaire 
vérifiée par l'administration : 

Le gouvernement voulait prouver que le système qui, en 
Prusse et en Pologne, originairement n'avait été appliqué 
qu'à la grande propriété, aux biens nobles, — équestres 
comme dit Roscher, — était extensible à b petite propriété, 
au moins dans certaines limites. Le projet s'arrêtait à la 
limite d'une valeur foncière de 1,000 francs, considérée 
comme permettant d'assurer encore le recouvrement des 
annuités ; mais les petits propriétaires pouvaient s'associer 
pour donner hypothèque (i). 

Ce projet provoqua une très vive opposition dans les 
rangs du parti catholique. On prétendit qu'il poi'tait 
l'empreinte du socialisme, qu'il consacrait un envahis- 
sement du pouvoir central. Adopté, néanmoins, par la 
Chambre en i85i, il finit par succomber, devant le 
Sénat et, le 20 décembre 1854, un arrêté ro\'al en 
décréta le retrait pur et simple. 

Après cet échec, et jusqu'en 1896, la question du 
Crédit foncier continue à préoccuper les théoriciens, 
donne lieu à des travaux forts intéressants [projets de 
MM. Haeck (1857), 't Serclaes de \\'ommersom (1888), 



( 1 ) Développement de la proposition de loi déposée par .M . H . Denis, 
le -2^ février iHcjy, relative à l'orf^anisation du Crédit foncier rural 
mutuel. Session 1896-^7 n" 100, p. 2. — Le même document contient 
un exposé historique fort intéressant de la question en Belsique. 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE 5y 

Van Overloop (1894)], mais elle ne pénètre plus dans 
le cercle de l'activité parlementaire. 

C'est seulementl'annéedernière (i8g6) que, reprenant 
sous une forme d'ailleurs très imparfaite, l'initiative que 
ses amis politiques avaient fait échouer, en 1854, M. de 
Smet de Naeyer, ministre des finances, déposa, le 
ig novembre 1896, un projet de loi relatif au Crédit 
foncier agricole : 

Le Gouvernement estime, dit l'exposé des motifs, que la 
Caisse d'épargne ferait chose éminemment utile si elle réa- 
lisait, grâce à l'intervention de ses comptoirs agricoles, des 
opérations de crédit foncier proprement dit, en les réglant 
de manière à faciliter le développement progressif de la 
propriété rurale. 

Les prêts hypothécaires consentis par les particuliers 
sont généralement remboursables en une fois : le préteur ne 
désire pas recevoir le remboursement par annuités, ce 
système entraînant pour lui, à chaque échéance, le souci 
du remploi d'une fraction de son capital. 

L'emprunteur, de son côté, n'étant pas préoccupé d'une 
prochaine échéance, néglige de reconstituer, par des place- 
ments successifs, le capital emprunté, ou affecte à d'autres 
usages les sommes économisées par lui en vue du rembour- 
sement de s:î. dette. 

Il en résulte, qu'à l'expiration du terme, le débiteur n'est 
pas en mesure de rembourser le prêt et que celui-ci, succes- 
sivement renouvelé, finit par se transformer en une dette 
perpétuelle. C'est là un mal qui place pour toujours le culti- 
vateur dans une situation précaire; si, pour acquérir de 
nouveaux biens destinés à étendre son exploitation, pour 
sortir d'un état de gène momentanée, ou pour reprendre 
l'exploitation familiale, il a dû contracter un emprunt hypo- 
thécaire, il se trouve, en fait, dessaisi à jamais du plus 
puissant élément de crédit dont il dispose. 



58 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

C'est à ce mal que le Gouvernement, avec le concours 
de la Caisse d'épargne, voudrait porter remède. 

A cet effet, il serait hautement désirable, continue l'exposé 
des motifs, de voir la Caisse d'épargne organiser résolu- 
ment le service du crédit foncier agricole, mais exclusivement 
sous la forme de prêts remboursables par annuités : telle est la 
raison d'être de l'article i" du projet de loi, qui stipule que 
« les pi'êts hypothécaires consentis par la Caisse générale 
d'épargne et de retraite, à l'intervention des comptoirs 
agricoles, devront être remboursables par annuités dans un 
délai maximum de 3o ans ». 

Le second, et dernier article du projet, a pour objet, 
d'écarter l'obstacle que notre législation fiscale apporterait 
en fait à la réalisation du second but poursuivi par le Gou- 
vernement : la substitution avec le concours de la Caisse 
d'épargne, de dettes remboursables par annuités aux dettes 
rembovirsables en une fois, qui grèvent actuellement la 
propriété foncière jurale. 

Le contrat tout indiqué à cette fin est, en effet, le paie- 
ment avec subrogation, prévu par les articles 1249 et sui- 
vants du code civil : la Caisse d'épargne paie le créancier 
hvpothécaire, et est subi ogée à ses droits contre le débiteur ; 
mais, dans l'état de la législation sur la matière, pai'eil 
contrat donnerait ouverture, soit au droit de 1.48 %, établi 
pour les cessions de créances, soit, parfois, au droit de 
même impôt pour les obligations de sommes, et, c'c plus, 
à un droit de quittance de 0.65 °/o. Il n'est pas un seul 
instant douteux que nos agriculteurs hésiteraient souvent à 
faire une opération (]ui se manifesterait, à son début, avec 
un caractère aussi onéreux; de là, la disposition du projet 
de loi qui exonère de tout droit proportionnel les contrats dont il 
s'agit. 

Il n'échappera pas, dit en terminant l'exposé des motifs, 
que les développements de l'institution des comptoirs agri- 
coles, et de leur action dans le sens exposé plus haut, est 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE 5g 

appelé à aider puissamment à la diffusion de la petite pro- 
priété rurale. Le présent projet de loi rentre ainsi dans les 
vues dont s'est inspiré celui que le Gouvernement a déposé 
le iS janvier i8g5 (Réduction des droits d'enregistrement 
et de transcription pour les acquisitions de petites propriétés 
rurales i. 

Renvoyé devant les sections de la Chambre le projet 
de M. de Smet n'y a reçu qu'un accueil très réservé. 

On a fait remarquer, tout d'abord, que la réduction 
des droits d'h3'pothèque, au profit d'une seule classe 
de prêts, est une mesure boiteuse, une réforme impar- 
faite, qui heurte la justice distributive et le principe 
constitutionnel de l'égalité devant l'impôt. 

De plus, si le mécanisme légal que l'on propose 
d'introduire, devait effectuer un grand nombre d'opé- 
rations, les administrateurs de la Caisse d'épargne mani- 
festent la crainte de voir immobiliser, dans une trop 
large mesure, des capitaux qu'ils ont l'obligation de 
rembourser à la première demande. 

D'autres ont rappelé ce que disait, au congrès de 
l'agriculture (i), le regretté Mahillon, directeur général 
de la Caisse d'épargne : 

(( A l'époque actuelle, je me demande si, en général, 
on rend service aux cultivateurs, en les poussant par 
l'avance de capitaux, même à bon marché, à acheter 
des terres. » 

Trop souvent, en effet, les campagnards ont (( les 
yeux plus grands que le ventre d ; poussés par le 
démon de la propriété personnelle, ils se disputent 
avec acharnement les lopins de terre qu'ils convoitent, 

(ij Session 1893-1894. p. 168. 



6o ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

contractent, pour les payer, des engagements qu'il 
leur est à peu près impossible de tenir et finissent par 
se trouver, vis-à-vis de leurs créanciers, dans une 
situation plus onéreuse que les fermiers vis-à-vis de 
leurs propriétaires. 

Il est vrai que la crise les a rendus prudents et que, 
d'autre part, le projet de Smet de Nayer paraît surtout 
avoir en vue de faciliter le paiement de dettes ancien- 
nes, en subrogeant la Caisse d'épargne aux créanciers 
hypothécaires, mais à quelles conditions? 

Les prêts ne pourront être faits que par l'intermé- 
diaire des Comptoirs agricoles, moyennant une commis 
sion à toucher par ceux-ci, et ils devront être remboursés, 
par annuités, dans le laps de trente ans. 

Or, par arrêté du conseil général de la Caisse d'épar- 
gne, — 20 juin i8g5, — « le taux de l'intérêt des prêts 
agricoles, conclus à l'intervention des Comptoirs agri- 
coles, est fixé, }• compris le tantième alloué aux 
comptoirs, à 3 fr. 75 °/o, pour les prêts supérieurs à 
10.000 francs, et à 3 fr. 5o °jo pour les prêts ne dépas- 
sant pas ce montant. » 

En y ajoutant l'amortissement, l'annuité à payer par 
l'emprunteur, que nous avons calculée d'après les tables 
de Pereire, s'élèvera à 5 fr. 61 «/o, au- taux d'inliMêt de 
3 fr. 75; à 5 fr, 44 "/o, au taux de 3 fr. 5o. 

Les cultivateurs obérés auront donc le choix entre 
ces deux alternatives : payer indéfiniment à leurs créan- 
ciers un intérêt hypothécaire, que M. Beernaert, en i8go, 
fixait, en moj'enne, de 4 1/4 à 4 1/2 °/o, ou bien, payer 
pendant trente ans à la Caisse d'épargne une annuité de 
5 fr. 44 0/0. 

Il faut bien mal connaîtie leur psychologie, et vou- 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE 6l 

loir ignorer la pénible situation dans laquelle ils se 
débattent, pour expiimer l'espoir que les paysans, en 
grand nombre, se décideront à augmenter leurs charges, 
pendant trente ans, en échange de la perspective d'être 
libérés dans la suite. 

Pour que le Crédit foncier produise des résultats, 
dont il convient d'ailleurs de ne pas exagérer l'impor- 
tance, il faudrait que les annuités à payer soient infé- 
rieures au montant des intérêts touchés actuellement 
par les créanciers hypothécaires. 

C'est dans l'espoir d'arriver à ce résultat, de « cher- 
cher la solution qui impose aux individus, unis par la 
solidarité, le minimum de risques et les charges éven- 
tuelles les moins onéreuses, » que, le 25 février 1897, 
Denis a opposé, au projet de Smet, sa proposition de 
loi relative à l'organisation du Crédit foncier rural 
mutuel. 

Au lieu de faire directement des prêts aux cultiva- 
teurs par l'entremise des Comptoirs agricoles, la Caisse 
d'épargne se bornerait à consacrer une partie de ses 
fonds à l'acquisition de lettres de gage, émises en repré- 
sentation de prêts fonciers ruraux. 

L'organisation, proprement dite, du Crédit foncier 
rural comprendrait deux ordres d'organes distincts : 

a) Les mutualités foncières locales. 

b) Les caisses provinciales de Crédit foncier. 

Les mutualités locales traiteraient les opérations de 
prêts avec leurs membres, de cession avec subrogation 
des créances dues par leurs membres, et de négociation 
des lettres de gage. 

Les caisses provinciales feraient l'émission des lettres 



62 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

de gage ; elles les délivreraient aux mutualités locales et 
en assureraient périodiquement le remboursement aux 
porteurs par voie de tirage. 

Nous renvoyons, pour le détail de cette ingénieuse 
conception, au texte même et aux développements de 
la proposition Denis. 

Etant donné le point de vue qui nous occupe en ce 
moment, il suivra de constater que cette proposition 
n'accorde aucun privilège à la petite propriété, qu'elle 
n'a d'autre but que d'assurer à tous les cultivateurs du 
crédit aux conditions les moins onéreuses possibles et 
que son auteur lui-même est d'avis « que la meilleure 
organisation du Crédit foncier ne pourra aujourd'hui, 
que dans des limites étroites, sans doute, permettre de 
faire passer la terre aux mains de ceux qui y applique- 
raient la plus grande énergie productive ». (i) 

§ 3. — Les Lois successorales 

Après l'examen des mesures que l'on propose, pour 
faciliter l'accession des cultivateurs à la propriété, l'ordre 
logique nous amène à parler de celles a3^ant pour but de 
consolider ces acquisitions, de stabiliser les biens de 
famille, et, notamment, de soustraire les petits héri- 
tages à la vente forcée en cas de décès. 

La seule proposition qui ait été faite, dans cet ordre 
d'idées, émane de l'initiative parlementaire : c'est le 
projet de loi déposé par AL Van der Bruggen, député 
de Thielt, le i8 mars i8gi, (! apportant des modifica- 



(i) Jusqu'à présent aucune des propositions relatives au Crédit 
foncier n'a été discutée au Parlemeiu belge. 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE 63 

tions au régime successoral des petits héritages » (i). 

On sait qu'aux termes des articles 8x5 et suivants du 
Code civil, nul ne peut être contraint à demeurer dans 
l'indivision; chacun peut demander sa part, en nature, 
des meubles et immeubles de la succession ; s'il y a des 
mineurs, ou si les immeubles ne peuvent pas se parta- 
ger commodément, il doit être procédé à la vente par 
licitation devant le tribunal. 

D'autre part, aux termes de l'article gi3 du Code 
civil, les libéralités, soit entre vifs, soit par testament, 
ne peuvent excéder la moitié des biens du disposant, 
s'il ne laisse à son décès qu'un enfant légitime; le tiers, 
s'il laisse deux enfants; le quart, s'il en laisse trois ou 
un plus grand nombre. 

Enfin, l'article 1094 du Code civil restreint dans des 
limites assez strictes le droit pour l'époux de disposer 
de ses biens par contrat de mariage, ou pendant le 
mariage, en faveur de l'autre époux. 

On est assez généralement d'accord aujourd'hui pour 
admettre que ce régime successoral présente des incon- 
vénients graves quand il s'agit de petites successions 
dont l'avoir se réduit à une maison, ouvrière ou pay- 
sanne, entourée de son jardin, ou de quelques parcelles 
de terre arable. 

En cas de décès du chef de famille, s'il y a des mi- 
neurs, si les héritiers ne parviennent pas à s'entendre, si, 
pour un motif quelconque, l'un deux réclame le partage, 
la propriété se dissout, l'exploitation rurale se morcelle, 
le bien de famille Dasse en des mains étrangères. 



(1) N° 120 (Session de 1890-gi). — Rapport de la section centrale, 
no 128. — Reprise du projet, le 31 janvier 1893; n° 75. (Sess. de 
1892-93). 



64 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

Il n'est pas contestable. — dit M. de Corzwarem, dans 
le rapport de la Section centrale sur la proposition \''an der 
Bruggen, — que la disparition graduelle de la petite pro- 
priété urbaine et rurale doit être attribuée, pour une grande 
partie, disons plus, pour la plus grande partie, à l'action 
de notre régime successoral. C'est là un fait d'observation 
quotidienne : une maison appartenait jadis à un ouvrier; 
elle est aujourd'hui passée en d'autres mains; cherchez la 
cause du changement, et, dans la plupart des cas, vous 
trouverez une licitation entre héritiers. 

Ce qui est non moins grave que la disparition rapide de 
la classe des ouvriers propriétaires, ce sont les pertes énor- 
mes que la vente des petits immeubles, — actuellement à 
peu près inévitable lorsqu'il y a plusieurs héritiers. — cause 
annuellement à la classe ouvrière. Ces pertes prennent la 
proportion d'un véritable désastre, lorsqu'il y a plusieurs 
mineurs parmi les héritiers. 

M. de Corzwarem, dans le même rapport, donne 
quelques exemples caractéristiques de cette absorption 
des petites propriétés par les frais de justice : 

jo Vente à Dinant, en mai 1890, d'une petite maison, 
avec deux parcelles de terre, d'une contenance totale 
d'environ 10 ares : prix de vente, 1,1000 francs; frais 
363 fr. 53, soit plus de 3o 0/0. 

2° Vente à Hoogstraeten du 16 décembre 1S90 : 
prix de vente, 3oo francs, frais taxés par le tribunal, 
134 fr. 82, soit 45 °/o du prix. 

3fVente d'une petite maison à I.oenhout: prix de vente, 
200 francs, frais liofrancs, soit exactement 6oo/odu prix. 

4" Enfin, en i8go, un jugement du tribunal de 
Dinant ordonne la licitation entre majeurs et mineurs, 
d'une petite maison à Thynes. La maison est adjugée 
à 100 francs : les frais montent à 112 francs. 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE 65 

Les détails de ces états de frais démontrent, à toute 
évidence, qu'une simple réforme fiscale serait impuis- 
sante à mettre un terme à cette déplorable situation. 
Même en réduisant au minimum les droits et frais à 
payer, les petites successions resteraient encore grevées 
de charges hors de proportion avec l'importance de 
l'actif. Aussi la proposition Van der Bruggen cherche à 
remédier à la situation que nous venons de décrire en 
rendant les liquidations forcées, non pas moins oné- 
reuses, mais moins fréquentes. 

Lorsque le revenu industriel des immeubles d'une 
succession ne dépasse pas 200 francs, et que cette suc- 
cession comprend une maison occupée par le de cujus, 
son conjoint, ou l'un de ses enfants, cette proposition 
de loi — dans son texte primitif — comporte une triple 
dérogation aux règles générales du Code : 

1° La quotité disponible, au profit d'un ou de plu- 
sieurs des enfants légitimes ne sera pas intérieure à la 
moitié de l'actif immobilier. 

2° Chacun des héritiers en ligne directe, de même 
que le conjoint survivant, s'il a un droit de co-propriété, 
a la faculté de reprendre sur estimation la maison, avec 
les terres qui en dépendent. 

30 Par dérogation à l'article 1094 du Code civil, 
l'époux pourra, soit par contrat de mariage, soit pen- 
dant le mariage, disposer en faveur de l'autre époux, 
de l'usufruit de tout l'actif immobilier. 

En somme donc, on propose de donner au père, à 
l'époux ou aux héritiers — quand il ■ s'agit de petits 
héritages — le droit d'empêcher le partage et la vente 
du bien de famille, soit en le léguant à l'un des enfants, 
soit en le donnant en usufruit au conjoint survivant, 



66 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

soit en reprenant sur estimation l'actif immobilier. 

Le projet Van der Bruggen, favorablement accueilli 
par la section centrale de la Chambre, a passé, depuis 
lors, par de multiples vicissitudes. Il était inscrit en 
tète de l'ordre du jour, quand il vint à tomber par suite 
de la dissolution des Chambres, nécessitée par la révi- 
sion constitutionnelle. Son auteur le reprit, en janvier 
i8g3, mais en supprimant les dispositions relatives à la 
quotité disponible et en stipulant que « sauf disposition 
contraire, le conjoint survivant aurait l'usufruit de la 
part de communauté revenant à la succession du 
prémourant dans la maison, le mobilier qui la garnit et 
les terres qui en dépendent, 3^ compris le matériel agri- 
cole et les animaux attachés à la culture ». De plus, un 
article nouveau, suggéré par M. H. Denis, autorisait le 
juge de paix, dans les successions où il y a des mineurs, 
à maintenir l'indivision des biens frappés d'usufruit 
jusqu'à la majorité de ceux-ci. 

Cette nouvelle proposition eut le sort de la précé- 
dente. Elle disparut en même temps que le Parlement 
censitaire de 1894, rnais, a plusieurs reprises, depuis 
lors, le ]\Iinistre des Finances a manifesté l'intention 
de la reproduire au nom du gouvernement (i j, 

(1) Cetteproposition. amendée par M . deSmet de Naeyer, a été dé- 
posée à nouveau le 4 juillet iHgqetest dexenuela lui du itîMai 1900 sur 
le régime successoral des petits héritages. Elle déroge aux principes 
généraux du Code civil, lorsqu'une succession comprend, pour la tota- 
lité, ou pour ime quotité, des immeubles dont le revenu cadastral ne 
dépasse pas 300 fr. — Elle consacre le droit pour le juge de paix, de 
maintenir l'indivision lorsqu'il y a des enfants mineurs, et le droit pour 
chacun des héritiers en ligne directe et, le cas échéant, Icconjoint sur- 
vivant s'il est co-propriétairc, de reprendre, sur estimation, soit l'habi- 
tation occupée par le de cujus, son conjoint ou l'un de ses descendants, 
ainsi que les meubles meublants, soit la maison, les meubles, les terres 
que l'occupant de la maison exploitait personnellement et pour son 
propre a mipte, le matériel agricole et les animaux attachés à la culture. 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE 67 

Quoiqu'il en advienne, du reste, les auteurs de la 
proposition Van der Bruggen ne doivent pas se faire 
beaucoup d'illusions sur l'influence qu'elle pourrait 
avoir, lors même que l'on rétablirait les dispositions 
relative à la quotité disponible. Certains abus du par- 
tage forcé disparaîtraient, sans doute, mais l'extension 
de la liberté testamentaire, dans l'immense majorité des 
cas, n'empêcherait pas le partage égal des petites suc- 
cessions. Comme le dit Rossi : « L'égalité est dans nos 
mœurs ; bien peu de parents oseraient avantager un de 
leurs enfants au détriment des autres. Que l'on pense 
ce qu'on voudra de cette disposition des esprits, il n'en 
est pas moins vrai qu'elle existe ». 

§ 4. — Les Socialistes et la Propriété familiale. 

Pour apprécier, dans leur ensemble, les projets et 
les lois que nous venons d'analyser, il importe, tout 
d'abord, de se rendre un compte exact de la pensée qui 
les inspire. 

Chose étrange, les modifications que l'on propose au 
régime successoral et propriétaire du Code civil, pour- 
suivent le même but que les dispositions contenues 
dans celui-ci. 

Quand la Révolution française ordonnait le partage 
des communaux, procédait à la vente des biens du 
clergé et d'une grande partie de ceux de la noblesse, 
organisait cette vaste h noce économique », dont les 
reliefs ont enrichi tant de familles bourgeoises, c'était, 
— comme le dit la loi du 14 avril 1792, — » dans la 
vue de multiplier le nombre des petits propriétaires ». 

Quand le Code Napoléan, donnant sa forme défini- 



68 ESSAIS SUR LA gUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

tive à la pensée du Tiers-Etat révolutionnaire, procla- 
mait la liberté absolue des transmissions entre vifs et 
le partage, égal et forcé, des transmissions à cause de 
mort, on déclarait aussi que ce découpage automatique 
et cette mobilisation de la terre devraient nécessaire- 
ment aboutir à la généralisation de la petite propriété. 

Et, maintenant qu'il apparaît à toute évidence que la 
grande masse des biens noirs et des terres communales 
a passé dans les mains de la grosse bourgeoisie, que 
dans beaucoup de régions le nombre des paysans pro- 
priétaires diminue au lieu d'augmenter, qu'ailleurs 
l'égale division des biens aboutit, en dernière analyse, 
à la pulvérisation de la propriété rurale, nous voyons 
les gouvernements faire machine en arrière, et, — tou- 
jours dans l'intérêt de la petite propriété — opposer 
à la liberté d'endettement, l'insaisissabilité des petits 
domaines, au partage égal et forcé, la transmission inté- 
grale des petits héritages. 

Seulement, il ne faut pas se méprendre sur la portée 
de ces propositions : ce que leurs promoteurs ont en vue, 
ce n'est pas la création d'une démocratie égalitaire, d'un 
peuple de petits propriétaires, cultivant chacun pour 
soi quelques pai celles du territoire. 

En réalité, les mesures en faveur de la petite pro- 
priété ont, avant tout, pour objet de protéger la grande. 

On agit à l'égard des paysans comme ces Romains 
de la décadence qui assignaient des terres aux Barbares, 
à charge de protéger le surplus contre de nouveaux 
assaillants; on essaie d'opposer un certain nombre de 
cultivateurs propriétaires à la grande masse des prolé- 
taires sans feu ni lieu; et, en même temps, on se flatte 
d'enrayer l'émigration vers les villes, d'attacher les 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE 6g 

campagnards à la glèbe, en leur procurant la propriété 
d'une maison et de quelques verges de terre, de consti- 
tuer des (( biens de famille » , intégralement transiTiis à l'un 
des enfants, et fournissant aux grands propriétaires, en la 
personne des autres, de la main d'œuvre à bon marché. 

Bref, l'idéal que l'on poursuit, c'est le maintien, ou 
la reconstitution, à l'ombre des châteaux ou des grandes 
fermes, de la vieille communauté rurale, avec ses tenan- 
ciers soumis et fidèles, vivant paisiblement, sous la 
dépendance et la protection d'une « autorité sociale », 
soucieuse de ses devoirs autant que jalouse de ses 
droits. 

En admettant que pareil retour en arrière soit pos- 
sible, — malgré les chemins de fer, les transatlantiques, 
la concurrence des pays neufs, l'envahissement des 
campagnes par le capitalisme, le divorce croissant de 
la propriété et du travail, — encore serions-nous résolu- 
ment hostiles à cette conception, plus ou moins rajeunie, 
du bon seigneur et du lo3'al sujet. Stuart Mill en a fait 
justice dans ces admirables pages sur l'avenir des classes 
laborieuses, où il montre que cet idéal, fondé sur la 
conduite de quelques individus isolés, n'a jamais été 
réalisé dans l'histoire; que toujours les classes privilé- 
giées et puissantes se sont servi de leur pouvoir au 
profit de leur égoïsme et non dans l'intérêt de ceux 
qu'elles avaient à charge de protéger. 

Aussi repoussons nous formellement, comme des 
utopies réactionnaires, les plans de réforme sociale qui 
visent à reconstituer, ou à maintenir, par des mo3'ens 
artificiels, le régime patriarcal, hiérarchique et autori- 
taire, dans la famille et dans la société. 

Néanmoins, cela ne veut pas dire qu'il faille rejeter en 



70 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

bloc, etsansles examiner en elles-mêmes, toutes lespropo- 
sitions qui se réclament de l'idéal que nous combattons. 

En partant du pi-incipe diamétralement opposé, il 
arrive fréquemment que l'on tombe d'accord sur cer- 
taines mesures d'intérêt immédiat. 

Au congrès de Zurich, par exemple, en août 1897, 
socialistes et catholiques, en désaccord absolu sur le 
rôle social de la femme, — ■ ceux-ci voulant, ceux-là ne 
voulant pas, lui interdire tout travail industriel, — étaient 
unanimes cependant à réclamer la suppression du travail 
féminin dans les mines et les industries insalubres. 

De même, si l'on fait abstraction des considérants 
qui les accompagnent, pour s'en tenir à leur dispositif, 
la plupart des lois et des projets de loi présentés par le 
gouvernement belge et ses amis « en faveur de la petite 
propriété » sont parfaitement acceptables pour tous, 
quelle que soit l'opinion que l'on ait sur les avantages 
ou les inconvénients des biens de famille. 

La loi de 1897 sur les droits de mutation, notamment, 
se réduit à un dégrèvement, dont l'insuffisance et Tappli- 
cation restreinte n'empêchent pas la légitimité. 

Les projets de loi relatifs au Crédit foncier sont 
applicables à tout le monde et n'établissent des privi- 
lèges en faveur de personne. 

Quantaux propositions VanderBruggen, — plusdirec- 
tement inspirées par des théories contraires aux nôtres, 
— leur texte, cependant, ne renferme absolument rien 
qui soit en opposition avec les doctrines socialistes. 

Quel que soit, en effet, le point de vue d'où l'on 
parte, tout le monde estimera qu'il est équitable de 
laisser au conjoint survivant la jouissance du fo3^er 
conjugal ou d'accorder, soit au père de famille, soit à 



LA PETITE PROPRIETE RURALE 71 

ses héritiers, Xd^ faculté de se soustraire aux conséquences 
préjudiciables du partage forcé. 

Autant nous serions adversaires de toute législation 
qui imposei'ait les anciennes coutumes successorales à 
des populations qui n'en veulent plus, autant nous 
trouvons légitime que, — dans la mesure où se iTiaintient 
la transmission héréditaire des biens, — on permette à 
chacun d'user de sa liberté testamentaire conformément 
à ses traditions et à ses préférences. 

Seulement, il va sans dire que pareilles propositions 
n'ont rienà voir avec le socialisme; que l'on ne pourrait, 
sans créer des malentendus et des équivoques, les 
inscrire dans nos programmes et en faire l'objet de 
notre propagande. 

Le rôle qui nous incombe, au contraire, c'est de 
montrer l'inanité de pareilles mesures, la vanité des 
illusions que leurs promoteurs entretiennent dans 
l'esprit des petits propriétaires. 

Ce n'est évidemment pas en accordant quelque dégrè- 
vement aux cultivateurs, en leur offrant des prêts à 
5,44 0/0, en les autorisant à user d'une liberté testamen- 
taire dont, la plupart du temps, ils ne profiteront pas, 
que l'on protégera les biens de famille contre les mœurs 
qui les dissolvent et les transformations économiques 
qui les menacent, ou qui les ruinent. 

On propose, il est vrai, de les déclarer intangibles, 

de tracer autour d'eux un cercle que les créanciers et 

les recors ne pourraient franchir, en un mot, d'ajouter 

V insaisissabilité du domaine à son indivisibilité (i). 

(1) V. dans ce sens, Carton de Wiart. Proposition de loi relative 
à Tinsaisissabilité de la petite propriété familiale. Chambre des 
Représentants de Belgique. Séance du 20 mars iqoi. Doc. pari 
Session de igoo-igoi. N° 130. ' 



72 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

Des travaux récents ont montré ce que vaudrait cette 
mesure, qui tuerait le crédit réel du paysan, substitue- 
rait à l'hypothèque les engagements personnels plus 
onéreux, et immobiliserait les terres aux mains de ceux 
qui se seraient montrés incapables d'en tirer un parti 
fructueux (i). 

Mais allons plus loin, et supposons, avec ]\I. du 
Maroussem, la transformation accomplie, intégrale, 
complète, telle que la rêvent les partisans de V Anerhen- 
recht et du Jwmestead : 

« Le majorât paysan passe, d'aîné en aîné, en une 
immuabilité parfaite. Le but étant de créer des ruraux : 
les fils cadets ont pris, pour la plupart, le chemin des 
centres industriels et, grossissant une armée déjà trop 
nombreuse, sont venus rendre plus aiguë la crise du 
prolétariat. 

« L'insaisissabilité a étendu sur la réserve sociale des 
« domaines indivisibles » une protection qui arrête les 
calculs de l'usure. Mais, une série de mauvaises récoltes 
ou de malheurs publics est survenue; les épargnes 
s'épuisent; il faut emprunter, ou la culture recule. Les 
stratagèmes se multipliant, la vente volontaire, encore 
permise, leur sert de base. C'est l'écroulement du sys- 
tème et le retour des dangers » . 

Bref, on peut mettre la petite propriété hors de la loi 
civile ; on ne saurait la mettre hors du monde capitaliste. 

En dépit des préoccupations sentimentales, des vel- 
léités philantropiques, ou des calculs intéressés de 

(i) Levassecr, Le Homestead en Amérique. Rapport sur le concours 
Rossi de 1894, présenté à TAcadémie des sciences morales et poli- 
tiques. {Revue d'Economie politique, 18Q4, p. 701 et suiv.) 

(2) Dl Maroussem, Divisibilité oh indivisibilité de la propriété fonciire 
en France. (Revue d'Economie politique. 18X4, pp. 880 et suiv.) 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE 73 

ceux qui veulent conserver des ilôts de patriarcat dans 
l'océan du monde moderne, et intéresser une fraction 
du prolétariat au maintien de l'ordre établi, l'évolution 
industrielle poursuit sa marche inflexible, substitue la 
production rationnelle, le travail collectif, la culture 
intensive, aux formes surannées de l'ancienne agricul- 
ture, — et, comme nous allons le montrer, en un der- 
nier chapitre, — entraîne irrésistiblement vers des voies 
nouvelles ceux-là même qui tentent de s"}' opposer. 

Fata volenteni dncimt, nolentem tralnint. 



CHAPITRE IV 
La révolution agricole 

Les phénomènes que présente l'évolution de la pro- 
priété rurale en Belgique, semblent donner également 
tort à ceux qui affirment sa division, de plus en plus 
grande, au profit des cultivateurs du sol, et à ceux, 
parmi les socialistes, qui se figurent un peu naïvement 
que, dans toutes les branches de la production capita- 
ste, les petites exploitations disparaissent, ou sont à la 
veille de disparaître, pour faire place à un nombre tou- 
jours décroissant de grandes exploitations. 

A première vue, tout au moins, — et pour qui ne 
connaît pas ou ne veut pas connaître les dessous de la 
propriété paysanne, rongée par les dettes — la répar- 
tition du domaine cultivé, entre les diverses catégories 
de propriétaires, paraît se modifier très lentement 
et plutôt dans le sens d'une diffusion croissante de la 
propriété. 

Il est bien vrai que, dans certaines régions, la pro- 
priété foncière se concentre; que, depuis le recense- 
ment de 18,66, le faire-valoir direct a perdu du terrain; 
qu'auparavant déjà, le nombre des cotes foncières allait 
en diminuant, relati\^ement au chiffre de la population; 
mais, d'autre part, — à l'encontre de ce qui se produit 
dans la plupart des branches de l'industrie proprement 
dite, — le nombre des exploitations agricoles augmente,. 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE 75 

les anciens domaines féodaux, à culture extensive, se mor- 
cellent, et, dans la banlieue des grandes agglomérations 
urbaines, la subdivision incessante des parcelles trans- 
forme le domaine arable en un vaste jardin potager. 

Bref, pour le moment, nous ne voyons rien en agricul- 
ture qui ressemble à l'expropriation des petits commer- 
çants par les grands magasins, ou des gens de métier 
par les grandes fabriques. La Belgique, au contraire, 
tend à devenir, de plus en plus, un pays de petite cul- 
ture, (i) 

Et cependant il n'est pas douteux qu'en général, et 
sauf à faire très large part aux exceptions, les grandes 
exploitations l'emportent sur les petites pour l'abon- 
dance de leurs capitaux, la supériorité de leur outillage, 
l'organisation plus rationnelle du tjavail, l'initiative et 
l'esprit de recherche du chef d'entreprise : c'est pourquoi 
Ouesnay réclamait catégoriquement dans sa xv^ maxime, 
que les terres employées à la culture des grains fussent 
réunies, autant que possible, en grandes fermes exploi- 
tées par de riches laboureurs. 

Comment se fait-il, dès lors, que jusqu'à présent, mal- 
gré ces avantages techniques incontestables, le nombre 
des grandes fermes ait diminué, tandis que celui des 
petites cultures a toujours été en augmentant? 

' 1 ) Il faut noter, cependant, que si les chiffres des recensements de 
18^0 et 1895 sont exacts, le nombre des exploitations de plus de50 hec- 
tares a augmenté dans l'intervalle des deux recensements. L'Annuaire 
statistique de la Belgique, pour igoo, dit à cet égard : « La concentra- 
tion de la propriété foncière, qui correspond au développement de la 
grande culture et de l'élevage s'accuse ici d'une façon très nette. Il 
s'est produit, depuis 1880. un mouvement en sens inverse de celui qui 
a^•ait été constaté de 1866 à 1880, où le nombre des petites exploita- 
tions s'était considérablent accru, tandis que celui des grandes exploi- 
lations avait beaucoup diminué. Actuellement, c'est la petite propriété 
rurale qui s'efface devant la grande culture ». (p. XLIj 



76 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

Cette apparente anomalie s'explique par les motifs 
suivants : 

I. — D'abord, les intérêts immédiats des propriétai- 
res sont fréquemment en opposition avec les intérêts de 
la culture : dans les contrées à population dense, — et 
surtout dans les Flandres, où la nature du terrain, 
sablonneux et léger, n'exige pas de forts attelages, — 
ils ont le plus grand avantage pécuniaire, soit à vendre 
leurs terres en détail, soit à les diviser en toutes petites 
fermes, ou en minuscules parcelles, données en loca- 
tion à des ouvriers agricoles. 

Je connais des villages. — disait l'abbé Daens. à la Cham- 
bre des représentants, le 25 mai 1897, — ou deux ou trois 
propriétaires capitalistes accaparent toutes les terres mises 
en vente ; ils les afferment à des ouvriers agricoles au 
prix incroyable de i franc la verge, c'est-à-dire 820 francs 
l'hectare ! 

Ces prix sont assurément exceptionnels, mais la 
pratique est constante : il est de règle que le prix de 
location à l'hectare, pour les petites parcelles, est sensi. 
blement plus élevé que pour les grandes exploitations. 
D'autre part, il n'est pas douteux que ce morcellement 
excessif présente des inconvénients graves, au point de 
vue de la culture, et surtotit au point de vue du cultiva- 
teur. ((Vous voyez, écrivait Ducpétiaux, dans les (( Bud- 
gets économiques des classes ouvrières», l'ouvrier porter 
le fuiuier, brouette par brouette, sur un champ qui est 
souvent à un quart de lieue de son habitation, et repor- 
ter, de la même manière, les récoltes à la maison. Vous 
le voyez, courbé sur la terre, la remuer à grand'peine 
avec la houe. Vous vo3'ez mari, femme et enfants, tous 



LA PETITE PROPRIETE RURALE 77 

attelés à la herse, la traîner péniblement, à coups de 
collier, n (i) 

O Fortunatos nimium, 

Sua si hona norint, agr kolas ! 

Ce travail surhumain, ou plutôt inhumain, parvient 
à suppléer, dans une certaine mesure, au défaut de capi- 
taux et aux autres causes d'infériorité de la petite culture ; 
la terre, malgré tout, porte des fruits assez abondants, 
■ — au moins dans les terres maigres et légères de la 
Campine et des Flandres. Aussi le propriétaire trouve- 
t-il avantage à maintenir et à développer un système 
d'exploitation qui lui permet d'absorber, sous le nom de 
fermage, non seulement la plus-value produite par son 
locataire, mais souvent même une partie du salaire 
normal que celui-ci toucherait, pour la même quantité 
de travail, dans d'autres conditions (2). 

De plus, indépendamment de l'intérêt direct de ceux 
qui encaissent ces redevances exorbitantes, ces ({ferma- 
ges compétitifs », il ne faut pas oublier que, — même dans 
les régions, comme la Hesbaye, où la petite culture est 
décidément inférieure, — les capitalistes agricoles ont 
intérêt, comme classe, à ce que les ouvriers soient 
attachés à la glèbe par la propriété ou l'exploitation d'un 
lopin de terre : c'est le moyen, ou plutôt c'était le moj'en, 
avant les trains ouvriers à prix réduits, de les rendre 
moins exigeants quant au salaire en espèces, parce qu'ils 
trouvent un supplément de ressources dans leurs petites 



(1) Dlcpétiaux, Budgets économiques des classes ouvrières en Belgique, 
p. 279. 

(2) Voir Marx, Das Kapital. Buch 111. Zweiter Theil, p. 165, 
Hamburg, 1894. 



78 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

exploitations. Ces ouvriers, d'ailleurs, sont en meilleure 
situation que les cultivateurs isolés pour gagner un peu 
de gi"ain, des pommes de terre, quelques légumes, à un 
prix de revient favorable, parce que, généralement, les 
premiers mettent à leur disposition le matériel, les 
attelages, voire même, le peu d'engrais, dont ils ont 
besoin. Leurs exploitations naines constituent donc, en 
somme, des accessoires, de véritables départements 
extérieurs, des exploitations capitalistes. De même que, 
jadis, les terres des manants et celles du seigneur, les 
unes et les autres font partie d'un même ensemble ; bien 
loin de se faire concurrence, elles concourent au même 
but et se prêtent un mutuel appui (i). 

II. — Toute autre est la situation des pioducteurs 
autonomes, des cultivateurs indépendants, vis-à-vis de 
la grande culture. 

Leur nombre diminue; leur situation devient de jour 
en jour plus précaire. Le développement du capitalis- 
me, en détruisant les communaux et les industries 
accessoires, qui se greffaient jadis sur les petites exploi- 



(i) Cf. Lafargui:, La propriété paysanne et Vévolutioti économique. 
Rapp. présenté au Congrès de Nantes : 

« Avant la Révolution, pour se procurer des travailleurs aux épo- 
ques des moissons, et dans le courant de Tannée, les pn )priétaires 
étaient obligés, dans un grand nombre de provinces de les établir sur 
leurs domaines, dans des maisonnettes auxquelles étaient annexés des 
champs de un à deux hectares ; on nommait manouvreries ces petites 
fermes concédées aux laboureurs, en échange d'un certain noinbre de 
journées de travail. » 

Leroy- Beacliel, Journal des Débats, 30 novembre 1893, cité par 
Deville. dans son discours à la Chambre française, du () novem- 
bre !(Sq7 : 

'( r,é petit propriétaire, qui fait des journées dans le grand et le 
moyen domaine du voisinage, a toujours quelques jours libres, qu'il 
eut passés inoccupés; il les einploie sur sa terre; c'est là le vrai rôle 
de la petite propriété. » 



LA PETITE PROPRIETE RURALE 79 

tations rurales, compromet leur existence même. Mal- 
gré le travail acharné, l'auto-exploitation à laquelle ils 
se livrent, les producteurs isolés ne sont plus guère en 
mesure de lutter contre l'agriculture capitaliste. 

En effet, si les exploitations rurales ont diminué en 
étendue, elles ont incontestablement augmenté en im- 
portance. Sous la pression de la concurrence étrangère, 
la culture est devenue plus intensive, l'emploi des ma- 
chines plus fréquent, l'usage des engrais artificiels plus 
général. En un mot, les capitaux nécessaires à l'exploi- 
tation des fermes sont devenus beaucoup plus considé- 
rables. 

Or, la plupart du temps — et aussi longtemps que 
l'association entre cultivateurs n'intervient pas, — les 
exploitations parcellaires en faire-valoir direct sont infé- 
rieures, à ce point de vue, aux exploitations capitalistes. 

Les héritages ruraux exploités par le propriétaire, dit 
M. d'Aulnis de Bourouil, malgré les soins plus actifs, et 
continuels, ne profitent pas de rassociation heureuse des 
capitaux de deux parties intéressées ; chez le propriétaire 
exploitant, le capital d'exploitation fait souvent défaut (i). 

Dans l'enquête agricole de 1886, le gouverneur de la 
Flandre occidentale, — le pays de la petite culture, par 
excellence, — répond, en ces termes, à la question de 
savoir si a les exploitants ont des ressources suffisantes » : 

Avant la crise, oui. Ce n'est pas l'insuffisance des capitaux 
qui a empêché l'industrie agricole d'augmenter sa force 
productrice; c'est, en général, la courte durée des baux. 

(1) Les rapports entre le propriétaire et l'exploitant du sol. Revtie 
d'Economie politique. iSq2. p. 723. V. aussi M.^rx, Das Kapital, 
Dritter Band, Zweiter Theil, p. 342 et suiv. 



8o ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

Mais, depuis 1870. des krachs financiers, sur divers points 
de la province, ont englouti la plus large part des épargnes 
réalisées dans les campa<5ries; il faut y ajouter plusieurs 
mauvaises récoltes, et surtout l'avilissement du prix des blés, 
des chevaux, du bétail, du lin. de la chicorée, du colza, etc. 

L'on pevit dire que généralement, le cultivateur n'a plus 
les ressources suffisantes pour les besoins de son exploita- 
tion..,. Aussi n'est-il pas rare d'entendre dire, dans les cam- 
pagnes, que telle ou telle exploitation est épuisée, ce qu'on 
appelle très expressivement en flamand : îiitgesaaid. 



Si nous passons maintenant dans une autre région, 
dans les terres grasses de la Hesbaye, les inconvénients 
de la petite culture, au point de vue de la technique 
agricole, vont nous apparaître plus éclatants encore : 
charrues et attelages insuffisants pour labourer à une 
profondeur normale; bétail mal nourri, fournissant un 
fumier de qualité inférieure; routine et absence de 
notions scientifiques sur l'agriculture; exploitation des 
petits paysans par les marchands de grains et les fabri- 
cants de sucre; insuffisance manifeste des ressources 
nécessaires à l'exploitation. « La petite culture », disait 
feu Cartuyvels, le leader des agrariens à la Chambre 
belge, dans la même Enquête agricole de 1886, n n'a pas 
le quart du capital nécessaire ; elle se ruine, en ruinant 
le sol )). 

Rien de plus aisé, d'ailleurs, que de se convaincre de 
la vérité de ces paroles, et de constater, de visu, que, — 
toities autres conditions étant égales, — la petite culture se 
trouve dans un état de plus grande infériorité vis-à-vis 
de la grande. 

Dans son Traité d'économie rurale, M. Piret dit : 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE 8l 

Nous avons en Belgique des pavs avancés en agriculture, 
ou de grandes exploitations agricoles, plus ou moins agglo- 
mérées, se rencontrant à côté de petites exploitations, 
formées d'un grand nombre de parcelles éparses sur tous 
les points du territoire ; et, sous le point de vue de la pro- 
ductivité des terres, l'avantage n'est certainement pas du 
côté de ces dernières, bien qu'elles payent ordinairement 
un prix de location plus élevé à l'hectare. Les terres du 
grand cultivateur à parcelles agglomérées sont généralement 
bien et profondément ameublies, non infestées par les mau- 
vaises herbes ; elles sont abondamment fumées avec des 
engrais de ferme et de commerce : conséquence de tout 
cela : belles et abondantes récoltes. Au contraire, les peti- 
tes parcelles éparses des petites exploitations sont cultivées 
superficiellement et imparfaitement par des attelages impuis- 
sants, elles sont envahies par les mauvaises herbes, ne 
reçoivent que des engrais insuffisants et ne portent que de 
misérables récoltes. Ce tableau n'est nullement chargé, et, 
pour s'en convaincre, il suffit de parcourir la plus grande 
partie de la province de Liège (Hesbave , le nord de la 
province de Namur, le sud du Brabantet le Hainaut presque 
tout entier, et l'on rencontrera à chaque pas des exemples 
qui le démontreront '^i). 

Malgré tous ces désavantages, cependant, ]a petite 
culture ne se laisse pas supplanter par la grande et con- 
tinue à vivoter, tant bien que mal, et plutôt mal que 
bien, aux côtés de celles-ci. 

Cette force de résistance tient à des causes complexes, 
inhérentes au régime capitaliste, et que nous allons 
essayer de dégager; 

1° Tandis que, dans l'industrie, les producteurs les 
mieux outillés se débarrassent de leurs concurrents en 

(i) PiRET, Traité d'Economie rurale, 1,403. 



82 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

abaissant les prix et en produisant à leur place, dans 
l'agriculture, au contraire, où les prix sont déterminés 
par le coût de production sur les terres les moins favo- 
risées, la supériorité d'une exploitation sur une autre 
se traduit par une rente au profit de la première, et non 
par une réduction des prix, qui mettrait la seconde hors 
de combat. Par conséquent, avant la crise, les petites 
productions parvenaient à vivre tout juste, tandis que 
les grands propriétaires touchaient des fermages plan- 
tureux. 

2° D'autre part, la grande culture, produisant, à peu 
près exclusivement, des valeurs d^échange destinées à la 
vente, a plus souffert de la dépression des prix que les 
exploitations paysannes, produisant, pour une large 
part, des valeurs d'usage, consommées par les produc- 
teurs. 

3" Enfin, l'exploitation agricole capitaliste présente, 
au point de vue même de la productivité, des inconvé- 
nients multiples, qui neutralisent enpartie ses avantages. 

D'abord, les valets de ferme et les journaliers agri- 
coles, n'a^'ant aucun intérêt à travailler dur, et ne pou- 
vant être soumis, à cause de la nature des travaux, à la 
surveillance qui existe dans les établissements indus- 
triels, fournissent beaucoup moins de besogne que les 
cultivateurs travaillant pour leur compte (i). 

Dans le travail à la journée, dit M. Piret. l'activité de 
l'ouvrier n'est stimulée que par la crainte d'être renvoyé 
et cette crainte est en proportion du nombre d'ouvriers dis- 
ponibles dans la contrée. 

(i) « Une preuve convaincante de l'activité au travail lies petits 
cultivateurs, propriétaires ou fermiers, c'est que les journaliers, pour 
travailler avec eux, exigent un salaire plus élevé que pour travailler 
pour des culti\ ateurs ne prenant pas part, si ce n'est exceptionnelle- 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE 83 

Oi", l'émigration des ouvriers agricoles vers les villes 
et les centres industriels a rendu la main d'oeuvre très 
rare et très chère. Le coût de production pour les culti- 
vateurs emplo3'ant des salariés s'en est accru d'autant, 
et bien loin de rendre plus de services, les journaliers 
en profitent, généralement, pour réduire leur activité 
au minimum. 

Quant aux valets de ferme, c'est pis encore : 

N'ayant pas à craindre d'être renvoyés du jour au lende- 
main, si ce n'est pour des faits d'une gravité exceptionnelle ; 
payés d'après leur temps de service, ils ne sont pas maté- 
riellement intéressés à faire, dans un temps donné, la plus 
grande somme de travail possible : pour eux, s'occuper avec 
une lenteur, calculée seulement pour éviter des reproches 
troD violents, c'est bien souvent laseuleligne de conduite (i). 

Il en est autrement, cela va sans dire, des tâcherons 
pavés aux pièces, mais pareil mode de rémunération 
n'est possible que pour un nombre relativement peu 
considérable de travaux, tels que le battage en grange, 
ou l'arrachae^e des betteraves. 



ment, aux travaux manuels. Selon de Gasparin ce le prix que les 
ouvriers exigent pour les journées faites à côté du travailleur proprié- 
taire (nous croyons pouvoir ajouter : ou fermier) en sui\ant son impul- 
sion et en accomplissant le même travail, est à celui des journaliers 
ordinaires comme 14 : 10, et ils ne s'engageraient pas à les continuer 
longtemps, ce qui prouve qu'elles dépassent généralemeni les forces 
qu'ils peuvent déployer sans s'épuiser ». 

Dans d'autres circonstances, nous avons vu souvent les petits 
cultivateurs nourrir leurs ouvriers et leurpia\er le même salaire que 
celui gagné par des ouvriers non nourris, mais travaillant pour des 
cultivateurs ne prenant pas part, si ce n'est exceptionnellement, aux 
travaux manuels... 

Beaucoup de journaliers ne veulent pas travailler pour les petits 
cultivateurs, parce que ceux-ci les surmènent ». 

(1) PniET, Economie rurale, t. H, p. 18g. 



84 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

Si donc, la plupart du temps, le salariat déprime 
l'activité des travailleurs manuels, d'autre part, la légis- 
lation qui régit les relations entre propriétaires et fer- 
miers semble avoir été calculée, tout exprès, pour 
compenser les avantages de la grande culture par les 
inconvénients de la propriété capitaliste, 

A) Le privilège accordé au propriétaire, pour trois 
ans de fermages, sur le matériel de culture lui permet 
de louer sa ferme au plus offrant, sans avoir intérêt à 
choisir l'homme le plus capable, et de s'enquérir s'il 
dispose des ressources nécessaires pour exploiter conve- 
nablement. 

B) Le fermier, n'a3-ant droit à aucune indemnité 
pour la plus-value qu'il donne à la terre, se garde bien 
de faire des améliorations qui ne lui rapporteraient, en 
dernière analyse, qu'une augmentation de son fermage 
à la fin du bail. En effet, plus la terre serait en bon état 
à l'expiration de celui-ci, plus nombreux seraient ses 
concurrents. Le meilleur moyen donc, pour un fermier, 
de garder sa terre, ce seia de la mettre dans le plus 
mauvais état possible. 

D'où la situation, désastreuse pour la culture, qu'un 
agronome de l'Etat, nullement hostile à l'appropriation 
capitaliste du sol, a décrite en ces termes : 

Les praticiens savent parfaitement que. dans le mode 
d'exploitation des terres par fermage, tel qu'il est pratiqué 
dans la plupart des pays, il faut distinguer deux périodes 
bien caractérisées : une période d'amélioration et une 
période d'épuisement ou de détérioration. Pendant la 
])remière. qui se présente au commencement du bail, le 
cultivateur ameublit, nettoyé et fertilise les terres, négligées 
sous tous les rapports, que lui a abandonnées son prédé- 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE 85 

cesseur. Cette période dure au moins trois ans, dans le cas 
de l'assolement triennal, parce que c'est seulement après 
trois années écoulées que toutes les parcelles de la ferme 
auront passé par la sole, jachère morte ou cultivée, et 
qu'elles auront pu être ameublies, nettoyées, fertilisées, 
remises, en im mot. en bon état de production. Pendant 
cette période, les produits ne remboursent généralement 
pas les avances des cultivateurs avec un excédent conve- 
nable pour bénéfice. Ce n'est que pendant la dernière 
période de son bail, quand le cultivateur prend le plus 
possible à la terre et lui rend le moins possible, qu'il rentre 
dans les avances extraordinaires qu'il a dû faire au com- 
mencement de son bail. Entre ces deux périodes de culture 
complètement opposées, il y a or-dinairement une période 
intermédiaire, de culture stationnaire, pendant laquelle le 
cultivateur se borne à jouir des avances faites, tout en 
maintenant le bon état du sol (i). 

En résumé donc, toutes les formes actuelles d'entre- 
prises agricoles, présentent, au point de vue de la 
production, des inconvénients multiples. 

Les jardins potagers et autres petites parcelles, qui 
fournissent aux ouvriers, ruraux ou urbains, les a con- 
diments de leur salaire », peuvent avoir leur raison 
d'être dans l'état actuel des choses; peut-être se main- 
tiendraient-ils, sous un autre régime, pour l'agrément 
de leurs possesseurs; mais, si on les considère comme 
des exploitations agricoles, leur existence constitue un 
obstacle permanent à toute culture rationnelle. 

Quant aux petites fermes, aux « biens de famille », 
mutilés par la disparition ou la décadence de leurs 
industries accessoires et l'aliénation ou l'usurpation des 
communaux, ils ne représentent plus aujourd'hui, — 

II) PiRFT, loC. Cit, II, 20. 



86 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

tout au moins dans les régions envahies par le capita- 
lisme, — que le sic^eatiinj; systcm appliqué à l'agriculture, 
l'exploitation forcenée du travail de la femme, des 
enfants, du cultivateur lui-même, pour suppléer à Tin- 
suffisance des capitaux et à l'inféi'iorité des mo3"ens de 
production. 

La grande culture capitaliste enfin, grevée du lourd 
fardeau de la rente foncière, obligée de payer relative- 
ment cher des ouvriers qui ne sont nullement intéressés 
à fournir beaucoup de travail, contrariée dans son déve- 
loppement par une législation qui sacrifie l'intérêt 
général à l'intérêt mal entendu des propriétaires, — la 
grande culture, disons-nous, ne possède pas, pour h 
moment, une supériorité décisive sur les autres formes 
d'entreprise agricole. 

Dans les exploitations en faire-valoir direct, le ma- 
riage de la propriété et du travail ne compense pas les 
inconvénients du travail isolé; dans les exploitations 
capitalistes, leur divorce neutialise, partiellement, les 
avantages du travail associé. 

Aussi devons-nous considérer la propriété parcel- 
laire, aussi bien que la propriété capitaliste, comme des 
formes de production destinées, dans un avenir plus ou 
moins proche, à disparaître, ou plutôt, à se transformer 
en propriété sociale, — forme supérieure et S3'nthétique, 
qui unirait leurs avantages en éliminant leurs inconvé- 
nients. Ce qui manque à la grande culture capitaliste, 
c'est le caractère collectif de la propriété : elle n'y arri- 
vera que par l'expropriation; ce qui manque, au con- 
traire, à la propriété parcellaire, c'est le caractère 
collectif du travail : elle peut y arriver par l'association. 

Nous ne cro3'ons pas, en effet, que pour s'élever à la 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE 87 

propriété collective, les paysans propriétaires soient 
fatalement, inéluctablement, condamnés à descendre la 
pente qui conduit au prolétariat et à gravir ensuite le 
calvaire douloureux de l'exploitation capitaliste. Il leur 
appartient, au contraire, d'y arriver par d'autres chemins 
et d'éviter la phase de prolétarisation qui les menace, 
en associant leurs efforts, en opposant la coopération 
libre à la coopération forcée des grandes entreprises ; 
mais, en tous cas, il n'est pas douteux que la transfor- 
mation, et sans exagération l'on peut dire, la révolution 
qui s'opère, depuis quelques années dans nos cam- 
pagnes, entraînera forcément la disparition des formes 
individualistes de la culture au profit de la culture 
associée. 

Dans les exploitations capitalistes, d'une part, les 
progrès de la technique éliminent partiellement les 
drawbacks que nous avons signalés : pour suppléer à 
l'insuffisance de la main-d'œuvre, on ajoute aux machi- 
nes usitées depuis longtemps tout un matériel nouveau, 
dont les rapports trimestriels des agronomes de l'État 
nous fournissent l'inventaire : faucheuses mécaniques, 
râteaux à cheval, faneuses, machines pour arracher, 
décolleter et nettoyer les betteraves, etc. ; avec l'indus- 
trialisation des cultures, le travail aux pièces prend une 
extension de plus en plus grande et les tâcherons fla- 
mands viennent aux moments de presse combler les 
vides causés par l'attraction des centres industriels. Tôt 
ou tard, la réglementation du contrat de fermage, la 
suppression du privilège du propriétaire, le droit aux 
indemnités de plus-value, viendront augmenter égale- 
ment les forces productives des grandes exploitations. 
Enfin, la simplification croissante des procédés, dans 



88 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

l'agriculture intensive, favorisera la création d'entrepri- 
ses plus vastes et le développement, — réagissant à son 
tour sur leur étendue, — de la culture à vapeur ou du 
transport dynamique de l'électricité. 

Déjà, dans quelques parties de la Hesbaye, on trouve 
des fermiers capitalistes qui ont deux ou trois proprié- 
taires différents et qui dirigent des exploitations de 
plusieurs centaines d'hectares, comprenant, comme les 
entreprises de charbonnages, divers sièges ou ateliers 
de travail, constitués par les fermes de l'ancienne 
agriculture. 

A ce degré de développement, les sociétés par actions 
ne tarderont pas à devenir indispensables pour consti- 
tuer le capital requis, et, devant ces associations de 
capitaux, le petit cultivateur se trouvera dans les mêmes 
conditions d'infériorité, s'il reste livré à ses propres 
forces, que les petits commerçants ou les artisans de 
l'ancienne industrie vis-à-vis de l'industrie et du com- 
merce moderne. 

Seulement, tandis que ces derniers sont générale- 
ment réfractaires à l'association dans la lutte pour 
l'existence et n'opposent qu'une résistance passive à 
l'expropriation capitaliste, nos populations rurales 
semblent avoir plus de ressort, plus de confiance dans 
l'effort collectif, plus d'aptitudes à la coopération. 

Il suffit pour s'en convaincre de parcourir les Bulle- 
tins de l'agriculture (i). 

Nous assistons, depuis quatre ou cinq ans, à une 
véritable floraison d'associations de toutes espèces : 
caisses rurales de crédit, sociétés d'assurance contre la 

(ij BiiUetin derAgriciiUiire, publié en exécution de Tarrêté royal du 
II"; juillet iS(S5. Bruxelles, Havermans. 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE 89 

mortalité du bétail, associations pour l'achat d'engrais, 
de semences, et de matières alimentaires pour les ani- 
maux, distilleries coopératives, syndicats betteraviers, 
sociétés d'élevage, ligues d'agriculteurs et d'aviculteurs; 
enfin, et surtout, sociétés coopératives de laiterie. 

A l'heure actuelle, il y a en Belgique plus de deux 
cents coopératives laitières, dont plusieurs contiennent 
au-delà de mille associés. Leur organisation varie d'après 
les régions et s'adapte aux conditions économiques 
locales. 

Dans le Limbourg, ces institutions sont nombreuses, 
mais de peu d'importance ; chaque village y possédera 
bientôt une coopérative, fonctionnant à bras, avec un 
outillage modeste. 

Dans le Luxembourg méridional et l'Ardenne, inter- 
vient le système des crémeries coopératives, envoyant 
leur crème à une beurrerie centrale. 

Dans le Hainaut, s'établissent, au contraire, de 
grandes coopératives vraiment industrielles, très bien 
outillées et régies par un conseil d'administration éma- 
nant des associés. 

Dans les Flandres, enfin, les associations laitières ont 
été fondées soit par quelques propriétaires, s'intéressant 
eux-mêmes à la direction des affaires, soit par les petits 
cultivateurs, à l'intervention d'un comice agricole (i). 

I^e type le plus remarquable et le plus démocratique 
de ces coopératives laitières du pays flamand est incon- 
testablement la laiterie de Borsbeke-lez-Alost, dépen- 
dant du comice d'Herzele. 

Dans la circonscription de ce comice, le nombre 

(1) Rapp. sur la situation de l'industrie laitière en Belgique, par 
MM. Marchal et Misson. Btdl.de.V Agriculture. i8g6, p. 31. 



go ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

d'hectares de terre arable s'élève à 9,048 ; sur ces 
9,043 hect., il 3' a 6,328 exploitations agricoles, de sorte 
qu'on moyenne une ferme ne comprend que 1,4 hectare. 
Nous sommes donc dans un pays de toute petite cul- 
ture : (( Les cultivateurs n'ont guère de capitaux, la 
grande masse est peu instruite et assez routinière. On 
se trouve déjà hors des cultures industrielles qui rappor- 
tent, telles que le tabac, la betterave à sucre, la chico- 
rée ou le houblon ; le lin n'y est cultivé que sur une 
petite échelle. Les cultivateurs font peu d'engraisse- 
ment; ils doivent tirer leur profit de tous les autres 
produits, c'est-à-dire de ceux dont la valeur a tant 
baissé sur le marché )). Bref l'agriculture dans cette 
région se trouve dans des conditions tout à fait désavan- 
tageuses, et cependant, grâce à l'influence des agrono- 
mes de l'Etat, et à l'initiative des principaux membres 
du comice, l'association y fait merveille : les achats 
d'engrais et de matièies alimentaires pour le bétail se 
font en commun ; les membres peuvent se faire assurer 
contre les accidents, ou contre la mortalité du bétail ; 
on s'occupe de la fondation de sociétés d'épargne et 
de crédit, du développement de l'enseignement agricole, 
et surtout de l'industrie laitière, qui est la grande affaire, 
nécessairement, dans un district qui compte 2,990 
vaches, contre 752 chevaux. 

La laiterie coopérative de Borsbeke, affiliée au comi- 
ce, date de décembre 1891. Les petits cultivateurs qui 
l'ont fondée, s'étaient adressés d'abord aux divers pro- 
priétaires ayant des biens fonds dans la commune. On 
leur demandait seulement d'avaficer les sommes néces- 
saires pour permettre aux fermiers de mieux paj'er leurs 
loyers, par suite des avantages qu'ils comptaient trou- 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE CI 

ver dans l'exploitation de la laiterie. Sur une vingtaine 
de propriétaires, — tous étrangers à la commune, — trois 
seulement répondirent affirmativement. Les autres ne 
donnèrent aucune réponse; l'un d'eux renvoya la 
requête, non affranchie, forçant ainsi l'association nais- 
sante à payer une taxe supplémentaire. En présence de 
cette attitude des propriétaires, ce fut le bourgmestre de 
la commune qui fit les avances pour le matériel et mit 
gratuitement les bâtiments nécessaires, à la disposition 
des cultivateurs (i). 

Aujourd'hui, la laiterie de Borsbeke compte 70 mem- 
bres, possédant ensemble i5o vaches, et touchant un 
bénéfice net, en 1896, de 70 fr. par vache. On cherche 
maintenant à étendre les avantages de cette organisation 
coopérative à tout le ressort du Comice, mais en admet- 
tant seulement un bénéfice de 5o francs par vache ; le 
surplus serait consacré à des œuvres d'intérêt général. 
Les actionnaires de la laiterie viennent de créer égale- 
ment un syndicat d'élevage et une distillerie coopéra- 
tive. En outre, — et ceci mérite une mention toute 
spéciale, — ils utilisent le moteur de leur usine, pour 
l'éclairage électrique de tout le village. 

L'administration communale pour la voie publique, la 
fabrique d'église pour l'église, l'administration des chemins 
de fer pour sa halte, le bureau de bienfaisance pour deux 
demi-lampes gratuites aux pauvres dont les chaumières sont 
trouvées les plus propres, les cultivateurs, les aubergistes, 
les dentellières ont souscrit à autant d'actions qu'ils dési- 
raient avoir de lampes de 16 bougies. Ce sont donc les 
actionnaires qui sont consommateurs... Plus tard le même 

(1) Monographie de la laiterie coopérative de Borshekc-lez-Alost. 
Louvain. Uytspruyt, 1S07. 



92 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

réseaii servant à l'éclairage sera utilisé pour transmettre la 
force dans les fermes. Il suffirait d'acquérir un dynamo 
récepteur et de le mettre, moyennant certaines conditions, 
à la disposition des premiers, par exemple pour le battage 
des céréales. La société pour l'amélioration des semences, 
dont le siège est également à Borsbeke, se propose d'acqué- 
rir une batteuse pour être installée dans un hangar voisin de 
la laiterie et mue par la machine à vapeur. Plus tard, cette 
machine pourrait être louée aux premiers et mise en mouve- 
ment, à domicile, par l'électricité (i). 

Nous avons insisté, un peu longuement, sur l'exem- 
ple donné par le Comice d'Herzele, parce qu'il met 
admirablement en lumière, les transformations qui 
s'opèrent, à la fois dans les procédés de la petite cul- 
ture, et dans la psychologie des petits cultivateurs. 

Certes, on est beaucoup moins avancé dans la plupart 
des autres régions du pays. Si les associations laitières 
sont nombreuses, leui s procédés de fabrication sont 
bien souvent encore rudimentaires, et, loin d'être en 
mesure de supplanter les beurres des autres pa3's sur 
les marchés étrangers, elles souffrent beaucoup de la 
concurrence que le beurre étranger vient leur faire sur 
le marché intérietu'. 

Aussi faudra-t-il bientôt, si l'on veut éviter une sur- 
production désastreuse, se tourner vers d'autres bran- 
ches de l'industrie laitière, — fromagerie, vente du lait 
en nature, etc., — et, d'autre part, oi'ganiser la produc- 
tion et la vente du beurre. Pour arriver à ce résultat, le 
congrès de laiterie qui s'est tenu à Bruxelles, le i6 octo- 
bre 1897, a voté les résolutions suivantes : 

(11 Le comice d'Herzele et ses affiliations, à l'exposition de Bruxelles, en 
iSq'j. Bruxelles, Mayolez, 1897. 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE qS 

1° Il y a lieu de créer, parallèlement aux beurreries 
et fromageries, des sociétés coopératives pour la vente, 
la stérilisation, la concentration et autres utilisations 
du lait ; 

2'^ Pour donner à Tindustrie laitière tout le dévelop- 
pement dont elle est susceptible, et l'unité dont elle a 
besoin, il }' a lieu : 

a) De fédérer toutes les laiteries d'une même région. 

/') D'unir en une société générale les fédérations des 
différentes régions du pa3^s. 

30 II y a lieu, pour la vente à l'intérieur du pays, 
d'établir une comptoir général de vente et d'organiser 
en outre le commerce d'exportation. 

Nous aurons donc bientôt le trust de la laiterie, fondé 
par les petits cultivateurs, comme nous avons déjà le 
trust de la sucrerie, fondé par les grands fabricants. 

Bon gré mal gré, l'agriculture devient une industrie 
comme un autre; elle commence à présenter, d'une part, 
les phénomènes de concentration capitaliste, d'autre 
part, ceux d'association coopérative qui se sont produits, 
depuis longtemps dans d'autres branches de la produc- 
tion. 

Ces deux mouvements, parallèles ou contradictoires, 
ont néanmoins ceci de commun, que l'une et l'autre, 
s'éloignant également des formes individualistes de la 
culture et de la propriété, nous rapprochent d'un état 
social qui saura unir l'association dans le travail, à 
l'association dans la propriété. 



CHAPITRE V 
Résumé et conclusions 

La résolution agraire, adoptée par nos camarades 
Allemands, au Congrès de Breslau (6-11 octobre i8g5), 
se termine par un vœu, dont la réalisation aura cet 
inappréciable avantage, de soumettre à l'épreuve des 
faits, — plus respectables que les plus respectables 
autorités, — les divergences qui se sont produites entre 
socialistes, au sujet de la petite propriété rurale : 

Le Congrès reconnaît que l'agriculture doit être régie par 
des lois spéciales, différant de celles qui régissent l'industrie. 
Il est nécessaire d'étudier et d'approfondir ces lois, si le 
socialisme veut entreprendre une propagande efficace dans 
les campagnes. Il charge donc le comité-directeur, en utili- 
sant les travaux de la commission agraire, de désigner im 
certain nombre de camarades, qui étvidieront à fond les 
questions agraires et publieront le résultat de leurs études 
dans une série de brochures. 

L'exposé que nous venons de faire, peut être consi- 
déré comme une contribution modeste à cette œuvre 
collective. 

Sans vouloir généraliser hâtivement des observations 
qui se restreignent à la Belgique, elles semblent appor- 
ter un témoignage de plus à cette thèse que, tout au 
moins dans un pays ou le régime capitaliste est aussi 
développé que le nôtre, la propriété parcellaire, culti- 
vée par des ]U'oducteurs holcs, abandonnés à leurs seules 



LA PETITE PROPRIÉTÉ RURALE g5 

forces, est incapable de résister, longtemps encore, aux 
causes de destruction qui la menacent. 

En revanche, et à l'encontre de ceux qui affirment, 
comme un fait indiscutable, que la propriété foncière 
devra nécessairement passer par une phase de concen- 
tration capitaliste, avant d'être socialisée, il ne nous 
paraît nullement démontré que la prolétarisation des 
paysans, soit — inévitahlement — la condition préalable 
de leur émancipation totale. 

Rien n'empêche, tout d'abord que, dans certaines 
régions, la propriété non encore capitaliste, soit direc- 
tement incorporée au domaine collectit, par le rachat 
et la mise en valeur de landes, de bruyères et autres 
terres plus ou moins incultes, appartenant à des parti- 
culiers. 

On peut concevoir également, et il serait à souhaiter, 
que les paysans, reconnaissant qu'il leur est impossi- 
ble de lutter seuls contre les entreprises capitalistes, 
transforment leurs propriétés parcellaires en propriétés 
associées. 

C'est à ce point de vue, qu'indépendamment des 
avantages directs qu'elles procurent à leurs membres, 
les associations entre cultivateurs pour l'achat des ma- 
tières premières, la vente et l'industrialisation des pro- 
duits agricoles, doivent être considérées à la fois comme 
une première étape vers la propriété associée et le 
moyen le plus efficace d'en faire comprendre les 
avantages. 

Par conséquent, si nous devons écarter de notre 
programme agraire tout ce qui est de nature à créer des 
équivoques et à obscurcir notre conception socialiste 
intégrale, rien ne nous empêche d'accorder notre 



g6 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

adhésion à toutes les mesures que l'on propose, soi- 
disant en faveur de la petite propriété, dès l'instant où 
elles ont pour eftet de faciliter ou d'accélérer sa 
transformation dans le sens coopératif. 

Telles sont, par exemple, les dispositions relatives au 
crédit agricole, à la réduction des charges de l'agricul- 
ture, à l'enseignement agricole et à l'intervention 
des pouvoirs publics, en faveur des associations de 
cultivateurs. 

Ainsi que le disait notre ami Lafargue dans son 
rapport au congrès de Nantes, « le Parti socialiste, 
avant même d'arriver au pouvoir, peut acculer le gou- 
vernement capitaliste à des réformes... qui apporteront 
quelques soulagements aux misères des cultivateurs de 
tout ordre: journaliers, paysans, propriétaires, métayers 
et fermiers » ; mais, à la condition, bien entendu, que 
ces réformes n'aient pas pour effet de ralentir l'évolu- 
tion agricole, de conserver artificiellement des formes 
surannées de la production, d'entraver, par conséquent, 
le développement technique de l'agriculture. 

En un mot, il faut protéger le pa3'san, non pas 
comme propriétaire, mais comme travailleur, en adop- 
tant, et en poussant à l'adoption, de toutes les mesures 
qui peuvent atténuer ses souffrances et développer en 
lui l'esprit d'association. 

Quelles que soient en effet, les tendances politiques 
et religieuses de leurs membres, le caractère confes- 
sionnel et anti-socialiste qu'on leur donne, les mobiles 
réactionnaires de ceux qui les ont fondées, il n'est pas 
douteux que les associations de cultivateurs marchent, 
inconsciemment, au même but que les groupements 
socialistes eux-mêmes. 



LA PETITE PROPRIETE RURALE 97 

1^'Echo du Commerce, organe officiel de l'Association 
des commerçants de Bruxelles, écrit, dans son numéro 
■d'Octobre 1897 : 

Les Boerenbonden (ligues de paysans;, sont des concur- 
rents redoutables, parce qu'ils sont conduits par les curés 
et par les vicaires, qui dans les villages, ont une influence 
prépondérante. 

Espèces de machines pneumatiques infernales, ces cer- 
cles font le vide, autour des commerçants isolés, en attirant 
tous leurs clients ; ils les ruinent, et ils les plongent dans la 
misère. Les plus fervents catholiques sont impitoyablement 
jetés sur la paille par les Boerenbonden qui tous aspirent, 
dans leurs milieux, à une domination souveraine. De sorte, 
que l'influence du seigneur et celle du notaire disparais- 
sent peu à peu, ce qui explique les protestations de députés 
catholiques contre l'existence même des Boerenbonden. 

Ces protestations et ces appréhensions se sont mani- 
festées, notamment, dans le débat qui a eu lieu à la 
Chambre belge, sur la personnification civile des 
Unions professionnelles. 

Les associations de cultivateurs, et spécialement la 
Ligue des paysans, réclamaient le droit de faire le 
commerce et de créer des établissements pour l'indus- 
trialisation et la vente des produits agricoles, (laiteries, 
sucreries, distilleries, brasseries etc.). 

Deux amendements avaient été déposés, dans ce 
sens, l'un par M. Helleputte, au nom des démocrates 
chrétiens, l'autre par E. Vandervelde, au nom du 
groupe socialiste. 

Ils furent repoussés par la majorité conservatrice, 
après que le chef du cabinet, M. de Smet de Naeyer, 
eut déclaré que le gouvernement retirerait son projet, 



98 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

plutôt que d'accorder les droits des sociétés commer- 
ciales à des corporations perpétuelles, dont le patri- 
moine ne pourrait, en aucun cas, être partagé entre les 
syndiqués. 

On parle d'industrialiser les produits agricoles, — disait 
M. de Smet, le 28 octobre 1897 — , de les transformer, par 
conséquent; mais l'agriculture tout entière n'est-elle pas, 
par essence, une industrie? Et conçoit-on une industrie, en 
dehors de la transformation des produits? Le moyen de 
faire une distinction logique entre l'opération qui consiste, 
par exemple, à extraire le sucre de la betterave ou le beurre 
du lait, et celle qui consiste à convertir le produit végétal 
en produit animal? Si la corporation peut posséder une 
sucrerie, une distillerie, il faut aller plus loin : il faut, pour 
être logique, aller jusqu'à demander qu'elle soit propriétaire 
de l'étable, qu'elle possède et exploite le champ lui-même, 
cette usine primaire du cultivateur! A cet égard, l'honorable 
M. Vandervelde ne me contredira pas. 

L'amendement de M. Helleputte tend donc en fin de 
compte, à une véritable socialisation du sol et des instru- 
ments de travail. Voilà où vous aboutirez, le jour où vous 
serez amenés à subir toutes les conséquences du principe 
qvie vous voulez poser aujourd'hui. 

Ces paroles renferment, à coup sur, une large part 
de vérité, et ce n'est pas sans raison qu'un autre député 
conservateur, M. de Lantsheere, a pu dire que « l'idéal 
des Boerehbonden, c'était une sorte de collectivisme 
décentralisé ». 

Nous savons bien que, dans la pensée de leurs pro- 
moteurs, les corporations chrétiennes s'arrêtent à mi- 
chemin ; qu'elles repoussent tous ceux qui ne font pas 
adhésion formelle au principe de la propiiété privée; 



LA PETITE PROPRIETE RURALE 99 

qu'elles essaient d'adapter au milieu moderne les. 
formes médiévales de la production ; qu'elles n'ont, au 
fond, d'autre but, que de faire la part du feu, de vacci- 
ner les paysans contre le socialisme, en leur inoculant 
un peu du virus socialiste. 

Mais, l'avenir des associations rurales ne dépend pas 
des conceptions théoriques, des préférences indivi- 
duelles de ceux qui les ont fondées : les paysans, que 
l'on a groupés d'abord contre les petits commerçants, 
— les boucs émissaires du capitalisme, — manifestent 
déjà l'intention d'industrialiser eux-mêmes leurs pro- 
duits, et, par conséquent, de se débarrasser des capita- 
listes qui exploitent les industries agricoles. 

Si, comme c'est infiniment probable, ces derniers 
résistent victorieusement à leur effort, écrasant comme 
des mouches les coopératives de production qui essaient 
de leur faire concurrence, les cultivateurs se tourneront 
nécessairement du côté de ceux qui réclament la socia- 
lisation des fabriques de sucre, des distilleries, des 
manufactures de tabac, en un mot, de toutes les gran- 
des industries agricoles. 

Et, à mesure que s'effaceront ainsi leurs préjugés 
actuels contre la socialisation des moj^ens de produc- 
tion, qu'une propagande socialiste intégrale leur mon- 
trera les misères qui résultent de l'appropriation 
capitaliste du sol, ils comprendront plus facilement 
que leur propriété parcellaire, humble larve dont 
l'existence arrive à son terme, doit se chrysalider sous 
forme coopérative, en attendant qu'elle prenne, — en 
régime socialiste, — sa forme définitive et parfaite. 
Sinon, arrêtée dans son développement, rongée par les 
parasites, privée de ses moyens de défense contre un 



lOO ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

milieu de plus en plus défavorable, elle sera fatale- 
ment absorbée par la proprié*;é capitaliste, mieux 
armée pour la lutte et mieux adaptée au milieu 
moderne. 

Expropriation ou coopération, tel est le dilemne qui 
se pose, pour les paysans que l'évolution capitaliste n'a 
pas déjà séparés de leur moyen de production, 

La propagande socialiste doit donc leur montrer, 
en même temps, l'expropriation inévitable pour le 
producteur isolé, et le salut possible pour les produc- 
teurs associés. 

Il faut aller à eux sans rien cacher de notre idéal 
et sans rien proposer qui soit en contradiction avec 
celui-ci. 

Réduction des charges fiscales, diffusion de l'en- 
seignement agricole, intervention des pouvoirs publics 
au profit des associations rurales, soit pour perfectionner 
leurs formes légales, soit pour leur avancer des capitaux 
et leur octroyer des subsides, expropriation des grandes 
industries agricoles, organisation sociale de la vente des 
produits, etc., telles sont, à titre exemplatif, les réfor- 
mes immédiates qui peuvent, et doivent, à notre avis, 
être réclamées par les socialistes, pour amélioier la 
situation des paysans. 

Mais si nous respectons leur propriété individuelle, si 
nous encourageons leur propriété coopérative, nous 
devons, ayant tout et surtout, ne jamais négliger une 
occasion de leur faire sentir, par des exemples clairs et 
tangibles, (]ue, dans la société qui grandit autour d'eux, 
leur amour farouche de la terie aboutit fatalement à 
l'appauvrir, à l'épuiser, ou à l'endetter, ne laissant au 
paysan (]ue l'écorce, donnant l'amande à ses créanciers. 



LA PETITE PROPRIETE RURALE lOI 

Et agir autrement, nous répandre en déclarations 
d'amour à la petite propriété, ce serait peut être le 
moyen de faire pénétrer plus facilement les socialistes 
dans les campagnes, mais en laissant le socialisme 
à la maison. Et à quoi servirait-il de conquérir le 
monde, si nous devions perdre notre âme ? 

Notre devoir est donc de déclarer hautement, — à 
ceux là même dont les préjugés s'en inquiètent, — que 
la nouvelle terre promise n'est plus et ne peut plus être 
celle que le Dieu de la Bible distribua jadis aux enfants 
d'Israël : « Chaque chef de famille reçut son champ en 
partage, et la loi avait rendu inaliénable le champ, ainsi 
que la maison qui y était élevée... Elle voulait que 
chacun fut heureux à l'ombre de sa vigne et de son 
figuier, et, que nul ne put l'y troubler, n 

Ce homestead biblique n'existe plus, et n'existera plus 
jamais que dans l'imagination pieuse des membres de 
la Ligue du coin de terre et du foyer insaisissables. Le 
petit cultivateur d'aujourd'hui, n'a plus le temps de se 
reposer sous son arbre ; toutes les lois du monde n'em- 
pêcheraient pas l'invisible puissance du capital de 
venir l'y troubler et il serait aussi facile de remplacer le 
Code Napoléon par les tables de Moïse que de donner 
à chacun, dans le système capitaliste moderne, un petit 
champ où il vivrait à l'aise, entouié, comme un 
patriarche, des membres de sa famille. 

Notre terre promise, à nous, ne sera pas découpée 
en une multitude de parcelles, péniblement écorchées, 
avec des instruments de sauvages. Chacun y aura sa 
maison, s'il le désire; sa place dans une maison com- 
mune, s'il le préfère; mais il n'}' aura plus de clôtures 
autour des châteaux, dé pièges à loups dans les parcs 



I02 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

et de bornes dans les champs, limités seulement par les 
besoins de la culture. Les terres seront inaliénables, 
mais au profit de la collectivité ; il y poussera des 
vignes, mais dans nos froids pays, on devra les mettre 
sous verre, et, si l'on cultive encore des céréales, — en 
un temps où peut être on fabriquera les aliments par 
d'autres mo3-ens, — c'est à l'abri des crises, de l'angoisse 
des ventes difficiles, des fermages lourds et des dettes 
onéreuses, qu'à l'heure du repos le travailleur du sol 
contemplera, sur la terre féconde, (( le sourire paisible 
et rassurant des blés. » 



II 

LES VILLES TENTACULAIRES 



« Quelles sont, parmi nous, les causes 
)) qui concourent à diminuer le nombre des 
» agricoles? Ou, pour mieux dire, quelles 
» sont les causes qui n'y concourent pas? 
n La guerre, la marine, la finance, la jus- 
» tice, le commerce, les arts, les églises 
» même, arrachent, tour à tour, les enfants 
n de nos cultivateurs, aux hameaux qui 
» les ont vu naître ». 

(Les Ephémérides du citoyen. 1765). 

J'habite la commune de La Hulpe, aux environs des 
plaines de Waterloo. 

C'est la Creuse de la Belgique, le pays des maçons et 
des plafonneurs. Tous les villages d'alentour envoient, 
chaque matin, des centaines d'ouvriers du bâtiment, 
travailler à Bruxelles. La ville est à 18 kilomètres de 
distance, derrière les hautes futaies de la forêt de 
Soignes. Invisible pendant le jour, elle apparaît seule- 
ment, comme un mirage, dans les nuits obscures, avec 
ses lumières projetées sur le ciel nuageux. 

Symbolique spectacle, qui fait songer à ces vers 
d'Emile Verhaeren : 



I04 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

Lorsque les soirs 

Sculptent le tirmameut de leurs marteaux d'ébène, 

La ville, au loin, s"étale et domine la plaine 

Comme un nocturne et colossal espoir; 

Elle surt;it : désir, splendeur, hantise ; 

Sa clarté se projette en miroirs jusqu'aux cieux. 

Son gaz myriadaire en buisson d"or s'attise. 

Ses rails sont des chemins audacieux 

Vers le bonheur fallacieux 

Que la fortune et la force accompapient ; 

Ses murs s'enflent, pareils à une armée 

Et ce qui vient d'elle encore de brume et de fumée 

Arrive, en appels clairs, vers les campa£,nies. 

r/est la ville tentaculaire... 

C'est elle, en effet, ce sont les grandes cités aux tenta- 
cules d'acier, filles du capitalisme, qui absorbent de 
plus en plus les hommes, les produits et l'argent des 
campagnes : l'argent sous forme d'impôt et de fermage ; 
les produits, dépréciés par la concurrence mondiale, 
affluant aujourd'hui des quatre coins de la terre, pour 
emplir les ventres de Paris, de Berlin ou de Londres; 
les hommes, enfin, déracinés, expropriés de leurs 
« biens de famille /), de leurs communaux, de leurs 
industries du fo^'er, réquisitionnés par la caserne, le 
magasin ou la fabrique, hallucinés par la ville-lumière, 
comme ces oiseaux marins qui, le soleil tombé, volent 
éperdus vers la clarté des phares. 

En Angleterre, où Anderson (iraham a étudié, 
dans un fort beau livre, les conséquences de l'exode 
rural, la moitié de la population habite les grandes 
villes, le chiffre des ouvriers agricoles est tombé de 
996,000 en 1871, à moins de huit cent mille, soit une 
1 éduction de plus de vingt pour cent, et cette réduction 



LES VILLES TENTACULAIRES Io5 

engendre de telles difficultés, que, le 22 février 1892, le 
Ministre de l'agriculture s'écriait, à la Chambre des 
Communes, « que la question de l'avenir, ce ne sera 
pas la question de la concurrence étrangère, mais la 
difficulté pour les fariner s de trouver des ouvriers ». 

En France, la population urbaine représentait en 
1S46, 24 "/o, en i8gi, 37 °/o de la population totale et 
l'on peut admettre que, vers 1820, la moitié de la popu- 
lation habitera dans les villes. De 1891 à 1896, la 
population urbaine (communes de plus de 2,000 hab.) 
s'est accrue de 714520 personnes, tandis que la popula- 
tion rurale a diminué de 5394g3. 

En Allemagne, les derniers recensements de la 
population établissent que l'exode rural, commencé plus 
tard qu'en Angleterre ou en France, auginente au- 
jourd'hui avec la rapidité d'une avalanche. C'est ainsi 
que, malgré l'énorme acroissement de la. population 
totale, que révèle le recensement de 1901, nombre de 
districts ruraux, surtout dans les provinces de la Prusse 
Orientale, ont vu diminuer le chiffre de leurs habitants. 
De plus en plus, la population se concentre dans les 
villes, et ces migrations internes ont une telle impor- 
tance que, suivant le mot du professeur Sering, elles 
laissent loin derrière elles, au point de vue de leurs 
effectifs, celles qui se sont produites, il y a quinze cents 
ans. 

Les mêmes phénomènes se retrouvent à des degrés 
divers, dans tous les pays où l'industrie a pris quelque 
développement, mais, plus encore que partout ailleurs, 
c'est en Belgique, avec ses deux cents habitants par 
kilomètre carré, ses fourmilières industrielles, ses chefs- 
lieux de province, à peine séparés par une ou deux 



I06 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

heures de chemin de fer, que l'action des villes sur les 
campagnes se fait énergiquement sentir. 

Nous nous proposons de rechercher ci-après les con- 
séquences qui en résultent, au point de vue des condi- 
tions du travail, de la culture et de la propriété 
foncière. 



CHAPITRE I 
L'âge d'or des propriétaires fonciers 

Le lo janvier 1845, dans une lettre adressée au séna- 
teur Biolley, sur la condition des laboureurs et des 
ouvriers belges, J. Arrivabene décrivait en ces termes 
l'influence exercée par le développement des villes et 
des centres industriels, sur la rente, les profits et les 
salaires : 

(I Dans la distribution de ses bienfaits, la part que la 
Providence a faite à la Belgique, est aussi grande que 
belle. Ses villes, couvertes de nobles monuments élevés 
par la piété et le génie de leurs habitants, ses gigantes- 
ques travaux d'art, ses grands établissements d'industrie, 
ses beaux villages, ses riantes campagnes, sont des 
témoignages aussi irréfragables que glorieux, d'une 
richesse à la création de laquelle plusieurs générations 
successives ont contribué. 

» Mais il y a peu de pays aussi où le phénomène que 
nous avons signalé plus haut — l'acroissement de la 
part proportionnelle de richesses dévolue aux proprié- 
taires — se soit manifesté d'une manière plus saisis- 
sante qu'en Belgique. 

» L'individu qui, au commencement de ce siècle, 
aurait employé dans ce pays une somme d'argent en 
achat de terres, aurait doublé et plus que doublé son 
capital, et augmenté de beaucoup son revenu. Celui, 
au contraire qui, à dater de* la même époque, aurait 
placé et replacé successivement à intérêt une somme 



Io8 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

égale d'argent, non seulement ne posséderait pas un 
capital plus grand qu'alors, mais il se trouverait avoir 
un revenu réduit par la baisse progressive des intérêts 
et la dépréciation de la monnaie. Et quant aux travail- 
leurs, peut-on dire qu'ils aient partagé les brillantes 
destinées des acquéreurs de terres ? Absolument 
non » (i). 

Arrivabene affirmait cependant que le salaire réel des 
travailleurs, leur « part réelle des choses produites » 
avait quelque peu augmenté, mais il suffît de jeter un 
coup d'œil sur les diagrammes de l'Atlas économique 
d'Hector Denis, pour se convaincre que pendant toute 
cette période, le mouvement ascensionnel, à peine 
marqué, des salaires, et spécialement des salaires agri- 
coles, n'a suivi que de très loin l'élévation progressive 
du prix des denrées et du taux des fermages. 

La concurrence des pays neufs n'agissait pas encore 
sensiblement sur le prix des denrées ; l'acroissement de 
la population et le développement de l'industrie aug- 
mentaient constamment la demande des produits agri- 
coles : c'était l'âge d'or des propriétaires fonciers; mais 
ce fut l'âge d'airain du prolétariat, quand, à la fin de 
la cinquième décade, la révolution capitaliste de l'in- 
dustrie textile, coïncidant avec de mauvaises récoltes, 
jeta des milliers de travailleurs sur le pavé. 

u Nul ne peut méconnaître, écrivait Ducpétiaux, en 
i853 — dans ses Budgets économiques de la classe ouvrière 
— la gravité de cette situation qui se manifeste par le 
prix élevé des baux, la concurrence des locataires, 
l'abaissement graduel de la condition du paysan, le 

(i) Sur la condition des labourcuvs cl des ouvriers belges, p. j., 
Bruxelles, 1845. 



LES VILLES TENTACULAIRES IO9 

chômage fréquent et la réduction du taux de la journée 
de l'ouvrier agricole. Tant que la petite propriété et la 
petite culture ont pu être considérées comme l'expres- 
sion d'un fait normal, comme le signe d'une sorte 
d'égalité d'aisance ; tant que l'association du travail 
agricole au travail manufacturier a continué à exercer 
sa bienfaisante influence, on a pu se dissimuler les 
inconvénients du régime; on a pu même l'exalter et le 
proposer comme modèle avec une apparence de raison. 
Mais, lorsque les propriétaires, séduits par l'espoir 
d'augmenter leurs revenus, ont continué et continuent 
à dépecer leurs fermes; lorsque la chute de l'industrie 
linière a enlevé au petit cultivateur sa ressource la plug 
précieuse, lorsque la maladie des pommes de terre, 
continuant ses ravages, menace sérieusement jusqu'à 
l'existence des infortunés qui sont forcément réduits à 
la culture de ce tubercule, il devient de plus en plus 
urgent d'aviser aux moyens de rétablir le rapport entre 
l'étendue des cultures et le nombre de bras nécessaires 
pour l'économie des travaux, et par suite de relever le 
salaire de l'ouvrier agricole, de manière à le mettre à 
même de subvenir à ses besoins les plus impérieux ». 

En somme donc, à cette époque, l'action des villes 
sur les campagnes se traduisait par le renchérissement 
des produits agricoles, l'augmentation du taux des fer- 
mages, la destruction, par l'industrie mécanique, des 
formes anciennes de la production. 

On imaginerait difficilement un plus parfait contraste 
que cette situation et la situation actuelle de l'agricul- 
ture, que les plaintes de Ducpétiaux sur la condition 
des ouvriers ruraux et celles de nos agrariens sur leur 
propre condition. 



IIO ESSAIS SUR LA Ql^ESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

En i853, la population tout entière souffrait de 
l'accroissement de la rente, au profit exclusif des proprié- 
taires fonciers; ceux-ci gémissent maintenant de la 
dépréciation du sol et de l'abaissement des fermages. 

On se lamente aujourd'hui sur l'avilissement des prix 
et l'envahissement des céréales étrangères ; il y a 
cinquante cinq ans, le Ministre des finances s'effrayait, 
au contraire, du déficit de nos récoltes (i). 

On déplore enfin la raréfaction de la main d'œuvre 
agricole, l'impossibilité presque absolue de trouver 
de bons valets de ferme, l'exode croissant des travail- 
leurs vers les villes et les centres industriels. Plus 
de cent mille ouvriers habitant la campagne, prennent 
le chemin de fer, tous les matins, vers Bruxelles, Liège, 
Anvers, Charleroy et autres localités. Dès le printemps 
et jusqu'en hiver, des milliers de Flamands, moisson- 
neurs, briquetiers, terrassiers, arracheurs de betteraves, 
se répandent dans toute la Wallonie, dans les départe- 
ments du nord et même du centre de la France, partout 
où ils espèrent gagner de quoi vivre pendant la mau- 
vaise saison. Il semble que ces « instincts nomades )>- 
soient innés chez les Belges en généial, chez les Flamands 
en particulier, et cependant, dans son u Mémoire sur le 
paupérisme des Flandres », Ducpétiaux considérait au 
contraire comme leur caractéristique essentielle la 

(])" De 1830 à 1839, nos importations de céréales (seigle et f o- 
rnent) ont été en moyenne de 41 millions par année; de 1840 à 1852 
cette moyenne s" est élevée annuellement à 102 millions d'hectolitres. 

» Si à l'ombre de la paix, la population de la Belgique continue à 
s'accroître dans la même proportion, avant dix ans, le déficit de nos 
récoltes de céréales — je n'ose presque pas dire le chiffre — sera d'à 
peu près deux millions d'hectolitres. .Je reste au-dessous de la vérité, 
pour que ces chiffres ne puissent pas être contestés ». (Annales parle- 
meiitaires. Chambre des représentants, 25 novembre 1853). 



LES VILLES TENTACULAIRES III 

« tendance à l'isolement », la « répugnance à se dépla- 
cer », les « dispositions sédentaires », qui les attachaient 
désespérément à la glèbe natale (i). 

Pour déraciner ces terriens et transformer en noma- 
des ces ouvriers, qui rompaient leur contrat d'engage- 
ment au bout de quelques jours passés hors de chez 
eux, il n'a fallu rien moins qu'un bouleversement 
complet de l'ancienne économie rurale. 

C'est ce qui arriva, lorsque la concurrence de l'industrie 
des villes tua, dans les campagnes, l'industrie linière et 
d'autres industries accessoires du travail agricole. 

(i) « Lorsque l'ouvrier anglais ou allemand voit décliner le travail 
et s'approcher la misère, il cherche à échapper au danger en transfor- 
mant son industrie, en demandant ailleurs les moyens d'occupation 
qui viennent à manquer chez lui : il s'ingénie pour se tirer d'embarras, 
il lutte jusqu'au bout ; l'ouvrier flamand, au contraire, se résigne sur 
place aux plus dures privations; sans rien changer à ses habitudes, il 
réduit son ordinaire; victime de la routine, il succombe sur son 
métier, sans avoir pris la peine de l'abandonner. Aurait-il d'ailleurs 
la velléité d'aller demander l'emploi de ses bras dans une autre pro- 
vince ou dans un aiUre pays? Il en est le plus souvent empêché par 
l'obstacle de la différence du langage; si cet obstacle ne l'arrête pas, 
le souvenir du village, de la famille, la nostalgie, ne tardent pas à le 
ramener à son domicile. On a vainement essayé d'appliquer des 
ouvriers flamands aux travaux de terrassement exéciués dans les 
Flandres ; ils ont renoncé les uns après les autres aux avantages qui 
leur étaient offerts, préférant aller reprendre le collier de misère 
suspendu au fo}er domestique ». 



CHAPITRE II 

La révolution industrielle dans les campagnes 

Des renseignements publiés par le Département de 
l'intérieur, dans le Moniteur bels^e du i3 mai 1846, portent 
à 328.24g, le nombre d'individus de tout âge et des. 
deux sexes, occupés, en 1843, dans les diverses branches, 
de l'industrie linière. D'après ce relevé qui comprenait 
quatre provinces, les deux Flandres, le Hainaut et le 
Brabant, les ouvriers se subdivisaient comme suit : 

57.(S2i tisserands, 
194.091 fileuses, 
76.337 tailleurs et séranceurs. 



32S.249 

Presque tous ces ouvriers habitaient la campagne et 
combinaient leur travail avec l'agriculture : le sol pro- 
duisait la matière première; tous les membres de la 
famille concouraient aux diverses manipulations du lin ; 
les occupations étaient alternées : le chef de famille 
passait de la culture de son champ à son métier; la 
ménagère quittait son rouet pour veiller aux soins du 
ménage; chacun avait sa tâche et nul instant n'était 
perdu. La vente du fil et de la toile suffisait au paiement 
du loyer et des contributions. La petite culture, associée 
à la filature et au tissage, dit Ducpétiaux, apparaissait 
aux yeux de tous comme l'expression d'un système qui 
était proposé comme modèle aux autres nations. 

De ce système, on peut dire qu'il ne reste^^plus que 
des survivances insignifiantes'. 



LES VILLES TENTACULAIRES Il3 

Pas plus que John Ruskin, dans le Westmoreland, 
celui qui voudrait ressusciter les anciennes fileuses, ne 
parviendrait à trouver un rouet dans nos campagnes. 
Les derniers tisserands à la main sont à la veille de dis- 
paraître. Au dernier recensement industriel (3i octobre 
1896), il n'y avait plus que 34,236 personnes — dix fois 
moins que quarante années auparavant — occupées 
dans l'industrie linière : 23,466 ouvriers et ouvrières 
de fabrique et seulement 10,770 ouvriers à domicile. 

Quant aux autres, ou à leurs descendants, obligés de 
chercher au dehors les moyens d'existence qu'ils ne 
trouvent plus chez eux, les uns travaillent dans les 
villes de fabrique, d'autres sont allés grossir la clientèle 
des riches bureaux de bienfaisance d'Ypres, de Bruges 
ou d'Audenarde; il en est qui, venant tous les jours du 
cœur de la Flandre ou formant de véritables colonies en 
pays wallon, travaillent dans les charbonnages du Hai- 
naut (i); les plus nombreux, enfin, forment le principal 
contingent de cette grande armée ouvrière qui s'en va, 
tous les ans, faire campagne en France et dans le grand 
duché de Luxembourg. 

C'est ce qui résulte, à toute évidence, des statistiques 
qui nous ont été communiquées par le Département de 
l'intérieur : les arrondissements qui envoient le plus 
grand nombre d'ouvriers agricoles à l'étranger sont 
ceux d'Alost, de Gand, de Termonde, d'Audenarde et 

(i) Auliameau de Taillis-Pré, près de Charleroy, la population 
flamande est si nombreuse qu'à l'église on prêche en flamand tous les 
dimanches. F^es ouvriers flamands de l'arrondissement d'Alost. et du 
sud de l'arrondissement de Bruxelles, qui tous les jours viennent 
travailler dans les mines, se dirigent surtout vers les charbonnages du 
Centre où la main d'œu\Te commence à devenir insuffisante : un 
grand nombre d'ouvriers mineurs, en effet, trouvant leur métier trop 
pénible, font de leurs enfants des métallurgistes, des employés, etc. 



114 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

d'Ath, c'est-à-dire précisément les principaux centres 
de l'industrie linière il y a cinquante ans. 

Il en est de même d'ailleurs en Allemagne, où 
M. Sohnrey considère également la décadence du tissage 
à la main comme une des principales causes de l'exode 
rural. 

Ce ne sont donc pas, tout au moins au début de l'évo- 
lution capitaliste, les villes qui attirent les ouvriers 
ruraux, mais les campagnes qui les repoussent, qui 
déversent, dans les régions urbaines et industrielles, le 
trop-plein de leur population. 

Mais cette surpopulation est toute relative. Elle pro- 
vient de l'aliénation des communaux, de la concentra- 
tion et du morcellement excessifs des propriétés, de la 
destruction des industries rurales accessoires. 

Or, toutes ces transformations dérivent en dernière 
analyse d'une seule et même cause : l'action des villes 
tentaculaires, dont les habitants acquièrent les propriétés 
rurales et dont les fabriques détruisent les formes 
archaïques de la production, qui survivaient encore 
dans les campagnes. 

Ceux qui pensent que l'agriculture ne subit que fai- 
blement l'influence capitaliste, oublient que successive- 
ment toutes les branches qui constituaient jadis une 
exploitation agricole se détachent du tronc principal, 
pour former des industries distinctes. 

11 y a cinquante ans, par exemple, presque tous les 
fermiers brassaient eux-mêmes leur bière : le seul sou- 
venir qui reste actuellement de ce mode de production 
patriarcal, ce sont les houblons sauvages, derniers ves- 
tiges des houblonnières familiales, que l'on trouve 
encore fréquemment dans les haies du Brabant Wallon. 



LES VILLES TENTACULAIRES I l5 

Vers i835, fleurissait l'alambic de famille : on 
comptait en Belgique plus de 2,000 distilleries agrico- 
les. Aujourd'hui, les dernieis distillateurs agricoles 
individuels achèvent de disparaître, tués par la concur- 
rence de la distillerie industrielle et des pseudo-coopé- 
ratives agricoles, qui se sont constituées à la suite de 
la loi sur les distilleries de 1896 (i). 

Cette irrémissible décadence des industries de la 
ferme et du foyer, liées au travail agricole, se manifeste 
dans toutes les branches de la production et, toujours, 
a pour résultat de transformer en ouvriers nomades ou 
industriels, les petits cultivateurs et les artisans de 
village, expropriés de leurs moyens de production. Ce 
qui s'est produit en Flandre pour l'industrie linière, se 
produit, en ce moment, pour l'armurerie dans le pays 
de Liège, pour la saboterie dans d'autres régions. 

Les couteliers des environs de Gembloux, qui jadis 
cultivaient en môme temps un petit lopin de terre, sont 
devenus des ouvriers ambulants : depuis que la coutel- 
lerie ne va plus, ils s'emploient dans les sucreries, à 
aiguiser les couteaux à betteraves. 

Les tisserands de la vallée de la Lasne (Ohain, Plan- 
cenoit, Rixensart) — depuis l'établissement des métiers 
mécaniques à Braine l'Alleud, se sont faits maçons ou 
plafonneurs et vont tous les jours travailler à Bruxelles. 

De même, quantité de scieurs de long, depuis que 
l'on emploie des scieuses à vapeur ambulantes. 

Ou bien encore — et nous connaissons peu d'exem- 
ples aussi frappants d'une industrie locale déformée par 
le capitalisme — les chapeliers en paille de la vallée du 
Geer (Liège et Limbourg). 

(1) Voir infra : III. — La Coofération rurale en Belgique. 



Il6 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

A l'époque où E. de Laveleye décrivait cette industrie, 
dans son rapport sur l'agriculture belge à l'exposition 
de Paris (1878), elle était encore en pleine prospérité, 
donnait lieu à un mouvement d'affaires de six à sept 
millions, pour une vingtaine de villages, et avait sa 
base naturelle dans la constitution géologique du sol et 
les conditions spéciales de la culture : « Les terrains 
crétacés de Alaestricht, se poursuivant dans le bassin 
du Geer, donnent aux pailles des céréales ceitaines 
qualités particulières : de la souplesse, de la force et 
surtout une blancheur que l'on ne peut obtenir, dit-on. 
nulle part au même degré ». 

Il y a quelque vingt ans donc, l'industrie chapelière. 
dans cette région, se rattachait directement au travail 
agricole : les familles ouvrières se procuraient dans les 
fermes d'alentour, ou produisaient sur une pièce de 
terre prise en location, la paille d'épeautre, dont le 
chaume était emplo3'é de préférence pour le tressage. 
Les enfants, les filles et les femmes faisaient la tresse, 
soit en menant paître les vaches, soit à domicile en 
surveillant le ménage, soit à Vsize, à la soirée, quand 
les tresseuses se rendaient en collectivité dans une 
même maison, pour s'adonner à leur travail. Les chape- 
liers, c'est-à-dire presque tous les hommes valides, se 
rendaient dans les principales villes de l'Europe où ils 
cousaient et apprêtaient, suivant le goût local, la tresse 
qui leur était expédiée de Glons, de Roclange ou quel- 
qu'autre village de leur vallée. 

Bref, culture, tressage et chapellerie formaient alors 
un ensemble d'opérations intimement liées les unes aux 
autres. 

Aujourd'hui, sous l'influence grandissante du capita- 



LES VILLES TENTACULAIRES II7 

lisme. cette ancienne organisation du travail est en 
pleine décomposition. 

Les pâturages remplacent les cultures d'épeautre ; les 
machines réduisent le nombre des chapeliers et depuis 
quelque vingt ans, par suite de l'introduction du cou- 
sage mécanique, beaucoup de filles, de i5 à 20 ans, et 
jusqu'à leur mariage, se sont mises à émigrer à leur 
tour et à remplacer les hommes dans les fabriques de 
chapeaux. Enfin, l'industrie de la tresse de paille achève 
de mourir, tuée par l'invasion des tresses fabriquées à 
vil prix, en Italie, au Japon, et, surtout, en Chine. 

Dans une étude de M. Ansiaux, nous trouvons des don- 
nées intéressantes sur les conséquences de cette agonie 
industrielle, au point de vue de l'exode vers les villes : 

(( Il n'}' a plus guère que des femmes, des enfants et 
des vieillards qui se livrent encore au tressage. Un 
certain nombre d'hommes adultes s'y sont consacrés 
jadis, à l'époque où ce travail était suffisamment payé. 
Alors, toute la population masculine de la vallée du 
Geer était occupée à l'industrie de la paille (tressage et 
fabrication des chapeaux). Personne, paîmi eux, n"eut 
consenti en ce temps-là, à accepter une occupation 
différente. Nul ne se présentait, par exemple, pour être 
facteur des postes. » 

Maintenant la situation s'est sensiblement modifiée. 
Un grand nombre d'ouvriers mâles ont abandonné la 
paille pour être mécaniciens, bouilleurs, manœuvres 
dans les fabriques du bassin de Liège. Ceux qui font 
encore régulièrement la campagne de chapellerie dans 
les principales villes d'Europe, et qui ne s'y fixent pas 
définitivement, cherchent, à leur retour, de la besogne, 
tantôt chez les maraîchers des environs de Liège, tantôt 



Il8 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

dans les usines. En sorte qu'actuellement, le personnel 
de l'industrie du tressage — considérablement réduit — 
est presqu'exclusivement féminin et infantile. Et, 
comme la situation empire, d'année en année, beaucoup 
de jeunes filles ont été obligées de chercher d'autres 
moyens d'existence, et notamment, de se faire coutu- 
rières ou servantes, à Liège et dans les communes des 
environs. 

Aussi la population a-t-elle décru dans la plupart des 
villages de la région, et surtout dans ceux qui se trouvent 
éloignés du bassin industriel de la Meuse. 

En résumé donc, la révolution industrielle complète 
l'œuvre commencée par l'aliénation des communaux et 
la suppression des droits d'usage, qui consolidaient 
jadis les petites exploitations rurales. 

Au début du régime capitaliste, — et nous nous en 
référons sur ce point aux célèbres chapitres du Capital 
de Aiarx — c'était l'éviction brutale des campagnards 
qui fournissait aux industriels de la main-d'œuvre à 
bon marché : on expulsait les tenanciers (clearins. of 
estâtes) et on volait les communaux (inclosiire of commons). 

Aujourd'hui les mêmes résultats sont obtenus, auto- 
matiquement, pour ainsi dire, par le développement 
technique de l'industrie et de l'agriculture ; les indus- 
tries rurales archaïques disparaissent; les industries 
nouvelles qui s'établissent à la campagne — sucreries^ 
fabriques de chicorée, laiteries à vapeur etc. — occupent 
un personnel qui ne participe plus, d'une manière 
permanente, à la culture du sol. 

Au lieu d'ouvriers employés toute l'année, la popu- 
lation agricole se compose, de plus en plus, d'un petit 
nombre d'ouvriers fixes, auxquels viennent s'ajouter, à 



LES VILLES TENTACULAIRES II9 

certains moments, des troupes nombreuses d'ouvriers 
adventices. 

Dans les environs des villes, les cultures ordinaires 
reculent, pour faire place à des pâturages et des reboise- 
ments. Les machines agricoles réduisent la main- 
d'œuvre nécessaire ou, plus fréquemment, servent à 
combler les vides causés par l'attraction des grands 
centres; car, dans cette complexe transformation, les 
causes et les effets s'enchevêtrent : si les ouvriers 
ruraux et les petits cultivateurs ont d'abord été 
contraints de chercher du travail en ville, faute de 
trouver chez eux des moyens d'existence suffisants, il 
n'est pas douteux qu'aujourd'hui, et surtout depuis la 
crise agricole, les facilités des transports, l'appât de 
salaires plus élevés, la contagion de l'exemple, la fasci- 
nation exercée par l'éclat de la vie urbaine, constituent 
des îacteurs essentiels de l'exode rural. 

Les villes tentaculaires n'absorbent plus seulement le 
trop plein des campagnes; elles enlèvent à l'agriculture 
les forces de travail dont elle a strictement besoin. 

Et c'est ainsi que partout, aux alentours des grandes 
villes, la population tend à se réduire, la culture tradi- 
tionnelle à se transformer, la propriété paysanne, enfin, 
à disparaître au profit de la propriété parcellaire ou de 
la propriété capitaliste. 



CHAPITRE III 
La réduction du nombre des agricoles 

Dans tous les pays de l'Europe occidentale, et notam- 
ment en France, en Angleterre, en Allemagne, les der- 
niers recensements constatent une réduction sensible de 
la population agricole. 

Seule, et contre toute attente, la Belgique ferait 
exception, s'il fallait en croiie les statistiques publiées 
par le Département de l'Agriculture. 

En effet, la population agricole qui était de i,o83,6oi, 
à l'époque du recensement de 1846, se serait élevée à 
1,199,319, en 1S80, et, quinze ans après, en i8g5, elle 
aurait atteint 1,204,810; soit, pour cette dernière 
période, une augmentation, très légère d'ailleurs, de 
cinq mille unités environ. 

Mais, pour qui connaît la situation réelle de l'agricul- 
ture belge, il n'est pas douteux que cette prétendue 
augmentation n'existe que sur le papier. 

C'est ce qui résulte, du reste, des documents officiels 
eux-mêmes. 

Tout d'abord, on peut lire dans la partie analytique 
du recensement « que l'accroissement constaté pour les 
provinces de Liège et de Namur (-j- 17263) est vraisem- 
blablement dû à ce que la population ouvrière, qui 
cultive des lopins de terre pour son propre compte dans 
plusieurs parties de ces provinces, a été considérée 
comme population agricole. » (i) 

(1) Recensement général agricole de iSç5, p. 438. 



TENTACl'LAIRES 123 

LES VILLES 

gnes, déjà si populeuses, on 
D'autre part, le rec ^ , , ,. • • , 

. ^ ,. 'lits de population qui varient 

3i décembre, c'est-à-dire., 

al. carre, 
travaillent à l'étranger é1 . . . -^ 

'=' qui contraste étrangement avec 
du chiffre total de la r , . , , r • -, 

^ départements irançais, ou des 
toujours croissant des oi , ^ 

■" . . . • . «^ieterre. 

aux migrations saisonnièi , , r • • i. 

° . emple, on peut taire vingt- 

En réalité donc, bien loin d augmenter, la population 

agiicole a sensiblement décru de 1880 à i8g5, et, 

comme dans les autres pays, cette décroissance a porté 

surtout sur « les personnes des deux sexes, qui louent 

leur travail à autrui d'une manière permanente, n 

Pour l'ensemble du royaume, ces réductions ont 
atteint le taux de 8 "/o pour les hommes, de 22 °/o pour 
les femmes. 

« Sauf dans le Luxembourg — dit l'introduction au 
recensement de i8g5 — un grand nombre d'ouvriers 
des deux sexes ont abandonné les travaux agricoles 
salariés ou ne s'}' adonnent plus d'un façon permanente. 
Le développement des industries saisonnières et l'ex- 
tension prise par toutes les industries exti actives ont 
contribué, pour une large mesure, à amener cet état de 
choses. Les données qui précèdent concordent, d'ail- 
leurs, avec les renseignements fou:nis par les statistiques 
de la population, qui démontrent que la proportion des 
Belges résidant dans leur commune de naissance va, 
sans cesse, en s'affaiblissant ; il y a une émigration con- 
stante des centres agricoles vers les centres industriels, 
et elle porte principalement, comme le statistique agii- 
cole le démontre, sur la population ouvrière. Le peison- 
nel féminin s'est surtout réduit; l'emploi des machines 

1) Cf. Iittroduction au recensement. général de i S ç5. (Partie analytique. 
Noti' à la page 425.) 



3RAIRE EN BELGIQUE 

ermes et dans les travaux 

de restreindre le nombre 

,, parceque le soin de 

. ^ . , . -nt confié aux hommes ; 

La réduction du nombre ... 

es et des mdustiies est 

Dans tous les pays de l'Eurr femmes; enfin, les con- 
aitions moaernes a existence permettent, de plus en 
plus, à la femme de l'ouvrier de se consacrer exclusive- 
ment aux soins du ménage. » 

Bref, la popidation agricole, et surtout la population 
ouvrière agricole, diminue, en Belgique comme ail- 
leurs. 

Néanmoins, en dépit de cette réduction du nombre 
des agriculteurs, et contrairement à ce qui se passe dans 
d'autres pays, la population des campagnes continue à 
s'accroître, sauf dans quelques régions où les mo3'ensde 
transport, relativement peu développés, ne permettent 
pas aux ouvriers de rentrer chez eux tous les soirs, après 
avoir travaillé en ville pendant la journée. 

Les cartogrammes annexés à l'Annuaire de statistique 
pour 1896 montrent que, dans l'intervalle des recense- 
ments de 1880 et i8go, la population spécifique par 
kilomètre carré a augmenté dans tous les arrondisse- 
ments, sauf celui de Neufchâteau ou il 3' a statu quo et 
dans ceux d'Ath, de Philippeville et de Virton, où il y a 
diminution de i à 4 habitants par kilomètre carré. 

Certes, l'augmentation est beaucoup plus forte dans 
les arrondissements industriels (de ib à 45 habitants 
par k. c.) et surtout dans les arrondissements qui ont 
pour centre une grande ville, comme Anvers (96 hab. 
en plus par k. c), Bruxelles, Liège, Charleioy (98 à 
60 habitants en plus). Mais dans les arrondissements 



LES VILLES TENTACULAIRES 123 

ruraux, dans les campagnes, déjà si populeuses, on 
constate des accroissements de population qui varient 
de I à i5 habitants par Idl. carré. 

C'est là une situation qui contraste étrangement avec 
celle de la plupart des départements français, ou des 
comtés agricoles de l'Angleterre. 

Dans le Norfolk, par exemple, on peut faire vingt- 
cinq kilomètres, sans rencontrer une ferme occupée 
(Anderson Graham). 

En France (i8g5), il}' avait dans 58 départements 
sur 87, excédent des décès sur les naissances (A. 
Dumontj. 

S'il en est autrement en Belgique, c'est en partie, 
croyons-nous — et sans méconnaître l'action d'autres 
causes, sur lesquelles on a maintes fois attiré l'atten- 
tion — parce que les chemins de fer, au lieu d'être 
exploités par des Compagnies privées, dans rintéi"êt de 
leurs actionnaires, sont exploités par l'Etat, en tenant 
compte, au moins dans une certaine mesure, de l'intérêt 
général. 

L'Etat belge, en effet, dont les tarifs ordinaires sont 
déjà parmi les plus bas de l'Europe, délivre aux 
ouvriers, des coupons de semaine, comportant six 
trajets, aller et retour, qui coûtent beaucoup moins 
cher qu'un seul trajet au tarif ordinaire. Pour 5o kilo- 
mètres, par exemple, l'ouvrier paie son coupon de 
semaine 2 fr. 25; les autres voyageurs doivent pa3'er 
3 fr. o5 pour leur unique billet d'aller et retour en troi- 
sième classe. 

Dans ces conditions, il est tout naturel que des mil- 
liers d'ouvriers — on a délivré en 1900, 4.590.980 cou- 
pons de semaine — aient avantage à se rendre, quoti- 



124 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

diennement, de la campagne vers les villes, au lieu de 
se fixer définitivement dans celles-ci. 

En France, au contraire, où les Compagnies, consti- 
tuées ad lucrum faciendum, ne peuvent évidemment pas 
avoir les mêmes préoccupations sociales que l'Etat, les 
tarifs sont trop élevés et les trains ouvriers trop rares 
pour que ces déplacements journaliers de la main- 
d'œuvre soient possibles sur une vaste échelle. Le 
système n'est guère organisé que dans la banlieue de 
Paris et dans les environs de quelques grands centres 
d'industrie. Aussi, les ouvriers agricoles qui se trans- 
forment en ouvriers industriels affluent dans les quar- 
tiers pauvres des villes, pour le plus grand profit de 
M. Vautour; et comme ce sont les éléments les plus 
jeunes, les plus actifs, les plus féconds, qui émigrent 
ainsi, il en résulte une double perte pour la population 
des campagnes : le vide causé par leur départ, tout 
d'abord, et, ensuite — comme il ne reste plus guère 
que des vieux au village — une diminution considérable 
de la natalité, 

« L'émigration des campagnes vers les villes, dit 
j\L Lannes (i), est la cause principale, la cause méca- 
nique de la diminution du taux de la natalité. 

)) Tous les jeunes gens qui désertent le village n'enlè- 
vent pas seulement des bras à l'agriculture, suivant 
l'expression consacrée ; ils privent la commune de ses 
meilleurs reproducteurs » . 

Les instituteurs qui tiennent les registres de l'Etat 
civil, ne se lassent pas de lépéter : 

(( On fait bien encore quelques enfants pour s'occu- 

1 1 I Lannes, L'influence de l'émigration des campagnes sur la natalité 
des villes. Revue folitiqne et i>arlemcittaire, 1893, p. 325 et s. 



LES VILLES TENTACULAIRES 125 

per en hiver, mais il n'y a plus que des vieux au 
village; tous les jeunes sont partis à la ville ». 

Il semble donc que l'on puisse, sans paradoxe, dire 
que les Compagnies de chemin de fer sont une des 
causes de la dépopulation de la France. 

Et de même, en Angleterre malgré le » Cheap Trains 
Act » (i883), obligeant les Compagnies à établir des 
trains ouvriers à bon marché, les résultats obtenus sont 
insuffisants et les villes tentaculaires s'emparent de la 
plus grande partie de la population rurale. 

(( I/augmentation de la population de Londres, dit 
M. C. H. Denyer, dans un article récent, est due surtout 
à l'immigration des gens de la campagne; on évalue à 
5o.ooo, le nombre des personnes qui viennent s'}' établir 
annucUemcut; le dernier recensement indiquait que le 
quart de la population de Londres était né en dehors de 
ses limites ». 

Dans cette immense agglomération, aussi peuplée à 
elle seule que la Belgique entière, les trains ouvriers, 
établis en vertu de l'acte de i883, transportent tous les 
jours, de la périphérie vers le centre, un nombre for- 
midable de travailleurs : d'après le rapport du Londou 
coîtnty Coiincil, du 27 janvier 1897, le chiffre des billets 
émis pour les Workmev''s trains, s'est élevé de 7.9S7.877 
en 1887, à 31.074.812 en 1896, et chaque billet repré- 
sentant deux voyages ou deux voyageurs, le nombre 
des passagers transportés par les trains ouvriers en 
1896, a dépassé 62.000.000. 

^lais, dans le reste du pa^'s, malgré les efforts inces- 
sants de l'Association nationale pour l'extension des 
Workmen^s trains, le Bhie book àw. 20 mai 1900 établit que 
ces trains n'ont qu'une importance très secondaire. 



120 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

En 189g, les Compagnies anglaises ont distribué 
plus de 68 millions de tickets aller et retour à des 
ouvriers; seulement, cette gigantesque circulation s'ef- 
fectue pour la plus grande partie, dans les environs im- 
médiats d'un petit nombre de grandes villes, telles que 
Glasgow, Manchester, Liverpool et, surtout, dans 
l'agglomération urbaine et suburbaine de la capitale. 

Au delà des faubourgs de Londres, et sans transition, 
le désert commence : c'est la zone des vergers et des 
pâturages, à peu près dépeuplés, étendant à perte de 
vue leurs herbages plantés de chênes. A la fenaison 
seulement, ces campagnes s'animent, quand les 
ouvriers urbains, les tinemployed de la capitale, les irré- 
guliers du travail, des dockers viennent faucher les 
foins, avant de s'en aller faire la cueillette du houblon 
dans le Kent. 

Rien de plus frappant, pour le vo3'ageur qui passe 
d'Angleterre en Belgique, que le contraste de ces parcs 
solitaires des environs de Londres avec la banlieue si 
populeuse de nos grandes villes. 

Autour de Bruxelles, par exemple, et surtout dans le 
Brabant wallon, tous les coteaux sont couverts de blan- 
ches maisonnettes, habitées le plus souvent par des 
ouvriers urbains. Au lieu de se fixer en ville, ils y vont 
travailler tous les jours, mais conservent leur dortoir à 
la campagne et — grâce à l'exploitation sociale des 
chemins de fer — paient des loyers moins élevés, vivent 
dans un milieu plus salubre et se procurent un supplé- 
ment de ressources en cultivant une pièce de terre ou 
un jardin légumiei'. 



CHAPITRE IV 

La transformation capitaliste des cultures 

L'extension de la propriété bâtie, la multiplication 
des parcelles ouvrières aux dépens de la propriété 
paysanne et le développement des transports interna- 
tionaux, ont eu pour principaux résultats, au point de 
vue de 1 "agriculture, la réduction du domaine cultivé, 
la diminution du nombre des exploitations indépendan- 
tes et la transformation des terres à blé en pâturages, 
bois et cultures diverses, 

§ I. — Réduction du domaine cultivé 

Dans l'intervalle des recensements de 1880 et de 
1895 (vol. I), le domaine agricole s'est réduit sensible- 
ment, au profit des propriétés urbaines, des exploita- 
tions industrielles, etc. En 1880, il avait une étendue 
totale de 2.704.958 h. ; en 1895, de 2.607.514 h. seule- 
ment, soit une réduction de près de 100.000 hectares. 

§ IL — Diminution du nombre des exploitations 
indépendantes 

Paradoxe étrange, tandis que le domaine et la popu- 
lation agricoles se réduisent, le nombre des exploita- 
tions dites agiicoles augmente dans tous les pays et 
spécialement en Belgique : 

1^4(5 : 57--550 exploitations 
1895 : "820.588 )) 

Les journalistes, les orateurs parlementaires et autres 



128 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

docteurs Pangloss, qui lisent tant bien que mal, des 
statistiques faites plutôt mal que bien, tirent de ces 
chifïres cette conclusion que, contrairement aux théories 
socialistes sur la concentration capitaliste, le nombre 
des exploitations agricoles augmente constamment, 
alors que celui des grandes exploitations (5o hectares et 
plus) va toujours diminuant. 

Ces affirmations, conformes d'ailleurs à celles des 
documents officiels eux-mêmes, reposent sur une pure 
apparence, ou plutôt, sur une notion manifestement 
inexacte de ce qu'il faut entendre par les mots : 
exploitation agricole. 

La vérité est que si l'on compare les recensements 
agricoles de iS56 et de 1895, le nombre des exploita- 
tions agricoles, petites, moyennes et grandes, a diminué. 



Expliiitations de 50 hects. et au-dessus. 

» de 40 à 50 h 

» de 30 à 40 h 

)> de 20 à ■:;n h 

)) de 1 o à 20 h 

» de 3 à H) Il 

)) de ). à 5 h 

» de -yd 4 11 



1866 


1895 


5-5-7 


3-584 


2. 1 17 


1 .001 


3.982 


3- '87 


q.Qt)7 


8.i()-^ 


30.990 


28.1 5 > 


52-^)50 


4(l.ot)3 


22.lb5 


20.213 


32.987 


3'>-732 



160.391 i4i^.r)96 



Ainsi donc, il 3' a diminution pour toutes les catégo- 
ries de 3 à ro h., de 10 à 5o h., aussi bien qu'au-dessus 
de 5o hectares. 

D'autre part, il est vrai, les recensements constatent 
une augmentation considi'rable du nombre des exploi- 
tations dites agricoles, d'une étendue inférieure à 
3 hectares et surtout une énorme multiplication des 
« exploitations agricoles de 5o aies et moins » ; mais il 



LES VILLES TENTACl'LAIRES I 29 

est évident que ces minuscules parcelles, jardins 
légumiers, carrés de choux ou champs de pommes de 
terre, ne sont pas, sauf de rares exxeptions, de vérita- 
bles exploitations rurales; la grande majorité d'entre 
•elles restent complètement en dehors de la sphère de la 
production capitaliste : elles ne produisent guère que 
des valeurs d'usage et ceux qui les cultivent en font 
l'accessoire d'une autre occupation, métier ou com- 
merce. 

Quant aux exploitations agricoles véritables, pro- 
duisant des valeurs d'échange et soumises, par consé- 
quent, à l'action de la concurrence, la diminution de 
leur nombre provient de l'accroissement des cultures 
parcellaires d'une part, et, d'autre part, de la réduction 
du domaine agricole. 

§ III. — Transformation des cultures. 

De 1880 à i8g5, l'accroissement des villes et le 
développement des moyens de transport qui les mettent 
en communication facile avec les pays d'outre-mer, ont 
produit des modifications profondes dans le régime des 
cultures : les céréales reculent, les cultures industrielles 
restent à peu près stationnaires et si les terres incultes 
deviennent de plus en plus rares, les bois, les parcs, les 
vergers, les pâturages occupent une étendue grandis- 
sante du domaine cultivé. 

1° Les céréales, qui occupaient 394,663 hectares en 
1880, sont tombées, en 1895, à 809,691 hectares. Cette 
réduction de plus de 100,000 hectai'es porte exclusive- 
ment sur les céréales qui servent de nourriture à 
l'homme : le froment et l'épeautre; celles, au contraire, 
que l'on emploie surtout pour l'alimentation du bétail, 



l3o ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

l'avoine et le seigle, sont restées à peu près station- 
naires. Depuis le dernier recensement on a établi des 
droits d'entrée sur les avoines ; aussi les emblavures 
d'avoine ont de beaucoup augmenté. 

2° Les plantes industrielles occupaient en i8g5, 
105,740 hectares contre 96,777 hectares en 1880. Cette 
légère augmentation provient de l'extension du tabac, 
de la chicorée et de la betterave, qui compense, et 
au-delà, le recul du lin, du chanvre, du houblon et du 
colza, détrôné par les huiles minérales. 

3° On cultive un peu moins de pommes de terre, un 
peu plus de racines fourragères. ?^Iais, outre les bois, 
qui ont gagné près de 100,000 hectares (aux dépens 
surtout des terres incultes), le changement essentiel qui 
s'est opéré depuis 1880, c'est la grande extension des 
vergers, des prairies fauchées et des prairies pâturées. 





1880 


1 8(|5 


\'ergers . . . . 
Prairies fauchées . 


37,947 hect. 
213.273 « 


47.500 hect. 
232.135 » 


Prairies pâturées . 


137.879 » 


1(55.257 » 



389.102 » 444-9^^ » 

En somme donc, la Belgique devient de plus en plus 
une terre d'élevage, une vaste fabrique de sucre, de 
beurre, de viande et d'autres produits animaux. Les 
cultures maraîchères s'étendent. Les laiteries coopéra- 
tives se multiplient sans cesse. Le « train du beurre » 
qui part tous les jours d'Arlon, ramasse sur son passage 
l'excédent de nos produits pour le transporter sur le 
marché de Londres. On vient de fonder à Bruges une 
important société, « Mercurius », pour l'exportation 
en Angleterre des porcs nourris avec le petit lait des 
laiteries du pays flamand. Aux environs de Tournay et 



LES VILLES TENTACULAIRES l3l 

■dans l'ancien comté de Looz (Limbourg), des villages 
•entiers s'adonnent à la production des fruits et trouvent 
■des débouchés dans les fabriques de confitures récem- 
ment établies en Belgique. Autour de Bruxelles, l'éle- 
vage des poulets, la culture, en serres ou en couches, 
des primeurs, des fraises, des raisins, des tomates se 
•développent de plus en plus. 

En un mot, l'agriculture tend à devenir une industrie 
■comme une autre. Si l'étendue du domaine, le nombre 
des travailleurs agricoles et celui des exploitations 
diminuent, sous l'influence des villes, la production 
augmente, la culture s'intensifie, le machinisme se déve- 
loppe, les associations rurales se multiplient, le cheptel 
et les capitaux incorporés au sol acquièrent une impor- 
tance et une valeur croissante. 

Or, ces trois phénomènes : réduction du nombre des 
•exploitations, diminution, tout au moins relative, du 
nombre des travailleurs, accroissement du capital con- 
stant par rapport au capital variable, se reproduisent, 
à des degrés divers dans toutes les industries qui pren- 
nent la forme capitaliste. 

Certes, nous ne prétendons pas assimiler l'évolution 
de l'agriculture à l'évolution industrielle proprement 
dite; ce serait une grave erreur de soutenir qu'elles 
obéissent aux mêmes lois, mais à notre avis, c'est tom- 
ber dans l'excès contraire que de méconnaître les analo- 
gies réelles et profondes que le développement capitaliste 
présente dans les diverses branches de la production. 



CHAPITRE V 
La concentration de la propriété foncière 

Un dernier point qui nous reste à examiner — avec 
l'intention d'y revenir dans une autre étude (i) — 
c'est l'influence exercée par les villes sur la répartition 
de la propriété foncière. 

Avec l'aide de quelques amis, nous avons entrepris 
à cet effet le dépouillement des quinze ou vingt mille 
volumes du cadastre — cet œuvre de géant conçue par 
un géant (Balzac) — qui dorment, poussiéreux, dans 
les bureaux des conservations provinciales. 

Connaissant par les statistiques officielles le nombre 
total des cotes foncières, nous avons relevé pour les 
2.600 communes du pays, les cotes foncières de 100 hect- 
ares et plus, en i8g8 et en 1834, époque de l'achève- 
ment du cadastre. 

Ces recherches pour les piovinces de Brabant et 
d'Anvers — dont les chefs-lieux sont les deux princi- 
pales villes de notre pays — aboutissent aux résultats 
suivants : il y a progrès de la grande propriété (cotes 
foncières de 100 h. et plus) dans les cantons qui subis- 
sent le plus directement l'influence de Bruxelles et 
d'Anvers; regrès au contraire dans les cantons où cette 
influence se fait moins sentir. 

L'explication de ce double mouvement nous ])araît 
devoir être recherchée dans l'action contradictoire des 
lois successorales, qui divisent et subdivisent constam- 

(i) Cette étude a paru sous le titre suivant : La Propiiétc foiuilrc en 
Belgique iPan^, Schleicher ujoi). 



LES VILLES TENTACULAIRES l33 

ment les propriétés et, d'autre part, des acquisitions qui 
les agglomèrent et les concentrent. 

L'action des lois successorales l'emporte, dans les 
régions écartées, où les spéculations sur la plus-value 
des terrains ne sont guère fructueuses et où, pour des 
motifs divers, les industriels ou les banquiers enrichis 
ne se soucient pas de bâtir des châteaux et d'acheter de 
vastes domaines. 

La concentration prend le dessus, au contraire, dans 
les cantons assez rapprochés de la capitale ou de la 
métropole, pour offrir aux gens riches des séjours 
agréables ou des placements avantageux. 

Et c'est ainsi que nous assistons à une évolution 
divergente de la propriété foncière : malgré les lois 
successorales de la Révolution française qui avait pour 
but de l'entamer, de la morceler, de la pulvériser, au 
profit de la démocratie paysanne, le bloc de la grande 
propriété reste intact, ou même grandit; à cause des lois 
successorales et des facteurs multiples qui agissent dans 
le même sens, la petite et surtout la très petite pro- 
priété, la propriété parcellaire, la propriété naine, gagne 
également du terrain. C'est donc la propriété moyenne, 
la propriété familiale, qui tend à se réduire par morcel- 
lement ou par absorption ; de telle sorte que nous mar- 
chons à grands pas vers un état de choses déjà réalisé 
dans beaucoup de régions: de larges domaines occupant 
la majeure partie du territoire, ou des propriétés minus- 
cules, se partageant le surplus. 

D'autre part — et c'est un signe évident de la main- 
mise des villes sur les campagnes — l'étendue du 
domaine agricole exploité en location, de la propriété 
capitaliste par conséquent, continue à s'accroître, 



l34 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

aux dépens de la propriété paysanne du faire-valoir 
direct. 

En 1880, 1. 270.512 h., soit 47,4 p. 100 du domaine 
agricole, étaient cultivés par des fermiers locataires; en 
1895, il }• en a I.320.358 h., soit 5o,6 p. 100, un peu 
plus que la moitié du domaine exploité. 

Mais il importe de remarquer, en outre, que les 
recensements agricoles rangent dans la catégorie du 
faire-valoir direct, non seulement les cultures ordinai- 
res, mais les terrains incultes et les propriétés boisées 
qui occupent à elles seules plus de Soo.ooo hectares. 

C'est ainsi qu'en pays forestier — • dans le Condroz et 
dans les Ardennes, par exemple — certaines communes 
nous apparaissent comme la terre d'élection du faire- 
valoir direct, alors que leur territoire presque tout entier 
appartient à' un seul châtelain, maître des bois et de la 
plaine. 

Si l'on tient compte seulement des cultures ordinai- 
res, les proportions se modifient complètement. 

En 1895, la proportion du faire-valoir direct n"est 
plus que de 3i.i I °lo contre 68.89 en location. 

Ainsi donc aujourd'hui, sur 100 hectares de cultures 
ordinaires, il y en a 3i qui sont cultivés par les proprié- 
taires eux-mêmes et 69 — plus des deux tiers — qui 
sont cultivés par des fermiers et appartiennent à des 
propriétaires capitalistes résidant pour la plu})art dans 
les villes. 

Parmi les facteurs qui contribuent à cette élimination 
de la propriété paysanne, il faut citer, dans ces derniers 
temps, les conversions successives des emprunts de 
l'Etat et des communes : à mesure que les fonds publics 
rapportent moins, les achats de terre se multiplient 



LES VILLES TENTACULAIRES l35 

surtout aux environs des villes, dans les régions où l'on 
projette des chemins de fer vicinaux, partout où les 
capitalistes peuvent raisonnablement espérer une plus- 
value prochaine. 

Depuis quelques années, en effet, grâce à la facilité 
croissante des communications, la valeur des terres 
augmente — comme terrains à bâtir ou propi'iétés 
d'agrément — à plusieurs lieues à l'entour des grands 
centres. Tandis que les campagnards affluent vers les 
villes, beaucoup de gens de condition modeste, commis, 
employés, fonctionnaires, refluent vers les campagnes, 
en quête de logements à meilleur marché. D'autre part, 
si les ouvriers ruraux sortent de leur village pour 
gagner des salaires plus forts, un certain nombre d'in- 
dustriels viennent s'y fixer pour pa3'er des salaires plus 
bas. Enfin, de plus en plus, les hommes des villes 
éprouvent le besoin de retourner à l'air libre, de 
reprendre contact avec la nature, de vivre, au moins 
une partie de l'année, de la vie des campagnes. 

Ce ne sont là jusqu'à présent que des faits exception- 
nels, limités à des groupes peu nombreux de la popu- 
lation ; la force centripète l'emporte de beaucoup sur la 
force centrifuge; mais le temps viendra peut-être, où 
des communications, toujours plus faciles, supprimant 
les distances, l'exode des villes vers les campagnes 
succédera à l'exode des campagnes vers les villes ; si 
bien que l'on pourrait, modifiant un mot célèbre, dire : 
un peu de civilisation éloigne de la vie rurale; beaucoup 
de civilisation y ramène. 

Ce serait la réalisation du rêve de Morris dans Xe?vs 
from NoKiIiere : Londres n'est plus que le rendez-vous 
des études, des plaisirs, des relations sociales. Saint- 



l36 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

Paul est en ruines ; le Parlement est transformé en dépôt 
d'engrais; le ciel n'est plus assombri par les fumées 
industrielles, la Tamise par les déjections d'une agglo- 
mération monstrueuse. Le plat pa3'S s'est couvert de 
cottages; on se rencontre dans les villes, mais on habite 
les campagnes. 

Seulement, les campagnes de Morris, et sans doute 
les campagnes de l'avenir, ne sont plus les campagnes 
du » bon vieux temps ». Ceux qui les habitent n'ont 
rien de commun avec les paysans de La Bruyère; ils 
ont passé par la ville, ils restent en contact permanent 
avec elle; ils conservent tous les avantages de la vie 
urbaine sans en garder les tares et les incon\énients. 

Mais avant cette période de décentralisation et pour 
qu'elle soit possible, la centralisation urbaine, malgré 
les souffrances, les misères, les maux de toute nature 
qu'elle engendre, nous apparaît indispensable. 

C'est dans les villes cjue s'élaborent les pensées, que 
se concentrent les forces révolutionnaires, que se pré- 
parent les transformations techniciues cjui créeront le 
monde nouveau. 

Il a fallu que les démocraties primitives se transfor- 
ment en monarchies absolues, les corporations égalitai- 
res en h'iists capitalistes, les économies naturelles en 
économies d'argent, pour que les formes de l'avenir, 
retours apparents aux formes primiti\'es, commencent 
à se dégager de la matrice sociale. 

De même les populations des campagnes, aux cer- 
veaux obscurs, aux conceptions étroites, aux horizons 
bornés, devront subir la discipline du capitalisme, 
l'étreinte des villes tentaculaires avant d'entrer dans la 
Cité socialiste. 



III 

LA COOPÉRATION RURALE EN BELGIQUE 



Dès les premières années du XIX*' siècle, au moment 
où triomphait l'individualisme bourgeois, supprimant 
les corporations urbaines, donnant le coup de mort 
aux formée archaïques de la communauté rurale, deux 
socialistes illustres, Chai les Fourier et Robert Owen, 
proclamaient la nécessité d'une organisation nouvelle 
du travail, et, dans des écrits que l'on ne saurait assez 
relire, élaboraient la théorie de deux t3'pes d'associa- 
tion, qui ont pris un développement prodigieux, depuis 
quelque vingt ans : je veux parler de la coopération 
agricole et de la coopération socialiste. 

Après bien des vicissitudes, en effet, bien des échecs 
et des déviations dans le sens du capitalisme, il semble 
que l'idée coopérative intégrale de R. Owen ait défini- 
tivement pris corps dans le Vooruit de Gand, et dans les 
coopératives socialistes qui se sont constituées sur son 
modèle. 

D'autre part, il ne serait pas difficile de montrer que 
la plupart des pensées maîtresses, formulées par Fourier, 
dans ses études sur V Association agricole, se réalisent, par- 
tiellement, fragmentairement, rudi mental rement, dans 
les innombrables syndicats et coopératives rurales qui 



l38 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

ont pris naissance, sous la pression de la crise écono- 
mique, dans tous les pa3's d'agriculture capitaliste. 

Certes, nous ne vo3^ons pas — faut-il dire : pas 
encore? — se constituer ces phalanstères de 1620 à 
1800 personnes, que l'auteur de l'Harmonie universelle 
proposait d'établir, par exemple, dans les environs de 
Lausanne, ou bien entre Poissy et Meulan, ou bien 
encore dans les pâturages, semés de bois, que la Senne 
parcourt entre Hal et Bruxelles (i). 

Mais, dès à présent, les coopératives danoises, les 
syndicats agricoles français, les Unions de Neuwied 
ou d'Offenbach, en Allemagne, les institutions créées 
par les Ligues de pa3^sans en Belgique, représentent 
fort bien les formes de transition, les « demi-associatioiis n 
qui, suivant l'expression fouriériste, « admettent le 
travail morcelé des familles, tout en établissant entre 
elles, des solidarités ou assurances coopératives, éten- 
dues à la masse entière ». (2) 

C'est ainsi, par exemple, que, depuis les pâturages de 
l'Irlande, jusqu'aux steppes de la Sibérie occidentale, 
l'antique baratte familiale fait place à la laiterie à 
vapeur, coopérativement exploitée; que, dans les pays 
pauvres, comme nos Ardennes, les engrais commer- 
ciaux, achetés en commun par les cultivateurs, ont 
miraculeusement étendu les champs de seigle et d'a- 
voine; que, dans les régions exportatrices, les produc- 
teurs de céréales, de légumes, de fruits ou de fleurs, 
s'efforcent de créer des comptoirs de vente ; que par- 
tout, enfin, les syndicats d'élevage, les mutualités d'as- 
surance contre la grêle, ou confie la mortalité du bétail, 

(1) Œuvres complètes de Charles Fourier, t. I\', p. 427. 

(2) Id., t. IV. p. 275. 



LA COOPÉRATION RURALE EN BELGIQUE iSq 

les sociétés d'aviculture ou d'apiculture, viennent com- 
pléter ce réseau d'institutions garanti stes ou coopératives. 

Mais nulle pail, peut être, ce développement de la 
coopération rurale n'a été aussi rapide qu'en Belgique. 

Nulle part, aussi, l'on ne saurait trouver un contraste 
plus net, une opposition de caractères plus tranchée, 
voire même un antagonisme plus actif, entre les deux 
formes dominantes de l'association coopérative : les 
sociétés ouvrières et les corporations agricoles. 

Ailleurs, en France ou en Allemagne, par exemple, 
les coopératives, tant ouvrières que pa3'sannes, restent, 
le plus souvent, sur le terrain des affaires, et se préva- 
lent d'une neutralité politique, apparente, ou réelle. 

En Belgique, au contraire — où les préoccupations 
de parti sont rarement étrangères aux œuvres sociales 
— il en est bien peu qui ne se rattachent pas, directe- 
ment ou indirectement, aux grandes organisations qui 
se disputent, avec apreté, la faveur populaire. 

Dans la domaine de la coopération ouvrière, c'est, 
incontestablement, le Parti ouvrier qui l'emporte, par le 
nombre des affiliés, la puissance des associations, la 
primauté des initiatives. 

Lorsque les Gantois fondèrent le Vooruit, en 1880, il 
y avait, en tout et pour tout, dans l'ensemble du pays, 
21 petites sociétés coopératives, banques populaires ou 
boutiques d'épiceries. Aujourd'hui, le Fédération des 
coopératives socialistes compte, à elle seule, 86000 mem- 
bres et 189 groupes, parmi lesquels plusieurs grandes 
sociétés de consommation, de 5ooo à i5ooo membres; 
et, si l'on trouve maintenant, dans les régions où la 
coopération socialiste a pris racine, des sociétés neutres, 
libérales, ou, le plus souvent, catholiques, c'est, près- 



140 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

que toujouvs, pour faire échec au socialisme qu'elles 
ont été créées ; c'est donc, en dernière analyse, au socia- 
lisme, que leurs membres sc^nt redevables des avanta- 
ges matériels qu'ils en tirent. 

Au surplus, la vitalité des ces associations — lors- 
qu'elles ne constituent pas des entreprises capitalistes, 
plus ou moins déguisées — est, en général, assez fai- 
ble : d'abord, parce que la masse des ouvriers est acquise 
au socialisme ; ensuite, parce que le développement des 
coopératives, dans les partis conservateurs, se heurte, 
naturellement, à des résistances considérables, de la 
part des petits commerçants, qui représentent une 
fraction notable de ces partis. 

Mais il en va tout autrement pour les associations 
rurales, et, si les coopératives de consommation sont 
la principale force du Parti ouvrier socialiste, les syn- 
dicats ou ligues agricoles, avec les institutions coopé- 
ratives, ou soi-disant telles, qui s'y rattachent, forment, 
depuis quelques années, l'organisation économique la 
plus puissante du Parti catholique. 

Dès l'instant où la propagande socialiste a menacé 
les campagnes, les conservateurs se sont mis à l'œuvre 
et, en moins de dix ans, grâce à la puissance que leur 
donne l'activité incessante d'vm clergé de combat, ils 
ont fait sortir de terre, plusieurs centaines d' « associa- 
tions d'intérêt agricole ». 

D'après le dernier Exposé statistique, publié par le 
gouvernement (i), il y avait en Belgique, au 3i décem- 
bre 1899, 638 Unions professionnelles libres de cultiva- 
teurs, avec un effectif total de 50475 membres ; 623 

(1) Exposé statistique de la situation des associations d'intérêt agri- 
cole pendant l'année i'Sq(). (Bruxelles, Havermans, kjdd.i 



LA COOPERATION RURALE EN BELGIQUE 141 

sociétés OU S3'ndicats, pour l'achat des engrais et autres 
matières auxiliaires de l'agriculture, avec 5o35y mem- 
bres; 229 sociétés coopératives de crédit agricole, dites 
Caisses Raiffeisen, avec 7817 membres cultivateurs et 
i838 non cultivateurs; enfin, 5og laiteries, avec 34205 
membres et 87382 vaches. 

Soit donc, plus de cinquante mille cultivateurs, groupés 
dans les Unions professionnelles du Parti catlwliqiie (i) 
auxquelles se relient, composées généralement des mêmes 
membres, presque toutes les Caisses Raiffeisen, la plupart 
des sociétés de vente ou d'achat, la majorité des laiteries 
coopératives ; et, pour faire face à cette imposante orga- 
nisation, qui ne connaît, à côté d'elle, qu'un nombre 
restreint de comices agricoles, ou d'associations neutres, 
le Parti ouvrier peut, à peine, mettre en ligne, une 
poignée de S3'ndicats socialistes, trois laiteries coopérati- 
ves, une société régionale pour l'achat des engrais et 
quelques sociétés coopératives rurales de consommation. 

Est-il besoin d'insister sur Teffrayante disproportion 
des forces en présence ? 

D'une part, quelques détachements d'avant-garde, 
avec une base d'opérations située dans les villes, à 
giande distance du champ de bataille. 

(1 ) S'il faut en croire, cependant, un journal spécial. Le Luxembour- 
geois, organe des Comices agricoles ardennais, les chiffres, fournis 
par la statistique otEcielle seraient considérablement exagérés : on 
peut y lire, en effet, en ce qui concerne la province de Luxembourg, 
que, dans le tableau officiel, la Ligue Luxembourgeoise figtire pour 
lOQ sociétés, avec 10M2 membres, tandis que d'autres documents 
constatent qu'à à la même époque 102 sociétés affiliées à cette ligue 
n'avaient que 4225 membres. — La province de Xamur, d'après le 
même journal, n'aurait que 2500 membres environ, au lieu de 6854. 
— On aurait, d'après Le Luxembourgeois, forcé les effectifs, pour obte- 
nir plus aisément la participation des associations libres à la repré- 
sentation officielle de l'asriculture. 



142 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

D'autre part, la base d'opérations placée dans les 
campagnes même, des ligues agricoles nombreuses,^ 
SOUS le haut commandement des prêtres et des seigneurs,! 
des bataillons fidèles de croyants, dont les désertions 
possibles, les défaillances éventuelles, sont prévenues 
par de réels avantages et par des liens de dépendance 
qui les rattachent, étroitement, à l'organisation dont ils 
font partie. 

Si formidable, cependant, que soit cette organisation,! 
ses ])romoteurs ne semblent pas avoir une confiance 
illimitée dans l'avenir. Le langage de beaucoup d'entre 
eux, fait songer paifois au docteur Faust, évoquant 
l'Esprit de la terre, déchaînant, sans le vouloir, la tem 
pète de l'action, dégageant des forces naturelles qu'il ne 
parvient plus à maîtriser. 

Ce n'est pas impunément, en effet, qu'à l'isolement 
du campagnard, livré, sans défense, à l'usurier, au 
marchand de bestiaux ou d'engrais, à la dévorante 
séquelle des intermédiaires, on substitue, dans une 
aussi faible mesure et avec autant de précautions que ce 
soit, l'action collective, la coordination des efforts, la 
solidarité des intérêts. On a beau mettre ces choses-là, 
sous la protection de Notre-Dame-des-champs, ou de 
.St-Isidore, patron des laboureurs, ce n'en est pas moins 
un germe révolutionnaire que, pour éviter un plus grand 
mal, les conservateurs se résignent à introduire dans les 
campagnes.- 

Nous allons voir, toutefois, que ces concessions au 
malheur des temps, presque toujours inspirées par la 
crainte du socialisme, sont beaucoup plus larges en. 
apparence, qu'en réalité. 



CHAPITRE I 



L'organisation catholique 



La matrice de toutes les œuvres catholiques rurales, 
c'est l'Union professionnelle, ou, pour employer l'ex- 
pression française, le Syndicat, destiné à l'étude et à la 
défense des intérêts agricoles. 

Nous avons vu qu'au 3i décembre 189g, il existait en 
Belgique, indépendamment de i55 Comices agricoles 
officiels — dernier refuge de la neutralité — 638 asso- 
ciations syndicales, se répartissant comme suit, entre 
les diverses provinces : 





NOMBRE 


NOMBRE 






PROVINCES 


DE 

SOCIÉTÉS 


DE 
ME.MBRES 


RECETTES 


DÉPENSES 


Anvers 


90 


7708 


13.908 


13.802 


Brabant 


104 


6901 


13-754 


12.674 


Flandre occidentale . 


37 


3697 


5.802 


5 - 209 


Flandre orientale . 


3« 


3681 


4.017 


3-996 


Hainaut 


50 


3311 


2-519 


2.705 


Liège 


90 


62,7 


5-998 


6.216 


Limbourg .... 


9« 


7705 


6-975 


6.818 


Luxembourg . . . 


10g 


10102 


9-9' 5 


9.820 


Namur 


(0 


"53 


I . 070 


910 


Totaux 


(-,38 


50475 


62.958 


62 . 1 80 


(1) Une ligue, divisée 


en sections 


locales. 







144 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

Presque toutes ces associations, dont le cercle d'action 
se limite, tantôt à un hameau, tantôt à une ou plu- 
sieurs communes, sont affiliées à un organisme central,, 
qui s'étend, soit à une province, soit au pays entier. 

La Fédération des ligues de la Flandre Occidentale 
porte le nom de Eigeiiaars en Landbouwersverbond van 
Brugge; celle de la Flandre Ovient'Ae, Landboiiwtrsveybond 
van Oostvlaandei'en; les sociétés locales du Hainaut sont 
groupées sous le titre de Fédération agricole du Hai- 
naut; celles de la province de Liège, sous la dénomi- 
nation de Corporation de Notre-Dame-des-Champs;; 
dans le Luxembourg, nous trouvons la Ligue agricole 
Luxembourgeoise; dans la province de Namur, le 
Syndicat agricole de Namur; enfin la Ligue des paysans. 
(Boerenbond), dont le siège est à Louvain, règne sans, 
partage dans les provinces d'Anvers, de Brabant, de 
Limbourg, et fédère en outre des groupements établis, 
dans certains localités des six autres provinces. 

Autant que l'on peut en juger, par les relevés statisti- 
ques de ces dernières années, le mouvement de consti- 
tution des syndicats agricoles tend à se ralentir : on 
n'en a créé que 35 en 1898 et 3i en 189g; mais le 
nombre deceuxqui réclament la personnification civile,, 
conformément à la loi du 3i Mars 1898, va toujours, 
augmentant : il était de 145, le i*"' Août 190c. 

Aux termes de la loi de 1898, les Unions profession- 
nelles ne peuvent faire des actes de commerce, ni 
exercer elles-mêmes une profession ou un métier; elles 
sont autorisées seulement à faire des « achats pour 
revente à leurs membres, de matières premières,, 
semences, engrais, bestiaux, machines et autres instru- 
ments, et, généralement, de tous objets propres à l'exer- 



LA COOPERATION RURALE EN BELGIQUE I-\.3 

cice de la profession ou du métier de ces membres ». 

Par conséquent, toutes les œuvres coopératives de 
crédit, de consommation ou de vente, restent en dehors 
de la sphère d'activité légale des Unions professionnel- 
les agricoles. Libres ou reconnues, la plupart d'entre 
elles se bornent à créer, parmi leurs membres, des sec- 
tions pour l'achat des engrais ou des matières alimen- 
raires du bétail. 

Seulement, les autres institutions qui existent dans le 
village dépendent, d'une manière plus ou moins directe, 
de la corporation initiale. 

Dans une même commune on rencontre souvent, 
cote à cote, un syndicat d'achat, une caisse Raiffeisen, 
une laiterie coopérative, un syndicat d'élevage, une 
mutualité d'assurance contre la mortalité des animaux 
de ferme, sans compter l'abondante floraison des sociétés 
apicoles ou avicoles; mais, dans la majorité des cas, ces 
créations sont dues à l'initiative des mêmes personnes; 
elles sont animées du même esprit, composées, pour la 
plus grande partie, des mêmes membres, et le plus vif 
désir de nos agrariens serait d'obtenir une revision de 
la loi sur les Unions professionnelles, qui leur permette 
de grouper toutes leurs œuvres en une seule personne 
civile, avec des sections distinctes, mais avec un avoir 
indivisible. 

Dès à présent, au surplus, l'unité des œuvres catho- 
hques rurales existe moralement, sinon matériellement 
et légalement. 

Quelle que soit leur forme juridique, ou la nature de 
leurs opérations, elles ont en commun ce double carac- 
tère d'être hiérarchiquement organisées et strictement 
confessionnelles. 



146 ES'^AIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

Dans le pays flamand, où règne encore la foi profonde, 
les associations agricoles se bornent à déclarer qu'elles 
sont ouvertes à tous ceux qui reconnaissent « la religion, 
la famille et la propriété, comme bases de la société » (i ). 

Dans la Wallonie, plus sceptique, on a recours, pour 
écarter les mécréants,. à des précautions plus minutieu- 
ses : obligation pour les membres de dire chaque jour 
un ave; réunion mensuelle à l'église; célébration de la 
fête de St. Isidore; salut, avec instruction, précédant, 
tous les trois ou six mois, l'assemblée syndicale; enfin, 
et surtout, participation active du clergé à la direction 
des œuvres rurales (2). 

C'est ainsi, par exemple, que nous lisons, dans une 
étude du D'' Jacques, sur les laiteries Luxembourgeoises: 

(( Nos laiteries sont des associations chrétiennes. Nos 
cui'és font partie de droit de leurs conseils d'administra- 
tion. Ils y exercent les fonctions délicates d'arbitres et 
d'aumôniers. Ils président à la fête religieuse qui réunit, 
une fois par an, tous les coopérateurs. Ils sont présents 
à toutes les réunions, et il ne se passe rien à leur 
insu. Ils se sont initiés aux progrès agricoles; ils 
discutent savamment d'engrais, d'assolement, de sélec- 
tion, d'apiculture, de crédit agricole, d'assurance, de 
mutualité » (3). 

Bref, le curé, ou son vicaire, est, en règle générale, 

(1) l.a monographie agricole de la région sablonneuse des Flandres, 
publiée par le Ministère de l'Agriculture (ujuo , s'exprime comme 
suit, à l'égard de ces associations : a La Ligue des cultivateurs (Laini- 
bouwersboud) compte un assez grand nombre de membres, auxquels 1 >n 
ne demande aucune cotisation. Les « syndicats ». surtout ceux qui 
s'occupent de l'achat des engrais, sont assez nombreux et prospères ». 

(2) V. l'article de M. \"arlez. Les associations rurales en Belgique. 
Musée social. Mai 1900, p. 142. 

(3) Revue Sociale Catholique, i"'' .Janvier i(SgS. 



LA COOPERATION RURALE EN BELGIQUE I47 

la cheville ouvrière des associations catholiques. C'est 
lui qui recrute les membres, qui fournit les statuts, qui 
réunit les capitaux, qui s'assure le concours des autorités 
sociales, des gros bonnets du terroir. Car, il importe 
d'insister sur ce point, les syndicats, les coopératives, 
les caisses Raiffeisen peuvent être créées pour les petits 
cultivateurs, mais, à de rares exceptions près, elles ne 
sont pas administrées />«>- les petits cultivateurs. 

Ce sont les bailleurs de fonds — gros propriétaires ou 
hommes politiques — qui conservent, presqu'invaria- 
blement, la haute main sur toutes ces entreprises. On 
fait appel aux petits comme aux grands, on s'efforce 
même, autant que possible, d'enrégimenter les ouvriers 
agricoles, mais, presque toujoui-s, on réduit au mini- 
mum le rôle des assemblées générales, on laisse les 
associés dans l'ignorance de la marche des affaires, on 
s'arrange de manière à donner tous les pouvoirs d'ad- 
ministration et de direction, soit aux pasteurs du trou- 
peau, soit aux généreux et charitables philantropes qui 
avancent de l'argent à gros intérêt, qui s'efforcent 
d'améliorer la condition des cultivateurs, pour mieux 
assurer le paiement de leurs fermages, ou qui compren- 
nent la nécessité, politique ou sociale, d'organiser les 
campagnards avec eux, de peur, qu'un jour, ils ne 
viennent à s'organiser contre eux. 

Pour s'en convaincre, il suffit de parcourir quelques, 
listes d'administrateurs d'associations rurales. 

(( Nous en avons pris deux au hasard — dit M. Variez, 
dans son intéressante étude sur les Associations rurales 
en Belgiqîi,e — et, sur 24 membres de la direction, nous 
y avons trouvé un sénateur, cinq députés, deux con- 
seillers provinciaux, deux bourgmestres, un notaire, un 



I^H ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGioUE 

propriétaire, un docteur en médecine, quatre curés et 
sept agriculteurs. Quant à la direction proprement dite, 
sur 9 membres, nous ne voyons figurer que 2 agricul- 
teurs, tous deux dans les fonctions un peu effacées de 
vice-présidents » (i). 

La seule composition de ces états-majors, nous en 
dit long, déjà, sur les tendances des œuvres qu'ils diri- 
gent. Quelle que soit l'apparence démocratique de leurs 
appellations, Timportance des avantages matériels 
qu'elles accordent à leurs membres, le nombre des 
petits cultivateurs, ou même d'ouvriers qui en font 
partie, les associations catholiques, placées à la fois sous 
la curatelle du clergé, et sous la dépendance économi- 
que des grands propriétaires, sont, bien plutôt, des 
instruments de règne pour les classes dirigeantes, que 
des moyens d'émancipation pour les classes sujettes. 

C'est, en un mot, la corporation chrétienne, dirigée 
par les maîtres, que l'on oppose à l'organisation socia- 
liste, dirigée par les travailleurs eux-mêmes. 

(i) Variez. 1. cit. p. 16S. 



CHAPITRE II 
L'organisation socialiste 

Tandis que les catholiques s'efforcent de réunir, dans 
les mêmes associations, toutes les catégories de la popu- 
lation des campagnes, les socialistes se placent, naturel- 
lement, sur le terrain de la lutte des classes, et s'attachent 
à créer des sj'ndicats ouvriers, ou à propager, dans les 
régions rurales, leurs institutions coopératives. 

En Belgique, comme en France, et, en général, sur 
le continent, les syndicats d'ouvriers agricoles sont 
excessivement clairsemés. Totalement inconnus dans les 
districts de petite culture, sporadiques et intermittents 
parmi les bûcherons des forêts Ardennaises, on ne les 
rencontre, comme institutions permanentes, que dans 
la région de grande culture capitaliste, qui s'étend à 
l'ouest de la province de Liège (Hesbaj'e). 

Ce sont les syndicats de Ligney-Darion(35 membres), 
Grand Axhe (35 m.), Boëlhe (25 m.), Rosoux (20 m.), 
HoUogne-sur-Geer (60 m.) Encore, les quatre premières 
de ces associations sont-elles plutôt des mutualités que 
de véritables unions professionnelles ; de plus, elles ren- 
ferment plusieurs catégories d'ouvriers, dont un grand 
nombre prennent le chemin de fer, tous les matins, pour 
aller travailler en ville. 

Il en est tout autrement du syndicat « la Gerbe », 
d'Hollogne s/Geer, qui fut fondé en 1898, sous la forme 
d'une mutualité, comptant 25 membres, et dont l'efïectil, 
plus que doublé depuis lors, se compose exclusivement 



l5o ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

d'ouvriers agricoles et d'ouvriers travaillant aux chemins 
vicinaux. Ces deux catégories de travailleurs se groupent 
en sections distinctes, pour la résistance; ils forment, 
tous ensemble, une section mutuelliste et une section 
d'étude; ilspossèdentunepetitebibliothèque,etlesjeunes 
ont organisé, en outre, une section dramatique, qui s'en 
va, de village en village, jouer des pièces à tendances 
socialistes. Le syndicat d'Hollogne, habilement dirigé 
par deux ouvriers de travaux, actuellement occupés dans 
une sucrerie, est en pleine prospérité; mais, sauf dans 
quelques régions, où le développement de la grande 
culture a eu pour conséquence de créer un prolétariat 
agricole, nettement distinct de la classe des paysans, ce 
serait s'exposer aux plus graves mécomptes que do 
compter outre mesure, sur la forme syndicale, pour 
répandre l'organisation socialiste dans les campagnes. 

C'est bien plutôt en s'appuyant sur les sociétés coo- 
pératives de consommation, solidement établies dans 
les villes, en étendant de plus en plus leur action, aux 
milieux agricoles, en créant des filiales dans les villages 
d'alentour, que le Parti ouvrier a chance de conquérir 
les travailleurs des champs. 

Aussi peut-on dire que le pivot du socialisme agraire, 
la base de tout son développement à venir, c'est la 
Fédération des coopératives, dont les i8g groupes affiliés se 
divisent en 23 sociétés de production et i66 coopératives 
de consommation (i). 

Parmi les sociétés de production, il en est trois qui 
mettent en œuvre des produits agricoles : ce sont, la 

(i) Beaucoup de coopératives socialistes, récemment formées, n'ont 
pas encore demandé leur affiliation à la Fédération des coopératives, qui 
n'existe, d'ailleurs, que depuis un an. 



LA COOPÉRATION RURALE EN BELGIQUE l5l 

laiterie d'Herfelingen, le Lion rouge d'Alost (tabacs), 
la coopérative le Soleil, de Zon (chicorée), installée à 
Zèle, en plein cœur des Flandres catholiques. 

Quant aux sociétés de consommation, elles ont, pour 
la plupart, leur siège dans les centres urbains ou 
industriels. Parmi ces dernières, il en est un certain 
nombre dont les camions parcourent les campagnes et 
portent du pain, trois ou quatre fois la semaine, à 
plusieurs lieues à Ja ronde. 

Telles sont, par exemple, la Persévérance, de Nivelles, 
la Maison du Peuple, de Dinant, la Sociale, de Lessines, 
la Maison du Peuple d'Auvelais. 

Un fait qui montre bien le caractère semi-rural de ces 
coopératives, et qui faillit, au début, leur jouer de très 
mauvais tours, c'est la brusque décroissance de la con- 
sommation du pain, vers la fin de juillet, ou au com- 
mencement d'août : pendant un temps plus ou moins 
considérable, en effet, les familles ouvrières, établies à 
la campagne, et qui cultivent, accessoirement, un lopin 
de terre, ne recourent plus à la boulangerie ; elles man- 
gent leur propre blé, cuisent elles-mêmes leur pain, 
pour ne revenir à la consommation coopérative, qu'après 
que leur provision est épuisée. 

A plus forte raison doit-il en être ainsi, dans les coo- 
pératives rurales proprement dites, qui commencent à 
se répandre, dans la Hesbaye, dans les Ardennes et 
dans les Flandres. 

Aussi, beaucoup d'entre elles ne vendent qu'accessoi- 
rement du pain, et fournissent surtout à leurs membres, 
des confections et aunages, des farines, des épiceries, 
du lard, du café, du pétrole, etc. 

Le type le plus caractéristique des coopératives socia- 



l52 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 



liste de la Hesbaye, est la Justice, fondée à Waremme, 
en 1898, et qui recrute une notable fraction de ses 
340 membres, dans les communes rurales environnantes. 
Son chiffre d'affaires, pour igoo, s'est élevé à 80,000 fr. 
Parmi les principaux articles vendus, il faut noter, avec 
les farines et les sons, le maïs — qui montre bien le 
caractère agricole de la clientèle — et le lard d'Amérique, 
que les petites gens de la campagne consomment, tandis 
qu'elles engraissent un ou plusieurs porcs pour la vente. 

A côté des coopératives, au sens propre du mot, on 
trouve assez souvent en Hesbaye, des « groupes écono- 
miques )), sans organisation stable, dont les membres 
vendent le soir, à tour de rôle, aux autres participants. 

Dans les Ardennes, où domine la petite propriété 
rurale, appu5'éc sur des communaux considérables 
encore, il existe une douzaine de coopératives socialistes, 
récemment formées, dans les régions influencées par les 
bassins industriels de Liège et des Ardennes Françaises. 

Nous résumons la situation actuelle de quelques unes 
de ces coopératives, dans le tableau suivant : 



NOM 


SIÈGE 


D^TE 

m-; 


p 




«S g 


H 
2 


X 
< 




SOCl A 1. 


I-CINDA rHlN 


Q 
y. 

p 


^ 


é 1 


> 


X 

o 



J.a Salm. 
la Prévoyance 
Ea Mutuelle 
E'Economie 
Le Progrès 
L'Economie 



Salm- Château 
Hautfays 
Châtillon 
Gérouville 

Mussy-la-Ville 
St- Hubert 





IK. 




FR. 


Mai iS()(") 


1 . 300 


28 


9- ' 25 


Avril iSy-y 


4. 1 00 


40 


52-514 


Dec. i(Sc)9 


4.500 


60 


— 


Août 1899 


3.000 


56 


— 


Février 1900 


3.000 


65 


— 


Mai 1900 


820 


70 






IR. 



1 30 à 1 60 

75 

50 

90 
()n à 1 00 



LA COOPÉRATION RURALE EN BELGIQUE l53 

Toutes ces petites associations, affiliées, ou devant 
s'afftlier incessament, à la Fédération des Coopératives, 
se composent de cultivateurs, de bûcherons, de sabo- 
tiers, et d'un certain nombre d'ouvriers industriels, qui 
travaillent dans les ardoisières de la Salm, dans les 
usines du Luxembourg belge, ou, de l'autre côté de la 
frontière, dans le bassin de Longw}'. A l'exception de 
la Salm, dont l'existence est assez languissante, elles ont 
été fondées sur le modèle de la Prévoyance d'Hautfays, 
village de huit cents habitants, exclusivement agricole, 
situé en pleins bois, sur les hauts plateaux qui dominent 
la vallée de la Semoys. 

Dans le courant de l'exercice 189Q-1900, la coopéra- 
tive d'Hautfays a réalisé un bénéfice net de Siyi fr. qui 
a été réparti de la manière suivante : 100 fr. à la presse 
socialiste, 200 fr. à la propagande anti-militariste, 5 0/0 
à la propagande dans la province de Luxembourg, et le 
surplus au fonds de réserve, pour bâtir un local. 

Ces résultats, obtenus grâce à l'énergie et à l'habileté 
du directeur de la Prévoyance, sont d'autant plus 
remarquables, que le développement des sociétés de 
consommation, dans les Ardennes, se heurte aux multi- 
ples obstacles provenant de l'éloignement des centres 
producteurs, de la rareté ou de l'absence des moyens de 
communication, de l'impossibilité de grouper plusieurs 
communes circonvoisines, à cause de la distance trop 
grande qui les sépare, de la difficulté de trouver, par 
suite de la pression du clergé, très puissant dans la 
région, des administrateurs capables, des actionnaires 
indépendants et résolus. Ce qui a permis de surmonter 
ces obstacles, c'est, d'une part, le taux excessif des 
bénéfices que réalisait le commerce local, et, d'autre 



l54 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

part, l'aide puissante que les coopératives ardennaises, 
]Mivées elles-mêmes des renseignements commerciaux 
nécessaires pour acheter à bonne source, trouvent dans 
la Maison du Peuple de Bruxelles, qui se charge d'ache- 
ter leurs farines, et dans la Fédération des coopératives, qui 
leur procure, à des conditions favorables, les autres 
marchandises dont elles ont besoin. 

Il en a été de même pour les coopératives fondées, 
tout récemment dans les Flandres : le Vooniit, de Gand, 
joue, vis-à-vis d'elles, le rôle que la INIaison du Peuple 
remplit, vis-à-vis des coopératives ardennaises. 

C'est en 1898, que pour la première fois, les socialis- 
tes flamands réussirent à fonder une société de consom- 
mation, le Soleil (de Zon), aj-ant son siège à Gand et sa 
clientèle à Zèle, gros village, mi-agricole, mi-industriel, 
situé dans la région la plus pauvre des Flandres. 

(( Résolution héroïque, — nous écrit un de ses fonda- 
teurs — , mais qui fut accueillie, à Gand, par un frater- 
nel éclat de rire. Ce rire nous fit jurer que l'on cuirait 
du pain à Zèle. Nous étions neuf, qui avions prêté ce 
serment, et nous avions pour capital — 1000 fr. C'était 
peu, mais le Vooruit avait une charette mise au rebut; 
un ami nous trouva un poney patriarcal, coûtant, harnais 
compris, loofr.; un autre nous procura, pour 20 fr., une 
charrette à bras, et un paysan, voulant se débarrasser de 
son chien vicieux, nous le céda pour 10 fr. Une solide 
couche de couleur verte dissimula, pour quelque temps, 
la vétusté du matériel, mais, quant aux animaux, hélas, 
impossible de les retaper! On nous envoya de Gand d x 
sacs de farine, avec un tonneau de corinthes.... ». 

Ce (( pain de corinthes ;» fut un des éléments de 
succès : les habitants de cette région sont tellement 



LA COOPÉRATION RURALE EN BELGIQUE l55 

pauvres qu'ils en achètent, pour ne pas devoir mettre 
du beurre sur la tartine de leurs enfants ! 

Aujourd'hui^ la coopérative deZon cuit, selon les pério- 
des, de 45oo à 7000 k. de pain par semaine, qu'elle vend 
à 20 cent, le kilo, avec un ristourne d'un demi-centime 
seulement : c'est avant la récolte du grain et des pommes 
de terre, que la consommation atteint son maximum. 
Les camions coopératifs font des tournées, dans un 
rayon de trois lieues. Depuis le jei janvier igoo, on a 
ouvert un magasin d'aunages, d'épiceries et de chaus- 
sures, fabriquées dans les ateliers de cordonnerie du 
Vooruit. Au mois d'octobre dernier, on a inauguré une 
Maison du peuple, avec salle de lecture, secrétariat, 
café, salle de fêtes, écurie spacieuse pour les chevaux. 

Bref, les résultats obtenus sont très satisfaisants. Des 
sections nouvelles ont été fondées, à Thielt, à Termonde 
età\Vetteren,oùron cuit 1200 kilos de pain par semaine 
et où le magasin d'épiceries a fait, le premier mois, pour 
1400 fr. d'affaires. D'autres groupes du même genre ne 
tarderont pas à être constitués. 

L'expérience semble donc démontrer que la coopé- 
rative de consommation, fondée et soutenue par l'or- 
ganisation des grandes villes, constitue le moyen de 
pénétration socialiste le plus efficace, dans les bourga- 
des et les communes rurales du plat pays. 

Certes, ces coopératives rurales ne se composentpas ex- 
clusivement de cultivateurs ; dans beaucoup d'entre elles, 
ces derniers ne forment qu'une minorité; le plus grand 
nombre des membres, tout en étant des campagnards, se 
consacrent à des travaux industriels; mais, l'organisation 
coopérative, une fois solidement implantée, peut sei'vir 
de base à des œuvres, d'un caractère nettement agricole. 



l56 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

Telles sont, par exemple, les laiteries coopératives 
d'Herfelingen, de Hautfays et de Gérouville, ainsi que 
la société coopérative d'achat « les Campagnards so- 
cialistes », de Grand-Leez (province de Namur). 

La laiterie de Goede Boter (Le bon Beurre), d'Herfe- 
lingen, fut installée en pays flamand, à 20 kilomètres 
de Bruxelles, dans le courant de i8g8. Le capital de 
fondation, 40000 fr. environ, fut avancé, presque tout 
entier, par la Alaison du Peuple de Bruxelles, qui 
achète le lait et la totalité du beurre provenant d'Her- 
felingen. Au début, cette société — la première œuvre 
purement agricole du Parti ouvrier belge — donna lieu 
à des mécomptes assez graves : la vente du lait ne 
réussit pas tout d'abord ; des laiteries rivales, dont le 
clergé provoqua la formation dans toutes les communes 
environnantes, s'efforcèrent d'attirer à elles les fermiers 
et de diminuer le nombre des vaches rouges ; l'exploita- 
tion fut arrêtée, pendant quelque temps, par le manque 
d'eau potable : il fallut creuser un puits artésien, pour 
remplacer l'ancien puits, qui s'était ensablé. Malgré 
tout cependant, la laiterie d'Herfelingen par\ùnt à 
triompher de ces multiples obstacles : les paysans lui 
sont restés fidèles, la quantité de lait mise en œuvre 
varie de 3ooo à 6000 litres par jour; le commerce du 
beurre, par la Maison du Peuple, s'est élevé, pendant 
le i^r semestre igoo, à 80141 fr.; le service du lait, 
réorganisé, se développe à son tour et commence à 
donner quelque bénéfice à la société bruxelloise (400 Ir. 
pour le i^r semestre 1900; 1700 fr. pour le 2* semestre). 

Si la laiterie d'Herfelingen a pour seul débouché la 
]\Iaison du Peuple de Bruxelles et ne suffît même pas à 
approvisionner celle-ci, les laiteries d' Hautfays et de 



LA COOPÉRATION RURALE EN BELGIQUE 1^7 

Gerouvillc (Ardennes), écoulent la plus grande partie de 
leurs beurres dans les coopératives de Charleroy et 
d'autres communes de la région industrielle. Fondées 
avec un très modeste capital (i3oo à 1400 fr.) ces petites 
laiteries locales, poui"vues seulement d'un outillage à 
bras, parviennent à lutter, dans des conditions avanta- 
geuses, contre les grandes laiteries régionales de 
St-Mard et de Carlsbourg. 

(( Les laiteries régionales — nous écrit le directeur 
d'Hautfays — rayonnent sur une vaste étendue de pays 
et ont, par conséquent, des frais de transport excessive- 
ment élevés. Les frais généraux sont énormes. Les 
administrateurs touchent de gros traitements. La 
moyenne du prix payé par kilo de lait, varie de 6, 7 à 
8 centimes. Xi le lait, ni la crème ne se transportent 
impunément; les produits, en été surtout, ne sont pas 
irréprochables; quant au petit lait, qui est un facteur 
important pour l'élevage des veaux et des porcs, il 
revient souvent aux cultivateurs, complètement inutili- 
sable. De plus, aucun coopérateur ne peut se rendre 
compte, par lui-même, de la gestion de ses intérêts; au 
bout de chaque semaine, le curé se borne à dire : « Il 
vous revient telle somme » , et cette insuffisance de ren- 
seignements met les cultivateurs en défiance. Tels sont 
les inconvénients, inhérents aux grandes coopératives 
régionales, qui nous ont permis d'entamer — très hum- 
blement — la lutte contre nos puissants adversaires. A 
Hautfays, nous avons eu à lutter contre la laiterie des 
petits-frères de Carlsbourg, et sommes parvenus à leur 
enlever, dans notre commune, les trois quarts de leur 
clientèle : alors que, chez eux, les coopérateurs ne tou- 
chaient que 6 à 7 centimes, par kilo de lait, nous avons 



l5S ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EK BELGIQUE 

pu leur en donner lo et 12. — L'autre essai, s'est fait 
à Gérouville contre la laiterie neutre de St-Mard-lez- 
Mrton ; le succès a été aussi probant et les résultats ont 
enchanté les coopérateurs. — J'ai la ferme conviction 
que ces petites laiteries coopératives locales sont appelées 
à un grand avenir dans le Luxembourg, et que ce sera, 
pour nous, un puissant moyen de pénétration ». 

Sans vouloir examiner, en ce moment, si cette pi'éfé- 
rence accordée aux laiteries locales est pleinement justi- 
fiée, tout au moins pour la région ardennaise, il est, en 
tous cas, certain que ces institutions, pour être prospères 
et conserver leur caractère initial, doivent rester intime- 
ment liées à l'organisation ouvrière en général, et, spé- 
cialement, à la Fédération des coopératives socialistes. 

A cette dernière se rattache également l'organisation 
nouvelle, « lesCampagviardssocialistes » , qui s'est constituée, 
à la frontière nord de la province de Namur, pour l'achat 
des engrais, semences, machines agricoles, denrées 
alimentaires et, le cas échéant, pour la vente et la 
manutention des produits du sol. 

Le siège social de cette coopérative, fondée en 
décembre igoo, se trouve à Grand-Leez, village de 
deux mille habitants, aux confins du plateau Hesbignon, 
sur les pentes qui s'abaissent vers la vallée de la Meuse. 
A part un certain nombre déjeunes gens, qui travaillent 
au dehors, grâce aux trains ouvriers, la population se 
compose,, à peu près exclusivement, de petits cultiva- 
teurs. Il n'y a guère qu'une grosse ferme, sur le territoire 
de la commune. Les exploitations inférieures à 10 ou 
i5 hectares, forment l'immense majorité. 

Depuis 1897, il existait à (irand-I^eez, une coopéra- 
tive de consommation, comptant une centaine de 



LA COOPÉRATION RURALE EN BELGIQUE I 5g 

membres, cultivateurs pour la plupart. Aussitôt que fut 
décidée la création d'une coopérative plus vaste, avec 
des sections dans les communes d'alentour, V Avenir, de 
Grand- Leez, décréta sa dissolution, pour apporter ses 
capitaux, sa clientèle, son expérience acquise, à la 
société nouvelle. Des à présent, « les Campagnards 
socialistes » sont au nombre de 3o2, ayant souscrit une 
ou plusieurs actions de dix francs (i). 

Chaque groupement qui se constitue dans une loca- 
lité, devient une section de la coopérative mère, qui 
centralise toutes les opérations d'achat en gros. Le 
magasin central, pour les tourteaux, les engrais chimi- 
ques, les machines agricoles est établi à Grand- Leez, 
dans un modeste local provisoire, qui sera remplacé, 
cette année même, par des installations définitives, 
embranchées au chemin de fer de Ramillies à Gem- 
bloux. Les magasins de vente, à Sauvenière, Lonzée, 
Liernu, Beauvechain, Tihange et Nalinnes, sont, dès à 
présent en activité. D'autres sections s'organisent à 
Meux, Haillot et Sombreffe. 

Le Conseil d'administration des « Campagnards socia- 
listes », se compose d'un délégué par section locale, et 
des trois directeurs de la société-mère : Debarsy, qui fut, 
dans sa jeunesse, valet de ferme, et qui rédige auj ourd'hui 
le journal agricole socialiste, le Labour eur ; ^Maurice 
Hambursin, qui occupe une ferme de 70 hectares, à 
une lieue de Grand-Leez; enfin, le signataire de ces 
lignes. L'ancien président de l'Avenir de Grand-Leez, 



1 1 I II existe, en outre, à Aische-en-Refail, commune V( )isine de Grand- 
Lee/, une société coopérative socialiste, comptant 65 membres, avec 
qui. jusqu'à présent, les pourparlers en vue d"nne fusion, n'ont pas 
ahfniti. 



l6o ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

Dalebioux, jardinier, qui avait fait preuve de qualités 
vraiment exceptionnelles, dans la gestion de sa modeste 
coopérative locale, a été choisi comme directeur gérant. 

Jusqu'à présent, l'organisation des « Campagnards 
socialistes » fonctionne seulement comme société d'achat 
et de consommation. 

Une des sections, toutefois, celle de Tihange-lez-Huy, 
— composée d'une trentaine de maraîchers — s'occupe, 
pour son compte, de la vente des semences potagères. 
Chacun des membres a souscrit, pour cette œuvre 
spéciale, une action de loo francs. L'écoulement des 
produits se fait, surtout, par petits sachets, contenant 
toutes les graines nécessaires à un jardin potager et, 
comme il existe dans la région industrielle, des milliers 
de travailleurs, cultivant accessoirement un carré de 
terre, pour leurs légumes, on peut espérer que les dépôts 
établis par les cultivateurs de Tihange, dans toutes les 
grandes coopératives socialistes, auront bientôt une 
nombreuse clientèle. 

Nous constatons donc, une fois de plus, que le 
succès des œuvres socialistes rurales, dépend, dans 
une large mesuie, de l'appui que leur donnent les 
coopératives industrielles. 

Ces dernières seules peuvent résoudre, d'une manière 
tout à fait satisfaisante, une des plus sérieuses difficultés 
que rencontre le développement de la coopérative 
socialiste, dans les régions agricoles où les échanges en 
nature jouent encore un rôle important. 

(( Lorsque nous demandons à un cultivateur de faire 
partie de notre société — nous disait le gérant de (îrand- 
Leez — il ne manque jamais de nous répondre : dans 
telle boutique, on me prend mon beurre ou mes œufs, 



LA COOPÉRATION RURALE EN BELGIQUE l6l 

en échange des denrées dont j'ai besoin. Ferez vous de 
même ? » 

Or, si la section de Grand- Leez, trouve assez facile- 
ment le mo3'en de vendre les œufs qu'on lui apporte, 
par l'intermédiaire d'un de ses membres, qui se livre à 
ce commerce, il est beaucoup plus malaisé de trouver le 
placement de beurre de qualité diverse, et, trop sou- 
vent, de mauvaise qualité, que les paysans préparent 
eux-mêmes, à l'ancienne mode. Impossible de le faire 
accepter par les grandes coopératives urbaines. Il faut 
donc, ou bien le refuser — ce qui crée de vifs mécon- 
tentements — ou bien se charger de le vendre, avec 
plus ou moins de difficultés, au marché de la ville 
voisine; mais cette situation se modifierait du tout au 
tout, si les « Campagnards socialistes » avaient une laiterie, 
produisant des beurres de qualité uniforme et de bonne 
qualité. Dès ce moment, les coopératives du pays de 
Liège et du Centre (Hainaut), leur fourniraient un 
débouché tellement large, que la production locale n'y 
suffirait pas. Aussi, parle-t-on de créer, à côté du 
magasin central, et, pour augmenter le chiffre des 
affaires de ce magasin, une petite laiterie à vapeur, avec 
des écrémeuses dans les villages circonvoisins. 

En résumé donc, à Grand-Leez, comme à Herfelin- 
gen, à Zèle comme à Hautfays, la coopération socialiste 
nous apparaît comme le prolongement de l'organisation 
coopérative des villes. 

C'est, avant tout, la coopérative de consommation, 
Vooruit ou Maison du Peuple, avançant des capitaux, 
fournissant des débouchés, faisant bénéficier les ruraux 
de son expérience des affaires, de ses facilités d'achat en 
gros, qui permet aux socialistes de prendre pied dans 



102 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

les campagnes; et, pour apprécier l'importance réelle 
des premiers résultats que nous venons de décrire, il ne 
faut pas seulement les juger en eux-mêmes, il faut tenir 
compte, en outre, de l'énorme effort qu'ils ont imposé 
aux adversaires du socialisme. 

M. Variez, qui s'exagère, d'ailleurs, la faiblesse et la 
dispersion des groupements socialistes, le constate, en 
ces termes, dans son étude, déjà citée, sur les Associations 
rurales en Belgique : 

« Les efforts tentés par les socialistes, ont déjà néces- 
sité la mise sur pied de guerre de toute l'armée conser- 
vatrice dans les campagnes. Il faut reconnaître que 
celle-ci est splendide, d'une ordonnance superbe, fidèle 
et bien disciplinée. 

« En face d'elle, il n'y a que quelques groupes assez 
misérables, n'ayant, semble-t-il, aucune attache pro- 
fonde dans ces campagnes auxquelles ils s'acrochent 
désespérément. Aucun chef, aucune discipline ne paraît 
les diriger. Toutes les tendances, toutes les aspirations 
du paysan vont vers la conservation et le calme : une 
longue hérédité fidèle les rattache à la défense de la 
propriété. Et, cependant, de toutes parts, on sent une 
inquiétude et une méfiance qui sont laites pour 
surprendre celui qui veut dénombrer les deux troupes )>. 



CHAPITRE HT 



Les résultats de la coopération rurale 



Les diverses formes de la coopération rurale, caisses 
Raifîeisen, ligues agricoles, laiteriescoopératives, qu'elles 
soient neutres ou confessionnelles, catholiques ou 
socialistes, contribuent largement à industrialiser l'agri- 
culture, à mettre à la disposition des petits paysans, 
une partie des avantages de la grande culture capita- 
liste, à répandre dans les campagnes, l'emploi des 
machines, l'usage des engrais artificiels, le recours aux 
méthodes les plus rationnelles. 

A ce point de vue, tout le monde se trouve d'accord 
pour reconnaître leurs services, et, malgré les appré- 
hensions qu'elles inspirent dans certains milieux, ces 
associations répondent à des nécessités si impérieuses 
que, nous l'avons vu, ce sont les conservateurs eux- 
mêmes, qui ont pris l'initiative de les créer. 

Dans un article de la Revue Sociale catholique sur 
le Socialisme agraire, M. Vlieberg, secrétaire du Boeren- 
bond, s'explique, à cet égard, de la manière suivante : 

« Les socialistes prétendent que l'industrialisation de 
l'agriculture rendra plus facile leur propagande à la 
campagne. C'est possible, mais cela ne peut pas 
nous arrêter. L'industrialisation de l'agriculture s'im- 



164 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

pose; c'est pour elle une question de vie ou de mort. 
D'ailleurs, nous ne sommes pas de ceux qui croient que 
le mouvement socialiste puisse être enragé par de 
seules mesures économiques; il faut, et avant tout, 
l'action morale. Le socialisme est plus qu'une question 
d'estomac. C'est pourquoi nous fondons des associa- 
tions agricoles chrétiennes » (i). 

Ainsi donc, on s'efforce de mettre le remède à côté 
du mal. On fait des concessions à l'esprit moderne, 
mais on essaie en même temps de raviver l'esprit 
ancien. On organise les campagnards, mais sous la 
tutelle de leurs chefs, spirituels ou temporels: et, l'on 
affirme que bientôt, il n'3' aura plus, en Belgique, un 
seul village de quelque importance, où la trinité coopé- 
rative classique du crédit, de la consommation et de la 
production, ne se manifeste pas sous la forme de trois 
personnes morales, distinctes — puisque la loi l'exige — 
mais étroitement unies : la caisse Raifïeisen, le s^-ndicat 
agricole et la société de vente ou de production. 

Nous avons montré que, dès à présent, une notable 
partie de ce programme se trouve réalisée; mais, s'il 
convient de ne pas déprécier les résultats de ce grand 
effort, il ne faut pas, non plus, les exagérer, et, surtout, 
il ne faut pas se méprendre sur le caractère réel des 
groupements qui, par une sorte de mimétisme social, 
empruntent aux organisations prolétariennes, les déno- 
minations démocratiques de syndicats, de ligues ou de 
coopératives: ce sont, presque toujours, des associations 
de possédants, petits, moyens, ou gros, et, — si l'on 
fait abstraction des sociétés de secours mutuels, qui ne 

{\] Revue sociah iiitholique. i'"';i\ril iqoo. 



LA COOPÉRATION RURALE EN BELGIQUE l65 

rentrent pas dans notre cadre — leurs avantages ne 
profitent pas, ou ne profitent guère au prolétariat des 
campagnes. 



§ I. — Les Caisses Raiffeisen 

Les institutions de crédit agricole existant en Bel- 
gique peuvent, si l'on néglige deux caisses Schulze- 
Delitsch, se ramener à deux types distincts : les comp- 
toirs agricoles, créés par la loi du i8 avril 1884, et les 
sociétés coopératives locales de crédit, du type Raiffeisen, 
à responsabilité solidaire et illimitée. 

Alors qu'on leur assignait pour but de venir en aide à 
la petite et à la moyenne culture, les comptoirs agrico- 
les, au nombre de neuf, font des opérations assez 
considérables, mais ne prêtent guère qu'aux grands 
cultivateurs. 

Quant aux caisses Raiffeisen, répandues principale- 
ment dans les régions de petite culture du Brabant et 
du Limbourg, elles étaient, le 3i -décembre 189g, au 
nombre de 22g, avec un effectif total de gSgS membres, 
dont 7817 cultivateurs : 



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LA COOPÉRATION RURALE EN BELGIQUE 167 

De même que les caisses rurales de don Cerutti, en 
Italie, et de l'Union des caisses rurales en France, ces 
associations ont été fondées sous l'influence directe des 
curés de village. 

« C'est une loi vérifiée par l'expérience — écrivait, en 
1897, le président de l'Union des Caisses rurales — 
que les caisses rurales à responsabilité illimitée ne 
peuvent guère être fondées sans le concours du clergé. 
Dans ces associations, les administrateurs disposent 
d'une signature sociale qui engage tout l'avoir des asso- 
ciés : les paysans, gens prudents, ne veulent donner un 
pouvoir aussi étendu qu'à des hommes dont ils sont 
bien sûrs. Or, les paysans qui se sentent assez habiles 
pour mettre en défaut la perspicacité de tous les pro- 
cureurs, ne se trouvent rassurés qu'autant que l'homme 
en qui ils mettent leur confiance croit à l'existence d'un 
juge plus sévère et plus perspicace que les tribunaux 
humains » (i). 

Vaille que vaille cette explication, partiellement con- 
tredite, d'ailleurs, par le succès des caisses rurales 
purement laïques, en Allemagne, en Italie et dans le 
département des Basses Alpes, il n'en est pas moins 
certain qu'en Belgique, toutes les coopératives du type 
Raiffeisen, dont la première fut fondée, en 1892, par 
M. l'abbé Mellaerts, ont un caractère nettement 
confessionnel. 

Si elles procurent à leurs membres, des avantages 
matériels, en leur donnant du crédit aux conditions 
usuelles .en régime capitaliste, ces avantages sont limités 
à ceux qui montrent patte blanche et compensés, dans 

(1) Cit. par Cori.iiT : Le mouvement syndical et coopératif dans ï Agri- 
culture française. Paris, .Masson,i8g8, p. III. 



l68 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

une large mesure, par une dépendance plus grande 
vis-à-vis du clergé et des autres « autorités sociales » du 
village. 

Certes, on ne fait, en apparence, aucune distinction 
entre le riche et le pauvre, mais, ainsi que le constate 
un des panégyristes du système (i), M. Wolff, il est 
toujours entendu que, dans le comité de direction, 
comme dans le conseil de surveillance, « les membres 
les plus riches (sans lesquels Raiffeisen n'aurait jamais 
formé une association) seront en majorité )). 

Jusqu'à présent, au surplus, il ne semble pas qu'en 
Belgique, ces institutions exercent une intluence consi- 
dérable sur la situation économique des campagnes. Au 
3i décembre i8gg. le montant des dépôts, et des capi- 
taux empruntés à la Caisse d'épargne (ces derniers peu 
considérables) s'élevaient, pour l'ensemble des caisses 
rurales, à fr. 4.086,168; le solde des prêts en cours, à 
fr. 1,589,694, dont moins d'un million aux membies 
cultivateurs. 

La somme des dépôts l'emporte donc, de beaucoup, 
sur la somme des emprunts et, dans ces conditions, 
d'aucuns se demandent si les sociétés locales de crédit 
répondent, exactement, au but qu'elles devraient avoir. 

Nous lisons, par exemple, dans Vlngénieur agricole, 
revue des anciens étudiants de l'Institut agricole de 
l'Etat, à (jembloux, (1°'' janvier 1900) : 

« Les sociétés Raiffeisen, ainsi comprises, sont bien 
plus des caisses d'épargne que des institutions de crédit, 
et, s'il faut se réjouir de les voir à même de consentir 
tous leurs prêts, sans devoir recourir à l'intervention de 

(i)V. ).l;roy-13eaulieu. Traité d'Economie politique. 11, p. bio. 



LA COOPÉRATION RURALE EN BELGIQUE î6g 

la Caisse générale d'épargne, il y a lieu de s'alarmer de 
ce véritable drainage des capitaux disponibles dans les 
campagnes. Leur action ne doit pas être isolée et exclu- 
sive; elles devraient enseigner aux cultivateurs que 
l'épargne peut être improductive ou reproductive. Dans 
la majorité des cas, ces cultivateurs feraient œuvre de 
sage économie en consacrant les modestes profits de 
chaque année, à améliorer leurs méthodes d'exploita- 
tion, plutôt que de confier ces bénéfices à la Caisse 
d'épargne, qui ne peut leur payer qu'un intérêt 
dérisoire. » 

Il est certain, en tout cas, que dans un pays qui 
compte 829,000 exploitations agricoles, l'affiliation de 
7,817 cultivateurs à des caisses locales de crédit, laisse 
posée, toute entière, la question du crédit agricole. 



§ 2. — Les sociétés d'achat 

Les sociétés ou syndicats constitués pour l'achat 
de semences, d'engrais commerciaux, de matières ali- 
mentaires pour le bétail et de machines agricoles, 
forment trois catégories bien distinctes : i» les sections 
d'achat de comices agricoles; 2° les sociétés coopérati- 
ves proprement dites, constituées conformément à la 
loi du 18 mai 1873 sur les sociétés commerciales; 3" les 
sections d'achat des Ligues agricoles. 

Le tableau suivant, que nous empruntons au (( Bulle- 
tin de l'agriculture » (igoo n° 5), et qui, d'ailleurs, paraît 
être incomplet, nous renseigne sur l'importance compa- 
rative de ces diverses institutions, au 3i décembre 1899 : 



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On voit que les sections des Ligues agricoles catho- 
liques, sont beaucoup plus nombreuses que les sections 
d'achat des Comices agricoles (neutres) et que les 
sociétés coopératives d'achat, dont les unes sont des 
entreprises purement commerciales, les autres des 
groupements confessionnels. 

D'autre part, il est à noter que, sur un chiffre d'af- 
faires de 12,969,414 fr., soit en mo3'enne 257 fr. 55 par 
membre, les achats d'engrais et de matières alimen- 
taires pour le bétail entrent, à eux seuls, pour plus de 
douze millions. Par contre, les achats de denrées non 
agricoles, et spécialement, les achats de charbons et 
d'épiceries, ne représentent qu'une fraction insignifiante 
du chiffre d'affaires global. Nul doute, cependant, que 
les cultivateurs enrégimentés dans les Boeretihoiideii, 
aient le même intérêt que les prolétaires agricoles ou 
industriels, à acheter en commun et en gros, les pétro- 
les, les savons, le sucre, le café, le vinaigre, le riz, voire 
même le lard et autres produits alimentaires dont ils ont 
besoin. M. Blondel, dans ses a Etudes sur les popula- 
tions rurales de l'Allemagne », fait, à cet égard, des 
remarques fort justes, qui trouvent parfaitement leur 
application à notre pays : 

« Le développement des sociétés rurales de con- 
sommation, dit-il, a notamment pour effet de réfré- 
ner la fâcheuse habitude qu'ont les cultivateurs de 
chercher à faire produire à leurs terres, tout ce 
dont ils peuvent avoir besoin... En Allemagne, encore 
plus qu'en France, le paysan veut obtenir de la 
terre tout ce qu'il consomme et n'avoir rien à 
débourser. Ainsi, que la nature s'y prête ou non, il 
lui faut du blé, pour lui, de l'orge, pour ses poules, de 



172 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

l'avoine pour ses chevaux, des pommes de terre, pour 
ses porcs... » (i). 

Eemarquons, toutefois, que ces habitudes tendent 
rapidement à disparaître, partout où les cultivateurs 
trouvent le moyen de se procurer, à meilleur compte, 
les choses nécessaires à leur consommation. M. de 
Rocquigny, dans son livre l'écent sur les Syndicats 
agricoles, constate que, dans nombre de cas, ils sont 
les premiers à réclamer, énergiquement, l'extension de 
l'activité syndicale à d'autres branches que l'achat des 
engrais et autres produits similaires. Mais, en règle 
générale, leurs efforts, dans cette direction, se heurtent 
à de vives résistances, de la part des chefs du mouve- 
ment agi arien. A l'origine même, beaucoup de ces 
derniers, soucieux de ménager la classe des commer- 
çants, se déclaraient hostiles à la coopération d'achat, 
sous n'importe quelle forme. 

En i8g5, par exemple, lorsque le Comité diocésain 
des œuvres sociales du Luxembourg, inaugurait la 
propagande en faveur des associations agricoles, dans 
cette province, il décidait « que la coopération, si 
féconde en heureux résultats, ne s'exercerait que dans 
les sociétés de crédit ou de production, laissant de côté 
les sociétés de consommation, dont l'invasion sèmerait 
l'inquiétude, et provoquerait l'hostilité de la bourgeoisie 
commerçante de nos villages » (2). 

Il fallut bientôt reconnaître, cependant, que cette 
limitation de la pratique coopérative était impossible; 
la Ligîie Luxembourgeoise dut s'entendre avec VEco- 

(1) Bloni)i;l. Etudes euv les populations rurales de V Allemagne, 
p. p. 222 et s. Paris, l.arose 1807. 

(2) Varlicz, 1. cit. p. i6;^. 



LA COOPÉRATION RURALE EN BELGIQUE lyS 

tiomie « société coopérative pour l'achat et la vente des 
engrais, des aliments pour le bétail, des machines agri- 
coles et des charbons », si bien qu'aujourd'hui, le 
Luxembourg est, de toutes les provinces du pays, celle 
qui compte le plus grand nombre de sociétés rurales 
pour l'achat et la consommation. 

Néanmoins, si les agrariens n'hésitent plus à s'atta- 
quer aux marchands d'engrais, et à protéger les culti- 
vateurs contre les hauts prix et les falsifications trop 
fréquentes dans cette branche du commerce, ils conti- 
nuent à manifester contre l'extension du principe 
coopératif à l'achat des épiceries, des farines, des 
aunages, du charbon, des méfiances qui existent éga- 
lement dans d'autres pays, et que M. de Rocquigny 
s'attache à justifier en ces termes : 

« 'Le Syndicat-épicier, comme on l'a nommé, c'est-à-dire 
le syndicat se transformant, plus ou moins, en magasin 
coopératif, dans le but de poursuivre quelques avanta- 
ges douteux, manque à sa mission et fait œuvre impoli- 
tique : créé pour être un instrument de paix sociale, il 
entre en concurrence avec le commerce local, et sème 
ainsi des ferments de division et de discorde. S'il se main- 
tient sur le terrain strictement professionnel, il est inat- 
taquable et ne peut susciter d'animosité rationnelle » (i). 

Mais, d'autre part, qui ne voit qu'en limitant son 
action de telle sorte, le syndicat agricole ne répond, 
que d'une manière incomplète, aux besoins des petits 
cultivateurs, et, c'est là, précisément, ce qui constitue 
le côté faible de l'organisation cléricale. 

Les chefs des Ligues agricoles se trouvent, en effet, 

(i) Les sytidicats agricoles efleur œuvre, p. 17.;. Paris. Colin 1900. 



174 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN" BELGIQUE 

placés entre les deux branches de ce dilemme : ou bien, 
donner satisfaction à leurs membres, tirer du principe 
coopératif toutes les conséquences qu'il comporte, s'en 
prendre à tous les intermédiaires inutiles, quels qu'ils 
soient, et, par conséquent, aggraver les mécontente- 
ments qui se manifestent déjà, dans la bourgeoisie 
commerçante des campagnes; ou bien, s'opposer à 
toute extension du coopératisme, limiter les achats à un 
petit nombre de produits, et, dans ce cas, laisser le 
champ libre aux socialistes, dont les coopératives de 
consommation, ra3'onnant autour de leur centre,, 
pénètrent, de plus en plus, dans la partie rurale du pays^ 
On voit que, dans l'une comme dans l'autre hypo- 
thèse, les intérêts conservateurs sont lésés et qu'en 
dernière analyse, le socialisme apparaît comme le iertius: 
gaiidens de ce conflit. 

§ 3. — Les sociétés coopératives de production 

ET DE vente. 

Malgré l'étiquette "coopérative, adoptée par un cer- 
tain nombre de distilleries, de brasseries rurales, voire 
même par deux fabriques de sucre, l'une dans le Tour- 
naisis, l'autre dans la province d'Anvers, on peut dire 
que, de toutes les industries agricoles, l'industrie 
laitière est la seule, où les associations coopératives 
pour la fabrication et la vente se soient réellement 
développées. 

Au 3i décembre i8gg, il y avait en Belgique, Sog 
laiteries coopératives, dont le Département de l'Agricul- 
ture indique la répartition géographique et résume les. 
opérations dans le tableau suivant : 



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176 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

Ces associations sont, en majorité, des œuvres de 
parti. Néanmoins, les laiteries « neutres n sont relative- 
ment nombreuses, et, dans les laiteries catholiques 
elles-mêmes, lecaractère commerciaU'emporte, fréquem- 
ment, sur le caractère confessionnel. 

Cette prédominance du point de vue mercantile 
résulte, d'ailleurs, de la force des choses. 

Pour qu'une laiterie coopérative fasse de bonnes 
affaires, il faut, notamment, qu'elle parvienne à grou- 
per un grand nombre d'assotiés et que, pour éviter les 
multiples inconvénients des transports à longues dis- 
tances, ces associés se concentrent dans un ra3^on assez, 
restreint. Or, dans les parties du pays où la population 
de chaque commune se divise, politiquement, en deux 
ou trois fractions antagonistes, les laiteries neutres, 
faisant appel à tout le monde, ont une avantage marqué 
sur les laiteries confessionnelles, et ces dernières ne 
peuvent réussir, qu'en n'exigeant pas de leurs membres,, 
des professions de foi trop rigoureuses. 

D'autre part — et ceci contribue encore plus à accen- 
tuer le côté corqmercial de ces entreprises — un grand 
nombre de laiteries, dites coopératives, ne sont, en 
réalité, coopératives que de nom. 

Certes, aussi longtemps qu'il s'agit d'une laiterie 
locale, avec un outillage à bras, comme on en rencon- 
tre beaucoup dans la Campine et les Ardennes, les cul- 
tivateurs peuvent, assez facilement, réunir le capital 
nécessaire, ou l'emprunter à une caisse Raiffeisen. Mais,, 
de plus en plus, il apparaît que les laiteries régionales, 
avec un outillage à vapeur, l'emportent, à tous les points 
de vue, sur les coopératives locales, à condition, bien 
entendu, que l'on installe des turbines, dans les diverses. 



LA COOPERATION RURALE EN BELGIQUE I77 

communes livrancières, afin d'éviter les inconvénients 
— signalés dans le Luxembourg — des transports à 
longues distances du lait et du petit lait. Seulement, la 
fondation de ces laiteries à vapeur — qui étaient au 
nombre de gS, à la fin de i8gg — exige un capital rela- 
tivement considérable : trente ou quarante mille francs, 
au bas mot. Aussi arrive-t-il fréquemment, pour ne pas 
dire presque toujours, que ce capital, au lieu d'être 
formé par les cultivateurs, est avancé par un ou plu- 
sieurs bailleurs de fonds, propriétaires ou gros fermiers, 
qui se réservent, en fait ou en dxoit, la haute main sur 
l'entreprise, et absorbent, sous forme d'intérêts, le plus 
clair des bénéfices. 

Alors même, d'ailleurs, qu'elles travaillent avec leur 
propre capital, ou que le capital de fondation se trouve 
complètement amorti, ce serait une illusion que de 
considérer les laiteries coopératives, comme des asso- 
ciations égalitaires et démocratiquenient administrées. 

Nous visitions, dernièrement, dans le nord de la 
I-'landre Occidentale, la plus ancienne, et l'une des plus 
florissantes de ces sociétés. Fondée en 1880, elle compte 
465 associés, appartenant à toutes les couches de la 
population rurale : on y trouve des ouvriers à une 
vache, de petits pa3'sans qui en possèdent deux ou trois, 
quelques gios fermiers qui en ont jusqu'à cinquante. Le 
capital, avancé par un des châtelains du village, pro- 
priétaire de trois cents hectares, est remboursé depuis 
longtemps; l'assemblée générale se compose de tous les 
coopérateurs ; c'est elle qui nomme le conseil d'admini- 
stration; il semble que l'on nage en pleine démocratie, 
et cependant, en fait, la dépendance des cultivateurs, 
vis-à-vis des maîtres dé- la terre, est si complète, si 



lyS ESSAIS SL'K LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

absolue, qu'aucun d'eux n'oserait élever la voix et user 
des droits que lui confère la lettre des statuts : c'est le 
fondateur qui dirige seul, fort habilement du reste, 
l'œuvre qu'il a créée. 

A plus foi'te raison en est-il de même, dans les pré- 
tendues coopératives qui travaillent, non pas avec leur 
propre capital, mais avec le capital d'autrui. 

C'est pour pratiquer ce dernier système, sur une 
échelle toujours plus large, qu'au mois de Mars 1900, 
un certain nombre de particuliers ont créé, sous le titre 
de Comptoir central des grandes laiteries Belges, une société 
anonyme, qui a pour but principal de constituer dans 
tout le pays, avec des capitaux avancés par elle, des 
sociétés d'exploitation que l'on décore, fallacieusement, 
du nom de sociétés coopératives. 

Bien que les fondateurs du Comptoir central soient 
gens très orthodoxes, défenseurs résolus de la Religion, 
de la Propriété et de la Famille, leur initiative a sou- 
levé de vertes critiques, dans les lignes affiliées au 
Boerenbond de Louvain. L'assemblée générale de ce 
dernier, vota, sur le champ, un ordre du jour hostile, 
dont nous cro\'ons intéressant de reproduire les consi- 
dérants essentiels : 

(( Attendu que les gildes agricoles, avec toutes les 
institutions qui peuvent être créées dans leur sein, sont, 
avant tout, des œuvres sociales ; que le comptoir central 
et les laiteries industrielles qu'il veut fonder, constituent 
des affaires purement financières, n'ayant aucun but 
social; que plusieurs de nos membres sont même per- 
suadés que le Comptoir central et son fonctionnement 
seront plutôtnuisibles au mouvement coopératif agricole. 



LA COOPERATION RURALE EN BELGIQUE I 79 

)) Attendu qu'il n'est pas difficile pour les cultivateurs 
de fonder eux-mêmes des laiteries; qu'il n'est même 
pas indispensable que ces cultivateurs fournissent tout 
le capital, puisque la plus grande partie des fonds néces- 
saires peut être empruntée à la caisse Raiffeisen. qui 
existe dans la commune, ou qui peut, sans difficulté, 
être instantanément constituée; 

)) Attendu que les laiteries peuvent, sans difficulté, 
fonder elles-mêmes des minques ou criées pour la vente 
du beurre ; 

» L'assemblée, unanime, décide d'engager les membres 
du Boerenbond, à ne pas s'entendre avec le Comptoir 
central des grandes laiteries belges et à ne pas fonder de 
laiteries industrielles dépendant de ce Comptoir » (i). 

Ces objurgations, au surplus, n'ont pas empêché le 
Comptoir de se développer, voire même de doubler son 
capital, et, dès à présent, on peut prévoir, qu'à la pre- 
mière crise, quantité de petites laiteries locales, tra- 
vaillant avec des capitaux insuffisants, sont condamnées 
à disparaître devant les grandes laiteries à vapeur, 
manifestement supérieures, au point de vue de l'outil- 
lage et de l'organisation commerciale. 

En résumé, sous la dénomination commune de syn- 
dicats et de coopératives, les groupes affiliés aux Ligues 
de paysans, se composent d'éléments et se fondent sur 
des principes absolument opposés à ceux des organisa- 
tions du Parti Ouvrier. 

Celles-ci se recrutent surtout dans le prolétariat ; 
celles-là dans le Tiers-état des campagnes. 

(i) I,e Paysan. Revue meiisnelli de la Ligue des paysans. .Mars ujoo. 



iSo ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

A la base des œuvres socialistes, nous trouvons la 
coopération de consommateurs, à la base des œuvres 
catholiques, la coopération de producteurs. 

Mais, au contact des réalités, ces différences essen- 
tielles subissent des atténuations inévitables : les S3aidi- 
cats agricoles se décident, malgré les répugnances de 
leurs chefs, à fonder des institutions coopératives; les 
coopératives de consommation, malgré les obstacles 
qu'elles rencontrent, parviennent à fonder des œuvres 
purement agricoles. 

D'autre part, comme la ligne de démarcation du 
prolétariat et de la bourgeoisie est bien loin d'être aussi 
nettement tranchée dans les villages que dans les villes, 
les syndicats de cultivateurs comprennent un assez 
grand nombre d'ouvriers, les sociétés coopératives 
ouvrières renferment un certain nombre de culti\ateurs. 

Un ouvrier de ferme, par exemple, ou bien un ouvrier 
industriel habitant la campagne, occupe presque toujours 
un lopin de terre et parfois même possède une vache : il 
a donc intérêt à faire partie d'une coopérative laitière ou 
d'une section pour l'achat des engrais et des semences. 

Un petit cultivateur, de son côté, n'est bien souvent 
qu'un prolétaire déguisé : il n'a donc aucune raison pour 
ne pas entrer dans une société coopérative ouvrière, qui 
lui procure, à meilleur compte, les marchandises dont 
il a besoin. 

C'est ainsi que les sphères d'influence des Ligues 
agricoles et des Coopératives socialistes se pénètrent 
réciproquement et que s'engage, entre les deux organi- 
sations rivales, une lutte de tous les instants, qui ne 
peut que contribuer, en définitive, à révolutionner, de 
fond en comble, l'agriculture du bon vieux temps. 



CHAPITRE IV 
L'avenir de la coopération rurale 

Si l'on est généralement d'accord pour reconnaître 
l'importance décisive de la coopération agricole, les 
observateurs se divisent, aussi bien parmi les conserva- 
teurs que parmi les socialistes, sur les conséquences 
sociales dernières de cette transformation. 

M. de Rocquigny, par exemple, considère les syndi- 
cats agricoles, avec les institutions coopératives qui en 
dépendent, « comme tendant à maintenir et à étendre la 
petite propriété, à consolider la famille rurale, à attacher 
les cultivateurs à la terre, en accroissant leur bien-être, à 
combattre la misère, à assurer des secours aux malades 
et la sécurité aux vieillards, à faire régner la concorde 
et la paix entre les possesseurs du sol et les travailleurs 
qui le cultivent » (i). 

D'autres, au contraire, comme M. Elle Coulet, dans 
son étude sur le Mouvement syndical et coopératif dans 
Vagriculturc française (2) prévoient que ce mouvement 
doit, tôt ou tard, aboutir à de redoutables monopoles, 
pour le plus grand profit des propriétaires fonciers. 

(( Nous nous sommes félicités, dit-il, que les consom- 
mateurs aient su, jusqu'à présent, résister aux séduc- 
tions des associations agricoles, étaient, ainsi, conservé 
leur indépendance vis-à-vis des producteurs, mais nous 

(i) Les syndicats agricoles et leur œuvre, p. 3g(S. 
(2) 1. cit., p. 190. 



l82 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EX BELGIQUE 

doutons qu'ils puissent échapper bien longtemps encore 
à la rapacité des agriculteurs; ceux-ci, en effet, ont 
travaillé incessamment à s'unir, à se fortifier, à devenir, 
par leurs S3'ndicats de producteurs, les maîtres tout 
puissants du marché national et le jour est proche où le 
résultat définitif de la politique agricole apparaîtra sous 
la forme d'un monopole de produits du sol national, 
pour le seul profit des propriétaires ruraux. 

Si les écrivains conservateurs diffèrent, à ce point, 
d'opinion, sur l'avenir du coopératisme agricole, les 
divergences ne sont guère moindres, du côté des écri- 
vains socialistes. 

Kautsky, par exemple, dans son livre sur la Question 
agraire, considère l'association coopérative rurale, 
comme une transition vers le capitalisme (i). 

Gatti, au contraire — pour ne prendre que les auteurs 
les plus récents — y voit plutôt une transition vers une 
sorte de collectivisme fédératif et spontané : 

(( Le capitalisme agricole, pour la grande culture, le 
coopératisme agricole, pour la petite et la moyenne cul- 
ture, représentent les conditions économiques indispen- 
sables, pour l'emploi de la technique agricole nouvelle. Le 
capitalisme sait donner une nouvelle vie diwvïewxlaiifiin- 
dium stérélisé; le coopératisme sait donner une nouvelle 
vie à la petite ou à la moyenne exploitation, livrées, 
jusqu'à présent, à la culture extensive, épuisante. Ainsi 
donc, tandis que le renouvellement de la technique indus- 
trielle n'a créé qu'un seul courant économique, le capi- 
talisme, la nouvelle technique agricole en a créé deux : 
le capitalisme agricole (grande exploitation agricole 

il) Die Agrarfyage S. i lô et s. (Stuttgart i.Soo.) 



LA COOPÉRATION RURALE EN BELGIQUE l83 

capitaliste) et le coopératisme agricole (petite culture 
agricole associée) » (i). 

Bref, la coopération rurale apparaît à notre auteur, 
comme un succédané du capitalisme, comme un moyen 
pour les cultivateurs d'arriver « par un procès inévita- 
blement lent de substitutions partielles, à un fédéralis- 
me économique qui prendrait la place de l'actuel indi- 
vidualisme économique bourgeois, tout en admettant, 
jusqu'à une époque indéterminée, l'existence de la 
propriété privée. » 

Il est à remarquer, en effet, qu'en supposant tous les 
cultivateurs d'une commune ou d'une région, associés 
pour le crédit, l'achat des matières premières et auxi- 
liaires, la vente du lait, des céréales, des légumes, et, 
en général, de tous les fruits du sol, la fabrication du 
pain, du sucre, de la bière, du vin, de l'eau-de-vie, du 
beurre, du fromage, cette socialisation libre — effectuée 
au seul profit des paysans, à l'exclusion du prolétariat 
rural — ■ laisserait complètement en dehors l'agricul- 
ture proprement dite : chaque propriétaire, ou chaque 
fermier continuerait à cultiver son champ, sans associer 
son exploitation à celle de ses voisins. 

Tout au plus peut-on dire, qu'une fois les habitudes 
d'association généralisées de la sorte, elles tendraient à 
s'appliquer également à la culture même ; et cela peut 
d'autant mieux se soutenir que l'exploitation fructueuse 
des industries agricoles exige une intervention crois- 
sante du personnel directeur de ces industries, dans le 
mode de culture des livranciers. 

C'est le cas, par exemple, pour les fabricants de 

(i) Agicoltiira e socialismo. p. ■{4(S et s. (Sandnm Milano 1900.) 



184 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

sucre, qui imposent fréquemment aux cultivateurs, des 
conditions très strictes, quant au choix des semences 
ou à la nature des engrais. 

Il n'est donc pas inconcevable qu'à un moment donné, 
des groupes de paj'sans-propriétaires, ayant appris à 
connaître les avantages de la coopération, par la pra- 
tique des associations actuelles, se décident à tenter 
l'expérience de la communauté complète ; mais hàtons- 
nous de l'ajouter, rien n'indique, jusqu'à présent, que 
la réalisation de cette hypothèse soit dans les probabi- 
lités de l'avenir. 

Nous ne connaissons pas, en effet, un seul exemple 
de communauté agricole, formée par l'association spon- 
tanée de cultivateurs autonomes, de propriétaires 
indépendants. 

Abstraction faite des survivances communistes de 
l'ancien régime, les seuls exemples actuels de collectivis- 
me rural sont, ou bien des congrégations religieuses, ou 
bien des colonies, constituées, soit par des prolétaires, 
soit par des expérimentateurs à tendances socialistes. 

Tels, notamment, les villages de la rivière Murray, 
fondés par des groupes d'ouvriers sans travail de Port 
Adélaïde, avec le concours financier du gouvernement 
de l'Australie méridionale ; la colonie d'Ostia, créée par 
l'association des braccianti de Ravenne, pour la mise en 
culture des terres incultes et abandonnées de la campagne 
romaine; l'association agricole (Siedelungs-genossen- 
schaft), constituée d'aprèsle système proposé par Oppen- 
heim, à Pischin, dans les environs de Kônigsberg; la 
colonie Tolstoïenne de l'ancien pasteur Kielstra à Bla- 
ricum (Hollande); la colonie de Van Eede à Bussum, 
près d'Amsterdam ; les communautés agraires du 



LA COOPÉRATION' RURALE EN BELGIQUE l85 

Norfolk, et surtout les colonies socialistes de l'Amérique 
du Nord, décrites jadis par Nordhoff. 

Dans tous ces divers cas, l'association culturale ne 
constitue donc pas la mise en commun de propriétés 
individuelles préexistantes, mais la création, sur des 
terres incultes, ou achetées en bloc, d'une propriété 
commune. Si intéressantes, par conséquent, que soient 
ces expériences, elles ne prouvent rien quant à l'abou- 
tissement final de la poussée coopérative qui s'est pro- 
duite, depuis quelques années, dans les campagnes. 

Et, même dans les limites où se renferme ce mouve- 
ment, dans la sphère du crédit et de l'achat-vente, nous 
sommes bien loin de la socialisation intégrale, rêvée ou 
prédite par certains. 

L'organisation rudimentaire et patriarcale des Caisses 
Raiffeisen, à supposer qu'elles prospèrent et se multi- 
plient, ne peut certes pas être considérée comme une 
solution des problèmes qui soulève l'organisation sociale 
de crédit agricole. 

En admettant que les coopératives d'achat prennent 
une extension qui dépasse les espérances les plus opti- 
mistes, cette expropriation des marchands d'engrais ne 
modifierait pas bien profondément, les conditions 
économiques de la culture. 

Quant aux coopératives de vente et de transformation 
des produits du sol, elles pourraient, incontestablement, 
exercer une influence considérable sur l'organisation 
future de l'industrie et de l'échange; malheureusement, 
ce sont précisément celles dont la création se heurte aux 
plus grandes difficultés et qui l'emportent, le plus malai- 
sément, dans la lutte pour l'existence avec les entreprises 
capitalistes. 



l86 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

Si l'on s'en tient à l'expérience présente, il semble 
que l'industrie laitière soit, de toutes les industries 
agricoles, la seule qui se prête mieux à l'association 
plus ou moins coopérative, qu'à l'exploitation purement 
capitaliste; et cela, pour un motif qui ne fait pas préci- 
sément honneur à la moralité commerciale des popula- 
tions campagnardes : en règle générale, les paysans se 
font un devoir de baptiser leur lait, quand ils fournissent 
à des laiteries industrielles; ils ne se décident à livrer 
du lait pur, que s'ils participent aux bénéfices de la 
vente du beurre. C'est là un avantage si considérable, 
pour les laiteries coopératives, qu'il détermine leur 
victoire, aussi bien dans nos communes flamandes que 
dans les villages lointains de la Sibérie de l'Ouest. 

En Flandre, il n'y a guère de laiteries exclusivement 
capitalistes, n'admettant aucune participation des culti- 
vateurs aux bénéfices, sauf aux abords de la frontière 
hollandaise, où l'on met en œuvre des crèmes venant 
de Hollande, et qui échappent, sous cette forme, aux 
droits d'entrée sur le beurre. 

Dans la Sibérie de l'Ouest, qui, depuis quelques 
années, grâce au Transsibérien, exporte beaucoup de 
beurre vers les grandes villes de la Russie, les laiteries 
centrales disparaissent, de plus en plus, devant les 
laiteries coopératives. 

Dans une publication de la Société impériale de 
Moscou, destinée à l'Exposition de Paris (1900), 
M. Pakhomoiï constate que, dans les laiteries indus- 
trielles, les fournisseurs « livrent un lait malpropre, 
additionné d'eau, quelquefois écrémé; souvent, ils 
réunissent plusieurs traits ensemble, afin de les porter, 
à la fois, à la laiterie. Il est impossible à l'entrepreneur 



LA COOPÉRATION RURALE EN BELGIQUE 187 

d"être sévère au contrôle, parce que, dans ce cas-là, le 
fournisseur saisira la première occasion de porter son 
lait ailleurs. Donc, il doit se résigner à traiter un lait 
défectueux... Aussi, tous ceux qui désirent du bien à 
l'industrie laitière, travaillent à la transformation des 
laiteries centrales en laiteries coopératives ». 

Les mêmes causes produisant, ailleurs, les mêmes 
effets, il est donc assez facilement explicable que la 
coopération rurale — réduite, le plus souvent à une 
certaine participation aux bénéfices — ait pris un grand 
développement dans les deux branches de l'industrie 
laitière : fabrication du beurre et fabrication du 
fromage. 

Par contre, dans les autres industries agricoles, 
les associations coopératives de production ou de 
vente, n'ont eu. jusqu'ici, que des succès locaux et 
exceptionnels. 

Tout au plus peut-on citer, à Tactif de la coopération 
rurale, les boucheries coopératives du Danemark ; les 
400 ou 5oo boulangeries ou sociétés de panification, 
décrites par ]\I. de Rocquigny. dans le région des Cha- 
rentes, du Poitou et de la Vendée; les syndicats pro- 
vençaux pour la préparation des câpres; les associations 
pour la vente des légumes et des fruits, tels les citrons 
de Sospel, les fraises de Bretagne, les raisins forcés du 
Brabant; quelques embryons de sociétés pour la vente 
des céréales, en Allemagne; et, surtout dans les régions 
viticoles, les VVinzervereine des vallées de l'Ahr et du 
Rhin, les sociétés vinicoles de la Suisse Romande, les 
Kellereigenosseuschaften de la Trans3'lvanie ou du T}-r()l 
autrichien, les cantine sociali italiennes, ou bien encore, 
la coopérative de petits vignerons de Damery (Marne), 



l88 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

« qui vend actuellement, environ 100,000 bouteilles de 
mousseux par an ; c'est le seul résultat de la vaste entre- 
prise à caractère socialiste qu'un tout jeune homme, 
M. R. Lamarre, tenta en i8go, pour coaliser les vingt 
cinq mille vignerons de la Champagne, contre les 
grands fabricants de vins mousseux » (i). 

Quelle que soit la valeur d'avenir de ces expériences, 
elles n'ont, il faut bien le reconnaître, qu'une portée 
bien restreinte, au regard de l'importance des entrepri- 
ses capitalistes, dans les mêmes branches de la produc- 
tion et de l'échange. Toutes les difficultés, déjà si 
grandes, que rencontre l'association productive dans 
l'industrie en général, sont portées au maximum dans 
les industries qui se rattachent à l'agriculture. 

Le personnel de direction, pour de grandes entreprises, 
est à peu près impossible à trouver parmi les cam- 
pagnards eux-mêmes, et, d'autre part, ils se résignent 
difficilement à payer des traitements rémunérateurs à 
leurs chefs de fabrication. 

La question des débouchés, cette pierre d'achoppe- 
ment de la coopération productive, est d'autant plus 
difficile à résoudre que, trop souvent, les cultivateurs 
ne livrent pas régulièrement, des prodiiits de qualité 
uniforme, et considèrent leurs associations, comme le 
moyen d'écouler des marchandises de qualité infé- 
rieure, rebutées par les commerçants, leurs acheteurs 
ordinaires. 

Enfin, les coopératives réelles, c'est-à-dire les asso- 
ciations égalitaires de petits producteurs, mettant en 
commun leurs capitaux, pour exploiter sur une plus 

(ij Biîuc.E'i'. La coopération eu viticulture, Paris njno. 



I.A COOPÉRATION RURALE EN BELGIQUE 189 

grande échelle, se limitent forcément aux entreprises 
qui n'exigent pas un capital trop considérable. 

On peut, à la rigueur, — et ceux qui ont mis la main à 
la pâte, savent au prix de quels efforts, — trouver les 
trente ou quarante mille francs, nécessaires pour fonder 
une laiterie, mais, à moins de circonstances tout à fait 
exceptionnelles, il est radicalement impOvSsible de 
réunir, en groupant de petits cultivateurs, les 7 ou 
800,000 francs, qui sont le minimum indispensable 
pour fonder une sucrerie. 

Aussi, les fabriques de sucre, les moulins à vapeur, 
les syndicats-entrepositaires pour la vente des blés, qui 
empruntent l'étiquette ou la forme juridique des coopé- 
ratives, sont-ils, en règle générale, des entreprises capi- 
talistes, dans lesquelles des gros fermiers, des proprié- 
taires de grands domaines, voire même des bailleurs des 
fonds étrangers à l'agriculture, possèdent la plus grande 
part d'intérêts. 

Récemment encore, un ingénieur agricole, bien 
placé pour être au courant de ce genre d'affaires, nous 
disait que les deux « sucreries coopératives » qui exis- 
tent en Belgique, excitent plus de mécontentements, 
et provoquent plus de plaintes, de la part deslivranciers, 
que n'importe quelle fabrique de sucre, ouvertement 
capitaliste. 

Mais, l'exemple le plus caiactéristique de ces coopéra- 
tives fictives, nous est fourni par les distilleries agricoles, 
fondées en Belgique, à la suite du vote de la loi sur les 
distilleries du i5 mars i8g6. 

En faisant voter cette loi, qui accorde aux distilleries 
agricoles, coopératives et non rectiiicatrices, une modé- 
ration de droits de i5 °/o, le gouvernement se flattait de 



iqO ESSAIS SUR LA gi'ESTIOK AGRAIRE EN BELGIQUE 

favoriser la coopération rurale, de multiplier, sur toute 
rétendue du plat pays, — réservant la rectification des 
alcools aux distilleries urbaines — des fabriques coopé- 
ratives de flegmes, fournissant aux cultivateurs, des 
résidus à bon marché. 

A peine la loi était-elle en vigueur, que le Moniteur 
enregistra, presque chaque semaine, les statuts de dis- 
tilleries coopératives. Seulement, il fallut bientôt se 
convaincre, que ces distilleries, à une ou deux excep- 
tions près, avaient été fondées par des agriculteurs en 
chambre, souvent même par des distillateurs industriels, 
désireux de mettre à profit l'énorme avantage fiscal que 
le gouvernement accordait aux coopératives. 

C'est ce que constatait, dans les termes suivants, un 
journal spécial, la Distillerie agricole (n° du 21 mai 1898) : 

« Nous nous trouvons devant un genre de coopéra- 
tive que Ton a pris l'habitude de nommer, depuis 
quelque temps, une fausse coopérative, et qui n'est, 
après tout, qu'une distillerie agricole appartenant à une 
particulier, le bailleur de fonds, et dont les coopérateurs 
sont les clients forcés pour l'achat des drèches, et jouis- 
sant, enfin, du privilège de produire, avec modération 
de droits, douze hectolitres par jour, pendant toute 
l'année, au lieu de quatre, qui forment le maxim.im que 
peut produire le distillateur agricole isolé. Notons qu'un 
même bailleur de fonds peut fort bien monter, de cette 
façon, trois, quatre, cinq distilleries, et produire ainsi 
une quantité de flegmes, qui en font un véritable distil- 
lateur industriel, tout en jouissant de la réduction 
d'im])ôt de i5 p. c. 

En présence de tels abus, le gouvernement se vit 
dans l'obligation de réagir : une loi nouvelle, votée en 



LA COOPÉRATION RURALE EN BELGIQUE IQI 

mars 189g, réduisit, sans les supprimer toutefois, des 
avantages fiscaux accordés aux prétendus distilleries 
coopératives, mais ces dernières n'en subsistent pas 
moins, au grand dam des distillateurs urbains, et pour 
l'édification de ceux qui seraient trop aisément enclins 
à voir, dans les progrès de la coopération rurale, uu 
acheminement vers le collectivisme (i). 

Certes, nous sommes loin de prétendre que toutes 
les associations productives de cultivateurs ressemblent, 
plus ou moins, à celles dont nous venons de parler. Il 
en est, incontestablement, qui, par le mode de forma- 
tion de leur capital, aussi bien que par la condition 
sociale de leurs adhérents, se rapprochent sensiblement 
des coopératives d'artisans, que nous rencontrons dans 
l'industrie. 

Néanmoins, entre ces deux types d'associations, il 
existe une différence essentielle, que l'on a, maintes 
fois, mise en lumière, et qu'il importe de ne jamais 
perdre de vue, lorsqu'on se risque à tirer l'horoscope 
de la coopération rurale. 

Dans les sociétés d'artisans, ce sont les associés eux- 
mêmes, ou une partie des associés, qui sont occupés 
par l'atelier de production. Tout au moins en est-il ainsi, 
à l'origine; car, malheureusement, toute l'histoire de la 
coopération démontre que, dans l'immense majorité des 
cas où l'entreprise prospère, ce caractère primitif tend 
à disparaître, pour faire place à l'exploitation capitaliste 
d'auxiliaires salariés. 

Mais, dans les sociétés de cultivateurs, ce (]^ui n'est. 



(1 ! De nouveaux projets de loi. récemment exposés, tendent, soit 
au monopole de lEtat, soit à l'expropriation, avec indemnité, des 
distillateurs agricoles. 



IQ2 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

ailleurs, qu'une simple tendance, constitue générale- 
ment, le caractère fondamental de Tentreprise : dès 
rinstant où cette dernière a quelque importance, les 
pa3-sans, absorbés par d'autres travaux, se bornent à 
fournir les matières premières et font travailler, pour 
leur compte, un personnel de salariés. 

Les ouvriers d'une laiterie, par exemple, d'une fabri- 
que coopérative de conserves, d'une société vinicole, 
ne sont presque jamais membres de l'association qui les 
emploie. 

Seules, les associations locales, de minime importance, 
font parfois exception a cette règle générale. 

Ainsi, par exemple, dans les laiteries coopératives du 
district d'Agordo (Vénétie), décrites par M. Mabilleau, 
<( le fromager ou gérant est ordinairement seul rétribué, 
tandis que la main d'œuvre nécessaire à l'exploitation et 
le travail intellectuel sont fournis par les sociétaires 
eux-mêmes, selon leurs aptitudes, et à raison du nombre 
de leurs vaches » (i). 

Dans les S3ndicats provençaux, qui se livrent à la 
préparation et à la vente collective des câpres, notam- 
ment à Roquevaire (Bouches du Rhône), le criblage 
des câpres est exécuté à la main, à l'aide de toiles mé- 
caniques, par des ouvrières qui sont, ordinaiiement, 
des femmes ou des filles de membres du syndicat. 
Pendant environ six mois, il y a une vingtaine de 
femmes employées à ce travail, au siège social (2). 

11 en est de même pour la fabrication des conserves 
d"abricots, organisée également par le sN'ndicat de 

(1) Mabtlleau. La prévoyance sociale en Italie, p. 2(16. Paris, 
Colin iSqS. 

(2) Di.'RocQt iGNV. 1. cit. p. 204, 21 >6. 



LA COOPÉRATION RURALE EN BELGIQUE ig3 

Roquevaire : au fort de la saison, 200 femmes, jeunes 
filles ou enfants, appartenant, presque tous, aux familles 
des membres, sont occupés au dénoyautage et touchent, 
dans l'espace d'un mois, plus de dix mille francs de 
salaires. 

Mais c'est surtout en viticulture, et notamment dans 
les Winzervereine de la vallée de l'Ahr, composés exclu- 
sivement de petits propriétaires, que les cultivateurs 
associés participent, dans une mesure assez large, à la 
manutention de leurs produits : 

(( A ]\Ia3'schoss, dit M. A. Berget (i), le personnel 
subalterne se compose d'un maître de chai, de 2 tonne- 
liers et de 2 manœuvres. Dans la saison de la fabrica- 
tion, la Société emploie jusqu'à 3o personnes par jour. 
Comme c'est le temps de la morte saison, pour les 
travaux agricoles, on recourt surtout aux sociétaires 
pauvres, de sorte que, selon l'heureuse expression de 
]\I. Josten, la bienfaisance de l'association est non seu- 
lement dans une meilleure mise en valeur des produits 
communs, mais surtout en ce que les individus ne sont 
pas abandonnés et dépendants d'éléments extérieurs, 
mais qu'ils savent que leurs confrères sont à leurs côtés, 
en cas de nécessité » . 

Ces quelques exemples, dont nous avons eu soin de 
marquer le caractère exceptionnel, n'ont évidemment pas 
une portée décisive. Ils prouvent, seulement, qu'il faut 
se garder de généralisations trop absolues ; que, dans 
certains cas, les coopératives rurales, comme les coopé- 
ratives industrielles, peuvent réellement associer le 
capital et le travail ; mais il n'en reste pas moins vrai 

(ij Bercet, 1. cit. p. 10. 



194 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

que la tendance des sociétés coopératives de production 
à dévier dans le sens du capitalisme est beaucoup plus 
forte encore dans l'agriculture que dans l'industrie. 

Aussi avons-nous la conviction que, dans la plupar^ 
des cas, les comptoirs de vente, les syndicats, les. 
sociétés coopératives de production, qui se multiplient 
actuellement dans les campagnes, continueront à végéter, 
sous des formes rudimentaires, ou bien, à mesure qu'ils 
prendront de l'importance, accentueront, de plus en 
plus, leur caractère capitaliste. 

C'est à eux, avant tout, que s'applique la formule 
célèbre de Proudhon : « des associations dont on peut 
dire toujours que leurs membres, n'étant associés que 
pour eux-mêmes, sont associés contre tout le monde ». 

Ils nous acheminent certes vers le socialisme, mais 
de la même manière que les sociétés anonymes, 
les cartels, les trusts, c'est-à-dire en passant par le 
capitalisme. 

Pour qu'il en fût autrement, il faudrait que les 
associations rurales de production ou de vente, fussent 
rattachées, par des liens solides, à de vastes collectivités 
de consommateurs. C'est le cas, par exemple, pour les 
laiteries socialistes, qui trouvent leur débouché dans les 
grandes sociétés coopératives de consommation ; mais, 
ici encore, les perspectives d'avenir nous semblent assez 
limitées, et le véritable moyen de donner aux cultiva- 
teurs les débouchés qu'ils réclament, tout en les déli- 
vrant de la domination capitaliste qui pèse sur eux, 
nous parait être la socialisation des principales indus- 
tries agricoles, par un acte de la volonté collective, et 
non par la problématique victoire de la coopération sur 
le capitalisme. 



APPENDICE 

Progrès réalisés par la coopération rurale, pendant 
l'année 1900 

Nous empruntons les données ci-après à V Exposé sta- 
tistique de la situation des associations d'intérêt agricole pendant 
Vannée içoo, publié par le Ministère de l'Agriculture de 
Belgique, postérieurement à la publication de notre 
étude sur la coopération rurale. 

A. UNIONS PROFESSIONNELLES AGRICOLES 

lo Comices agricoles 

En igoo, les i56 comices comprenaient 28,1 33 mem- 
bres, soit 180 membres par comice. 

Au 3i décembre 1899, il y avait i55 comices et les 
membres de ces associations étaient au nombre de 
27,402, soit en moyenne 177 par comice. 

Les comices de chaque province sont groupés en une 
fédération qui porte le nom de Société provinciale 
d'agriculture. 



196 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQl^E 



PROVINCES 


NOMBRE 
DE 

COMICES 


NOMBRE 

DE 
MEMBRES 


Montant 
des recettes 
(y compris les 
subsides et 
rexcédent de 
l'année anté- 
rieure). 


MONTANT 

DES 
DÉPENSES 


Anvers 

Brabant 

Flandre occidentale . 
Flandre orientale . . 

Hainaut 

Liège 

Limbourg .... 
Luxembourg . . . 
Namur 


'9 

20 

13 

28 

•3 
.4 

13 
19 

17 


3.104 
3.240 
2.874 
4.302 
1 .650 
3.920 

1-379 
5-445 
2.219 


3^-115 
40 . 850 

33-467 
39.401 
20. 1 10 
89.027 

20 . 1 1 2 
70.624 
40.530 


26.240 
22. 1 10 
31.215 
30.440 

14-057 
60 . 851 ) 
11.115 
58.226 
20.175 


Totaux . . . 


•56 


28.133 


386.236 


274.428 



2° Lignes agricoles 

Au 3i décembre 1900, il existait 626 ligues agricoles 
locales, dont i32 avaient adopté la forme d'union pro- 
fessionnelle. Ces626 ligues comptaient 45,059 membres, 
dont 7,372 étaient affiliés aux unions reconnues. 

Ces chiffres se décomposent, par province, de la 
manière suivante : 



APPENDICE 



197 



PROVINCES 



Ligues reconnues comme 
unions professionnelles 



Nombre 
de ligues 



Nombre 



Ligues non reconnues 



Nombre 



de meini)res ; de lieues 



Nombre 
de membres 



Anvers . 
Brabant . 
Flandre occidentale 
Flandre orientale 
Hainaut . 
Liège 

Limbourg . 
1 Aixembourg . 
Namur . 

Totaux 



14 
2G 

14 

18 

9 
44 



270 

977 
2.205 

997 
697 

17 

54« 

1 .629 



81 
95 
'3 
24 

70 

1 1 1 

60 

18 



5-819 
5 200 

> • 55 1 
2-5'4 
3.569 

5 •340 
5 • -"^'9 
7-340 
1-145 



132 



7-372 



494 



37.687 



La coopération et la mutualité sont le domaine 
propre des ligues agricoles. 

Dès que l'association professionnelle connue sous le 
nom de Boerengilde, syndicat paroissial ou union agri- 
cole est fondée, ses premiers efforts visent à la création 
d'une section pour l'achat en commun de matières pre- 
mières, qui s'entend souvent avec d'autres associations 
locales pour le groupement des commandes. Cette 
combinaison a donné lieu à la création des sociétés cen- 
trales d'achat organisées avecl'aidedes comités fédéraux 
des ligues, et qui, grâce à l'importance de leurs opéra- 
tions, peuvent traiter avec les producteurs et garantir la 
valeur des matières vendues au moyen d'analyses 
effectuées à prix réduit. 



ig8 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

Le Comptoir central, des sections d'achat des ligues 
affiliées au Boerenbond de Louvain, est constitué en 
société anonyme au capital de 217,000 francs. Des 
liens intimes attachent cet organisme à la fédération 
des ligues agricoles. Plusieurs administrateurs de celle-ci 
participent à la gestion de la société anonyme. Le 
Comptoir ne vend qu'aux sections d'achat de ligues du 
Boerenbond, et ses actions de capital et de jouissance 
sont placées de telle manière que les ligues profitent de 
la plus grande partie de ses bénéfices. 

Les comptoirs d'achat créés par les autres fédérations 
provinciales de ligues sont indépendantes de ces fédé- 
rations. Ils sont constitués en coopérative et traitent 
aussi bien avec les tiers qu'avec les sections locales. 
Celles-ci forment, néanmoins, leur principale clientèle 
et obtiennent par conséquent la part la plus considé- 
rable des bénéfices que les comptoirs répartissent 
annuellement entre leurs clients au piorata des achats 
de chacun d'eux. 

Le Boerenbond de Louvain, la Fédération agricole du 
Hainant et la Ligue luxembourgeoise ont annexé à leurs 
comptoirs d'achat une section s'occupant de l'acquisition 
de machines agricoles et d'ustensiles de laiterie perfec- 
tionnés. Ces fédéralions ont fourni à plusieurs ligues 
locales le moyen de se procurer à des conditions favo- 
rables un outillage qu'elles mettent à la disposition des 
membres moyennant une légère redevance. La valeur 
des machines agricoles possédées au 3x décembre 1900 
par les ligues reconnues s'élevait à 52,204 francs. Les 
dites fédérations ont également monté, à l'intervention 
de leurs sections spéciales, plusieurs laiteries. Elles 
étudient, en ce moment, l'organisation d'une inspection 



APPENDICE 199 

de ces sociétés, qui auiait pour but de contrôler leur 
comptabilité, de rappeler aux directeurs les obligations 
légales des coopératives et de les tenir au courant des 
progrès de l'industrie laitière. 

Le crédit agricole organisé d'après les principes de 
Raiffeisen est essentiellement l'œuvre des ligues agri- 
coles et de leurs comités centraux. 

Au commencement de 1894, il n'existait que quatre 
sociétés de crédit agricole; actuellement on compte 
265 sociétés locales rattachées à six caisses centrales 
qui ont été organisées respectivement par le Boerenhond 
de Louvain, la Corporation agricole de N.-D. des Champs 
de la province de Liège, la Fédération agricole du HainaiU, la 
Ligue luxembourgeoise, le Eigenaars en Landbouwersbond van 
Brugge et le Syndicat agricole de la province de Namur. 

Les opérations des institutions de crédit agricole en 
igoo sont renseignées plus loin. 

L'activité des ligues agricoles et de leurs comités 
centraux a également porté sur l'assurance des risques 
agricoles. 

Nombreuses sont les mutualités d'assurance du bétail 
créées au cours des dernières années à la suite de la pro- 
pagande entreprise par les conférenciers de ces comités 
dans des milieux préparés à cette fin par les ligues 
locales. 

Afin de rafiermir les mutualités locales, les comités 
centraux ont provoqué leur groupement en des fédéra- 
tions de réassurance. 

Deux fédérations de l'espèce, celle de Louvain et celle 
du Limbourg, à Hasselt, ont été organisées par les 
soins du Boerenbond de Louvain. Les caisses de réas- 
surance de la Flandie orientale, du Hainaut, de la 



200 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

province de Liège et du Luxembourg groupent les 
mutualités locales créées par les associations profession- 
nelles de ces provinces. 

B. — Sociétés ou syndicats constitués pour l'achat 

DE SEMENCES d'eNGRAIS COMMERCIAUX, DE MATIÈRES 
ALIMENTAIRES POUR LE BÉTAIL ET DE MACHINES 
AGRICOLES. 

Les chiffres repris au tableau ci-après se rapportent 
aux syndicats agricoles proprement dits, c'est-à-dire à 
ceux qui sont constitués en coopérative conformément 
à la loi du i8 mai 1873 sur les sociétés commerciales^ 
ainsi qu'aux sections d'achat des comices et des ligues 
agricoles. 

En 1899, ^^^ ^23 sociétés d'achat comptaient 5o,357 
membres. En 1900, elles sont au nombre de ySi, et 
comptent 5i,g7g membres. Le montant des achats 
effectués en 1900 s'élève à 11,192,393 francs, soit, en 
moyenne, à 2i5 fr. 32 c. par membre. 

Le chiffre d'affaires des sociétés d'achat s'élevait, en 
1899, à 12 millions 969,41/} francs, ce qui représente une 
moyenne de fr. 257.55 par membre. 

La diminution du montant des achats en 1900 com- 
parativement à l'année 1899 doit être attribuée à la 
transformation du syndicat agricole de Jodoigne en 
société anonyme ; par suite de ce changement, le chiffre 
d'affaires de ce syndicat, qui, en 189g, s'est élevé à plus 
d'un million de francs, n'a pas et*' compris dans la 
présente statistique. 



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202 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

C. — Sociétés ou syndicats pour la vente du lait, 

LA FABRICATION OU LA VENTE DU BEURRE ET DU FRO- 
MAGE. (Laiteries coopératives.) (i) 

La coopération laitière a pris un nouveau développe- 
ment en 1900, comme le démontrent les renseigne- 
ments chiffrés publiés à la page suivante. Quatre-vingt- 
cinq laiteries coopératives ont été constituées dans le 
courant de cette année. Leur nombre est ainsi porté à 
394, de 309 qu'il était en 1899. 

Le nom.bre des laiteries en activité s'est élevé de 298, 
en 1899, à 356, en 1900, et le chiffre des coopérateurs 
des laiteries en activité a été porté de 34,2o5 à 40,706. 

La mo^^enne des membres par société était de 11 5 en 
1899 et de 1 14 en 1900. 

La moyenne des vaches possédées par coopérateur 
n'atteint pas trois tètes (2.71), ce qui prouve que ce sont 
surtout les petits cultivateurs qui recourent à ce mode 
do coopération. 

Les produits vendus par les laiteries coopératives 
sont évalués, pour 1900, à 20,772,920 francs, représen- 
tant une moj^enne de 58,35i francs par société et de 
5 10 francs par membre. 

En 1899, la valeur des produits vendus a atteint la 
somme de 17,772,345 francs, soit une moyenne de 
59,639 francs par société et de 5i9 francs par membre. 

I). — Sociétés de cri^dit agricole. 

Les institutions de crédit agricole existant en Belgi- 
que peuvent se ramener à deux t}pes distincts : les 
comptons ai^iicoles, créés à la suite de la loi du 18 avril 



(1) Voir tableau paije 203. 















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204 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE 

1884, et les sociétés coopératives locales de crédit à responsa- 
bilité solidaire et illimitée. 

Les comptoirs agricoles ne se sont guère propagés. 
En effet, depuis 1884, dix comptoirs seulement ont été 
créés, à savoir : à Genappe et à Thuin, en i885; à 
Vielsalm, en 1886; à Gourt-Saint-Etienne, en i88g; à 
Gembloux, Namur et Lens, en 1897; à Florennes, La 
Hulpe et Louvain, en i8g8. 

Les institutions appartenant au second type sont les 
caisses organisées d'après les principes de Raifïeisen mis 
en concordance avec la loi belge du 18 mai 1873, sur 
les sociétés commerciales. 

Afin de favoriser le fonctionnement de ces associations, 
la loi du 21 juin 1894 ^ autorisé la Gaisse générale 
d'épargne et de retraite à prêter une partie de ses fonds 
disponibles à ces sociétés. Les prêts sont cautionnés 
])ar une société centrale à responsabilité limitée, qui 
remplit à la fois le rôle des « Gaisses centrales » et celui 
des « Unions des caisses centrales » existant en Alle- 
magne : recueillir les excédents d'encaisse des sociétés 
locales, et consentir des prêts provisoires à celles qui man- 
quent exceptionnellement de fonds, d'une part; surveil- 
ler les opérations des organismes locaux, d'autre part. 

A la fin de 1900, il existait six caisses centrales : celle 
de Louvain, fondée en 1895; celle de Liège, instituée 
en 1896; celles d'Enghien, Arlon et Bruges, fondées dans 
le courant de 1897, et celle d'Ermeton-sur-Biert, dont 
la création date de i8g8. Ges deux dernières n'avaient 
pas encore fait d'opérations au 3i décembre deinier. 

Parmi les banques populaires instituées d'après les 
principes de Schulze-IJelitzch, il en est deux, celles de 
Goé-Limbourg et d'Argentcau, (]ui peuvent être consi- 



APPENDICE 



2o5 



déiées comme institutions de crédit agricole, la majeure 
partie de leurs prêts étant consentis à des cultivateurs. 
Les opérations de ces banques sont consignées dans le 
tableau n" 2 ci-après. La Banque populaire agricole qui 
a fonctionné pendant plusieurs années à Statte-Huy a 
cessé ses opérations au commencement de 1898. 

1° Comptoirs agricoles. 



SIEGES DES COMPTOIRS 



Prêts consentis en 1900 

à 

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353 
164 



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,700 

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,605 



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2^ Sociétés coopératives de crédit agricole instituées d'après 
principes de Schulze-Delitzch. 



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SS^BDOI S3SSIE? SPJ 

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jipajD ap sa.inaaaAno^p a.iquio|vi 



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TABLE DES MATIÈRES 



Pages 
Indications Biblioc.rai-hkiues 6 

Introdlction ... 8 



I 



La Petite Propriété Rurale 

Chapitre I. — La petite et la grande propriété 18 

Chapitre II. — La Répartition du sol en Belgique 31 

§ 1. — Le nombre des propriétaires 31 

§ 2. — La décadence delà Propriété paysanne .... 3g 
Chapitre III. — Les mesures législatives en faveur de la petite pro- 
priété rurale 47 

§ 1 . — Les mesures fiscales 50 

§ 2. — Le Crédit foncier 1^4 

§3. — Les lois successorales 62 

§ 4. — Les Socialistes et la Propriété familiale .... 67 

Chapitre I\'. — La Révolution Agricole 74 

Chapitre V. — Résumé et Conclusions C)4 



II 



Les Villes Tentaculaires 

Considérations générales 

Chaphre I. — L'âge d'or des Propriétaires fonciers 
(Chapitre II. — La Révolution industrielle dans les cani 
Chapitre III. — La Réduction du nombre des agricoles . 



TABLE DES MATIÈRES 

Chapitre IV. — La transformation capitaliste des cultures. . . 127 

§ I . — Réduction du domaine cultivé 127 

§ 2. — Diminution du nombre des exploitations indépen- 
dantes 127 

§3. — Transformation des cultures 12g 

Chapitre V. — La Concejitration de la Propriété foncière . . . 132 



III 



La Coopération Rurale en Belgique 

("ONSinÉRATlONS GENERALES X'^J 

("hapitre I. — ■ L'organisation Catholique 143 

(Chapitre II. — L'organisation Socialiste 148 

Chapitre III. — Les Résultats de la Coopération Rurale . . . 164 

§ I. — Les Caisses Raiffeisen 165 

§ 2. — Les Sociétés d'Achat it3g 

§ 3. — Les Sociétés Coopératives de Production et de vente 174 

Chapitre IV. — L'Avenir de la Coopération rurale 181 

APPENDICE 

Progrès réalisés par la coopération rlrai.e en igoo . . . iq5 

Table des Matières 209 



GAND, SOCIETE COOPERATIVE « VOLKSDRL KKERI.I », RLE HAUTPORT, 2Q 



LE MOUVEMENT SOCIALISTE 



Table générale des Matières 



Le 



Mouvement Socialiste 

Revue bi-mensuelle internationale 



TABLE GENERALE DES MATIERES 

des 
QUATRE PREMIÈRES ANNÉES 



1899-1902 



PARIS 
ÉDITIONS DU MOUVEMENT SOCIALISTE 

10, rue Monsieur-le- Prince (VI») 

1 903 



PREMIERE ANNEE 
Année 1899 

TOME I 



JANVIER-JUIN 1 



îfO 1. 



15 JANVIER 



Déclaration 

L'Unité Socialiste 

La liberté^ de l'Enseignement (I. Le Cert 

lîcat d'Etudes) 

Soyons Unis (Aux frères de France) . 

La c( Patrie Française » 

Législation Ouvrière (L'Inspection du 

Travail en France en 1897) . 
Critique Littéraire et Artistique (Notes et 

Protestations) 

Chronique Sociale 

Monographie (La Bourse du Travail de 

Paris) 

Revue Criti^que (Les Industries monopol 

sées aux Etats-Unis) 

Bulletin Bibliographique .... 



La Rédaction 
Jean Jaurès 



Louis RÉVELI> 
W. LiEBKNECHT 

Verax . 

Max Albert 

Henry Bauer 
J. Rivière . 



E. Briat 



G. SOREL . 

Les Rédacteurs 



Pages 
1 
6 

16 

29 

33 

40 
44 

52 

.57 
bi 



Ji° 8. — !'='■ FEVRIER 

Les Villes Tentaculaires E. Vandervelde . 6t 

L'Organisation Unitaire du Socialisme 

Anglais . . . . • H. Quelch. , 

La Liberté de l'Enseignement (IL Le Mo- 
nopole) Louis RÉVELIN 

La Situation politique en France . . . Paul Dramas . 

L'enseignement manuel G 104 

Chronique Sociale J. Rivière . . . 107 



D 

79 

87 
95 



LE MOUVEMENT SOCIALISTE 



L'Action des Municipalités Socialistes 

(L'Assistance communale à Lille) . . H. GnEstiuiÈRE 

Revue Critique (Le Socialisme et la Révo- 
lution française) G. Sorel . 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs 



P;igfS 



117 



N» S. 



15 FEVRIER 



Les Villes Tentaculaires (fin) .... E. Vandervelde . 129 

La Liberté de l'Enseignement (III. La Li- 
berté) (fin) Louis RÊVFXIN . 146 

Le Socialisme et l'Affaire Dreyfus . . . H. Lagardelle . 155 

Critique Littéraire Lionel Landry . 107 

Le Congrès des Travailleurs de la Voie 

ferrée Georges Laporte. 16g 

Chronique Sociale . J. Riviïsre . . . 174 

Enquêtes et Monographies (L'Agriculture 

dans l'Ouest de ia France) .... Ch. Bruneluère . 182 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 1S7 



»o 4. — 1"'' MARS* 



La puissance militaire de la Russie . . F. ExGEr.s . 

La Question agraire en Hollande . . . W.-H. Vuegen 

Morale et Socialisme G. Sorel . . 

Wassa Pelaguitch P. Theodoroff 

La Situation politique en Allemagne . . Karl Meyer . 

Chronique Sociale J. Rivière . 

L'Action des Municipalités Socialistes 

(L'Action Intellectuelle) H. Ghesquière 

Revue Critique (La Prévoyance sociale 

en Italie G, . . . . 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs 

Le fruit d'immortalité (conte) .... A. -F. Herold, 



•93 
197 
207 
214 
216 



^35 

24b 



N» 5. — 15 MARS 



Le Motivtment Socialiste et la Nme Zeit 

La Commune. 

La Question syndicale en Belgique . 
Le Socialisme et l'Affaire Dreyfus (fin) 
La Situation politique en Finlande. 

Chronique Sociale 

La Situation économique en Serbie 
Bulletin Bibliographique .... 



K. Kautsky . 
Karl Marx . . 
Auguste Dewinne 
H, Lagardelle 
J . Deck . 
J. Rivière . 
m. popovitch . 
Les Rédacteurs 



258 
272 
285 
300 
306 

3'i 
3'4 



PREMIÈRE ANNÉE l8gg 



S" O. — 1"' AVRIfc 



Pages 



,iû"- 



Démocratie et Socialisme FA. Bernstein. 

La nouvelle Maison du Peuple de Bru- 
xelles ..... E. Vanderveldi-: 

La Justice de classe en Allemagne. . D^" A. Sudekl'm . 341 

Aline Valette Sorgce .... 347 

La Politique en France Paul Dra.mas . . 350 

Chronique d'Art (Art et Socialisme. Ex- 
positions) Léon Deshairs . 355 

L'Action des Municipalités Socialistes (La 

Propriété et l'Hygiène publique à Lille) H. Ghes(iuière . 361 

Chronique Sociale .T. Rivière . . . 365 

Revue Critique (Le Socialisme et M. 

Faguet) Edouard Bertm . 372 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 37g 

X° 7. — 15 AVRII, 

Démocratie et Socialisme (Réponse à 

Bernstein) Karl Kautsky . . 385 

L'Unité Italienne Ettore Ciccotti . 402 

Les « Ennemis de l'Ame française » (Ré- 
ponse à M. Brunetière) Verax . . . . 413 

La lutte contre l'Alcool (Le septième 
Congrès contre l'abus des boissons 

alcooliques) D. Verhaeghe . 417 

Enquêtes et monographies (L'Agriculture 

dans l'Ouest de la France (fin) . . . Ch. Brlnnellière 423 

Chronique sociale J. Rivière . . . 431 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 437 

Scrupules (Nouvelle) Octave Mirbeau . 442 

N" 8. — 1" MAI 

La leçon des fêtes de Bruxelles. . . . Jean Jaurès . . 449 
A propos du livre de Bernstein . . .A. Labriola . . 453 

La réduction de la journée de travail . . Louis Bosq_uet . 459 
La théorie et la tactique socialiste d'après 

Bernstein D'" V. Adler . . 468 

La grève de Saint-Amand Ivo van W.erebeke 481 

Chronique Littéraire (L'Anneau d'amé- 
thyste; Hubert Bourgix . 484 

L'Action des Municipalités Socialistes 

(Les Travaux communaux à Lille) . . H. Ghe(1uière. . 488 

Chronique Sociale J. Rivière . . . 493 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 50Ô 



LE MOUVEMENT SOCIALISTE 



KO 9. 



15 MAI 



Le Militarisme et la Démocratie Socialiste A. Bebel . 

L'influence des \'illes sur les Campagnes 
(L La Propriété foncière dans la pro- 
vince d'Anvers) , E. Vandervelde 

La Réduction de la journée de travail (fin) L. Bosquet 

Chronique d Art (Les Façades, Corot, les 

Impressionnistes) Léon Deshairs 

La Confédération du Travail .... Eugène Guérard 

Chronique Sociale J. Riviîsre . 

Revue Critique (La Participation aux 

Bénéfices G. Sorel . 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs 

s» lO — ler JUIN 

Le Désarmement Paul Brousse. 

Les dernières élections législatives en 

Espagne Pablo Iglesias 

L'Influence des Villes sur les Campagnes 

(IL Le Limbourg) E. Vandervelde 

I-a Politique en France Paul Dramas . 

Chronique littéraire (Henri Becque) . . A. Herold. 

Le Parti Ouvrier Socialiste Révolution- 
naire et son XV« congrès Albert Richard 

Chronique Sociale J. Rivière . . 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs 



Pages 
5'3 



522 
537 



548 
553 
558 

=;66 
571 



577 

585 

g89 

609 

617 
628 

637 



N» 11. — 15 jvm 

Démocratie industrielle et Démocratie poli- 
tique Rosa Luxemburg . 641 

Les Accidents du Travail (La Loi du 

g avril 1899) Paul Dramas . . 657 

Une association coopérative en Amérique 

et son école des Hautes Etudes . . . L. Kufferath. . 666 

Le Congrès du Parti Ouvrier belge . . G. Vandermeeren 672 

L'Organisation des Ouvriers et Employés 

des Chemins de fer en Italie. . . . Quirino Nofri. . 679 

Chronique Sociale J. Rh'ière ... 691 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 699 



PREMIÈRE ANNÉE 1899 

TOME II 
JUILLET-DÉCEMBRE 1899 



Pages 

Le Parti Socialiste et la Crise .... H. Lagardelle . 1 

Le Socialisme et les r-- Intellectuels » . . L. de Brouckère. g 
Après la Grève générale des Mineurs 

Belges Emilio 21 

Un Monopole Communal (Le Gaza Paris) Maurice Charnay . 30 

La Politique en France Paul Drajias . . 38 

Chronique sociale J. Rivière ... 44 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 51 

Une Leçon de Roi (Nouvelle) .... William Morris . 56 

X» 13. — 15 JCIXIiET 

La Situation Politique en Belgique . . E. Vandervelde . 65 

La Législation d'exception en Allemagne . D"" A. Sldekum . 73 

Le Socialisme et les « Intellectuels » (fin) . L. de Brouckère . 07 

L'Inspection du Travail en Autriche . . R. Hilferding. . 101 
L'Action des Municipalités socialistes (La 
Municipalité de Lille et les Services 

administratifs) H. Ghesqltière . 112 

Chronique sociale (Les Trusts en Améri- 
que) J. Rivière . . . 121 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 126 

Jfo 14. — 1" AOUT 

La Crise du Socialisme Français ... La Rédaction . . 1 29 
Une Question de tactique (Le Cas Mille- 

rand) Rosa Luxemburg 

Les Finances Russes (Le Budget de 188g) A. Issaieff. . 

Le Congrès de r Unité Socialiste . . . Jean Longuet . 

La Crise Socialiste Anthelme Simond 

Les Syndicats Allemands etleur 3« Congrès 

à Francfort . . . • Max Quarck . 

Chronique d'Art (Puvis de Chavannes) . Léon Deshairs 

Chronique Sociale J. Rivière . . 

Bulletin Bibliographique ... . . . Les Rédacteurs 



138 
153 
159 

167 
173 



LE MOUVEMENT SOCIALISTE 



NO 15. — 15 AOITT 



l'ages 

L'Antisémitisme à Vienne D'' Ellenbogen . 193 

Jaurès et Millerand Karl Kautsky. . 207 

Le Congrès de la PrLid'homie . . . . E. Briat . . . 214 

Le Lock-out au Danemark MinaBANG. . . 217 

La Propagande antimilitariste en Belgique G. Van'dermeeren 225 

Les Secrétariats Ouvriers en Allemagne . Paul Fauconnet . 230 

Chronique Sociale J. Rivière . . . 241 

Bulletin Bibliographique ..... Les Rédacteurs . 253 



BfO IC. — !<"■ SEPTEMBRE 



272 
280 
291 
■^00 



.1^") 



Des Forces de la Démocratie industrielle 

(Réponse à M"® Luxembourg) . . . Ed. Bernstein. 

Le Congrès général du Parti Socialiste . Louis Révelin 

l-a Coopération en Belgique .... Auguste Dewinne 

Le Socialisme aux Antilles René A rot. 

L' « Avenir de Plaisance » X. Guillemin . 

Revue Critique (Les Conseils de l'Indus- 
trie et du Travail en Belgique, . . . A. DE MONZIE . 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs 

N» 17. — 15 SEPTEMBRE 

Le Cas Millerand Paul Dra.mas . . 321 

L'înHuence des Villes sur les Campagnes. 

(La Provin-e de Liège) E. ^^\^•DERVEL^E . 330 

La Coopération en Belgique (fin) . . . Auguste Dewinnic 355 
Le Syndicat des Ouvriers en Instruments 

de précision E. Briat . . . 3Ô8 

Chronique sociale 375 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 381 

N" 18. — l«i^ OCTOBRE 

Le Recensement agricole en Belgique . ; E. Vaxdervelde . 385 

La fin du Lock-out Danois MinaBANG. . . 3(12 

La Législation du Travail en Australie 

(L'Industrie à domicile) J. Rivière . . . 397 

Les Habitations ouvrières L. Graux . . . 403 

Chronique d'art (J. Dalou) Léon Deshairs . 41(1 

Chronique littéraire (Le Ferment) . . . P. Poux . . . 424 
L'Action des Municipalités socialistes 

(L'Alimentation à Lille) H. Giiesquière . 428 

Chronique Sociale 437 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 443 



PREMIÈRE ANNÉE l8gg 



S» 19. — 15 OCTOBRE 



Bernstein et la Théorie Socialiste de 

r Histoire . E. Belfort Bax 

Les Jeunes Catholiques et l'Action sociale V. Charbonnel 
La Concentration des Forces Ouvrières 

dans l'Amérique du Nord .... Marcel Landrieu 
Les récentes œuvres de Zola .... Charles Péguy. 
Enquêtes et Monographies (Le Comité 

fédéral des Bourses du Travail) . . . F. Pelloutier. 

Chronique Sociale 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs 

s o * » . — 15 NOVEMBRE 



Pages 
449 



L'Action socialiste Marcel M auss . 

L'Etat et l'Evolution de la Législation 

ouvrière en Allemagne Adolf Braun . . 463 

Le Socialisme au Brésil X. de Carvalho . 472 

Le XVII" Congrès du Parti Ouvrier 

Français Jean Longuet . . 476 

La Verrerie Ouvrière d'Albi .... Emile Alibert . 484 

Chronique Sociale 454 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 505 

Kfo aO. — 1*'' NOVEMBRE 



5»3 
523 

531 
537 

553 
5*33 
575 



Le Congrès National du Socialisme fran- 
çais H. Lagardelle . 577 

Les Débats sur la Tactique au Congrès de 

Hanovre Paul Fauco.nnet . 582 

Enquêtes et Monographies (Les Employés 

de Magasin au Havre H. Hanriot . . 595 

Les récentes œuvres de Zola (fin) . . . Charles Péguy. . 600 

L'Adieu du Verrier (vers) Maurice Magre , 607 

Le Droit Ouvrier (Jurisprudence) . . . A. de Monzie . . 610 
Correspondance : Les Jeunes Catholiques 
et l'Action sociale (Réponse à M. Victor 

Charbonnel) Sangnier-L.achaud 617 

Chronique Sociale 620 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 638 

lHjo «2 3. — l^'' DÉCEMBRE 

Le Congrès (Ses travaux : I>' Union et la 

Question ministérielle) Marcel Mauss . . 641 



12 LE MOUVEMENT SOCIALISTE 

Pages 
Enquête sur l'organisation intérieure des 

Partis socialistes unifiés d'Europe : 
Le Parti ouvrier de Belgique . . . . E. Vavdervelde . 644 
Le Parti démocrate-socialiste de Hollande. Troelstra . . . 655 
Le Parti ouvrier démocrate-socialiste du 

Danemark F.-G. BoRoaiERo . 659 

Les grèves du Creusot et de Montceau-les- 

Mines Maxence Roldes. 6C)=, 

Les Débats sur la^tactique au Congrès de 

Hanovre (tin) . * . Paul Fauconnet . 672 

Chronique Sociale 695 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 701 

SfO*- S3-34. — 15 DECEMBRE 

L'CEuvre du Congrès H. Lagardelle . 705 

Le Prétendu (c Caporalisme » des Socialis- 
tes allemands Adolf Braln . . 711 

Enquêtes et Monographies (La Fédéra- 
tion française des Travailleurs du Livre) A. Hamelin . . 720 

Le Droit Ouvrier (Doctrine et Jurispru- 
dence) A. i>E M0NZIE . . 734 

Chronique Sociale 73<^ 

Revue critique (Réponse de Kautsky à 

Bernstein) Albert Lévy . . -jfrj. 

Bulletin Bibliograpliique . . . . . Les Rédactel-rs . 774 



DEUXIEME ANNEE 
Année 1900 

TOME III 

JANVIER-JUIN 1900 



m» 35. — 1"" JANVIER 

Le Mouvement Socialiste et l'Unité Socia- 

cialiste i 

Enquête sur l'Organisation intérieure des 
Partis socialistes unifiés d'Europe (suite) 

Deuxième Série : I. Italie . . . L. Bissolati . . 5 
II. Espagne . . P. Iglesias. . . 17 

A propos de la Lutte de classe .... Edouard Berth . 23 

Enquêtes et Monographies : La Fédéra- 
tion Française des Travailleurs du Livre 
(suite) A. Hamelin . . 32 

Critique Littéraire : Résurrection, de 

Tolstoï Marius-AryLEBLOND 42 

Chronique Sociale 48 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 5g 



■S° ae. — 15 JANVIER 

L'Action Socialiste au Conseil municipal 

de Berlin Paul Singer. , . 65 

Les vraies causes et les vrais Remèdes de 

l'Alcoolisme . . • D'" V. Augagnelr 72 

Le Transvaal et l'Angleterre .... F. de Pressensé 
Enquêtes et Monographies : La Fédération 

Française des Travailleurs du Livre 

(fin) ' . A. Hamelin . . go 

Chronique Sociale 10 1 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . î 17 

Le Droit Ouvrier . . . . . . . A. de Monzie . . 124 



79 



14 LE MOUVEMENT SOCIALISTE 



Jf° 27. — l" FEVRIER 



Pages 

127 



Le Jugement de la Haute Cour et la Pro- 
pagande Socialiste Marcel Mauss . . 12 

L'Organisation du Parti Socialiste et les 

Syndicats G. Fauquet . 132 

Le Transvaal et l'Angleterre (fin) . . . F. de Pressensé . 146 

Le Congrès Syndical du Parti Ouvrier 

Belge A. Octors . . . 163 

Critique Dramatique : En paix. . . . E. Buré. . . . 167 

Chronique Sociale 17:^ 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 188 



193 



S° 88. — 15 EE^TRIER 

Pierre Lavroif S. A. . . . 

Les Fédérations Départementales . . . Ph. Landriei^ . . 200 
Enquête sur l'Organisation intérieure des 
Partis socialistes unifiés d'Europe : 
Troisième série. I. La Démocratie so- 
cialiste allemande Ad. Braln . . . 207 

Le Socialisme Municipal en Belgique . . Emile Vinck . . 224 

Chronique Sociale 237 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 246 

Le Droit Ouvrier 2^1 



x» 29. — l" MARS 

Bernstein et l'Evolution de la Méthode 

Socialiste Jean Jaurès • , 257 

Pierre Lavroff (fin) S. A 274 

La nouvelle loi sur la durée du Travail . Hub. Lagardelle 28" 
Critique Dramatique : Le Ressort, par 

Urbain Gohier E. Buré . . . 301 

Chronique Sociale 304 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 31G 



JfO 30. — 15 M.\RS 

A la Martinique René Arot. . . 321 

Enquête sur l'Organisation intérieure des 
Partis socialistes unifiés d'Europe : 
Troisième série. IL La Démocratie So- 
cialiste autrichienne Victor Adler . . 320 



DEUXIÈME ANNÉE igOO l5 

Pages 
La Réforme de la Loi sur les Syndicats : 

Le projet Waldeck-Rousseau-Millerand Marius Moutet . 337 
Bernstein et l'Evolution de la Méthode 

Socialiste (suite et fin) Jean Jaurès . , 333 

Chronique Sociale 369 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 379 



>o 31. — l«r AA-RIX 

L'Œuvre des Municipalités socialistes : 

L Dijon A. Marpaux . . 385 

La Banque Nationale de Belgique. . . Louis Bertrand . 400 

La réforme militaire Paul Fauconnet . 413 

Congrès international des Etudiants et 

anciens Etudiants socialistes .... 419 

Chronique Sociale 422 

Revue Critique : Les Congrès ouvriers 

en France Jean Longuet . . 436 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 441 



NO aa. — 15 AVRIL, 

La Nou\-^lle Loi sur la durée du travail 

(suite et fin) Hub. Lagardelle 449 

L'Œuvre des Municipalités socialistes : 

L La Municipalité de Dijon (suite) . A. Marpaux . . 462 

IL La Municipalité de Paris . . . Maurice Charnay 482 

De l'Alcoolisation Maurice Lauzel . 492 

Chronique Sociale 49Q 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 500 

Droit Ouvrier (Belgique) Max Hallet . . 509 



•s° 33. — 1" MAI 

L'Art et le Socialisme Jean Jaurès . . 513 

Le nouveau Régime électoral belge . . A. Dewinne . . 526 
L'Œuvre des Municipalités socialistes : 

IL La Municipalité de Paris i^fin). . Maurice Charnay 532 

III. La Municipalité de Roubaix . . F. Chabrouillaud 545 
Deux Congrès des Travailleurs des chemins 

de fer Georges Laporte. 556 

Critique Dramatique : La Robe Rouge . . E. Buré. . . . 5Di_ 

Chronique Sociale 5"*^ 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 570 



l6 LE MOUVEMENT SOCIALISTE 

NO 34. — 15 MAI 

Pages 
Les Elections municipales et le Parti so- 
cialiste Hub. Lagardelle 577 

L'Art et le Socialisme (fin) Jean Jaurès . . 582 

I es Alliances électorales et le Parti Ouvrier 

en Belgique. A. Dewinne . . 591 

La Question de la Dépopulation en France J. Goldstein . . 599 

Les Réfugiés politiques en Angleterre . . Bernard Monod . 009 

Chronique Sociale 622 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 635 

x» 35. — 1«"^ ainîî 

La Guerre du Transvaal Marcel Mauss . . 641 

L'Unité du Parti Ouvrier anglais . . . Lalla Kufferath . 646 

La Grève générale des Mineurs autrichiens Rud. Hileerding . 650 
La Question de la Dépopulation en France 

(fin) J. Goldstein . . 658 

Enquêtes et Monographies : La Coopéra- 
tive 1' « Abeille Suresnoise ». . , . Th. Bock . . . 665 
Critique Dramatique : La Claiviere . . Emile Blré . . 673 

Chronique sociale 677 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 699 

îfo 36. ~ 15 3vrs 

L'Interpellation sur le Chômage et la Fédé- 
ration des Bourses du Travail . . . Georges Fauquet 705 

Les résultats des Élections en Belgique . A. Dewinne . . 710 

Le Parti Socialiste et la Lutte contre 

l'Alcool D"" D. Verhaeghe 715 

Les élections italiennes 'G. Pinardi. . . 724 

La Grève Générale des Mineurs autri- 
chiens (fin) Rud. HlLFERDING. 73O 

Critique Littéraire : La Charpente, de 

J.-H. Rosny M.- A. Leblond . 744 

Chronique Sociale 750 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 761 



DEUXIÈME ANNÉE I9OO I7 

TOME IV 
JUILLET-DÉCEMBRE 1900 



:;*o 3 7, — l"!- juii^rET 

Pages^ 

Pour l'Union Socialiste Hub. Lagardelle 1 

Enquête sur l'Organisation intérieure des 

Partis socialistes unifiés d'Europe: Troi- 
sième série. II. La Démocratie socialiste 

autrichienne (fin). — II. L'organisation 

du Parti autrichien D"" V. Ellenbogen 6 

A propos de « l'Unité du Parti Ouvrier 

anglais » H. Quelch. . . 18 

Le Parti Socialiste et la Lutte contre 

l'alcool (finj D"^ D. Verhaeghe. 24 

Remarques arithmétiques sur les Elections 

belges G. P. La Chesnais 36 

Chronique Sociale 41 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 61 

•s° 38. — 15 JiJKr,rET 

Les Employés et le Socialisme .... Jean Jaurès . . 65 
L'Antisémitisme et les Elections munici- 
pales à Vienne Otto Pohl ... 78 

Le Congrès international des Mineurs. . Jean Longuet. . 85 

Les Dockers belges A. Octors . . . 93 

Le Mineur (vers) Maurice M agre . 103 

Chronique Sociale 107 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 125 

ïïo 39. — l«i" AOUT 



La Réforme des Conseils de Prud'hommes 

au Conseil supérieur du travail 
La Coopération et le Socialisme 
La Situation en Finlande . 
Les Syndicats allemands. 
Chronique Sociale .... 
Bulletin Bibliograpliique 



E. Petit . . . 12g 

E. An'seele . . 142 

Jean Deck . . . 161 

Ad. Braun. . . 166 

Les Rédacteurs . ibç) 



LE MOUVEMENT SOCIALISTE 



NO 40. 



15 AOUT 



Wilhelm Liebknecht Hub. Lagardelle 

La Théorie du Profit : Réponse à Jaurès . A. Graziadei . 
Le Congrès International pour la protec- 
tion légale des Travailleurs .... Georges Fauquet 
Le Socialisme en Amérique . . . . A. IVl. Simons . 
Les Clubs ouvriers à Londres .... Ch. Booth . 

Le Budget d'un alcoolique André Spuie . . 

Chronique Sociale . . . . 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 



Pages 
193 
'94 

209 

226 
236 
-39 



s" 41. — 1'^'' SEPTEÎHBKE 

A la Mémoire de Liebknecht .... Hub. Lagardelle 
La Réforme des Conseils de Prud'hommes 

au Conseil supérieur du Travail (tinj . E. Peitt . 

Le Socialisme en Hollande W.-H. Vliegen . 

La Tliéorie du Profit : Réponse à Jaurès 

(tin) A. Graziadei . 

A propos des Universités Populaires . . Hub. Lagardelle 

Chronique Sociale 

Bulletin Bibliographique Les Rédactelrs . 



257 

266 

282 

289 

303 
310 
318 



N" 4 3. 



15 ^«EPTEMBRS: 



Le prochain Congrès national : Réflex 

d'un militant ouvrier .... 
Le Mouvement Ouvrier du Havre. 
Le Socialisme en Hollande (tin). 
L'Art à l'Exposition : T.' Architecture 

Chronique Sociale 

Bulletin Biblioi^raphique 



Henri Po.nard. 
H. Hanriot .' 
W.-H. Vliegex 
Léon Deshairs 

Les Rédacteurs 



330 

354 
•^68 
•^81 



5f0 43. — 1"' OCTOBRE 

Le Congrès Socialiste International . . Hub. Lagardelle 385 

L'Angleterre et le Socialisme .... Lalla Kufferath . 388 

La Question Agraire et le Socialisme : Cri- 
tique du Programme du (c Parti Ouvrier 

Français» ." Fr. Engels . . . 391 

De la Constitution d'un Théâtre Populaire Jean \'ignaud . . 401 

L'Art à l'Exposition : Dans les Galeries de 

Peinture Léon Deshairs . 410 

Clironique Sociale 428 

Bulletin iiibliograpliique Les Rédacteurs . 446 



DEUXIÈAIE ANNEE IQOO I9 

S» 44. — 15 OCTOBRE 

Pages 
L'Œuvre du Congrès National .... Louis Révelin . 449 
La Question Agraire et le Socialisme : 

Critique du Programme du « Parti 

Ouvrier Français » (fin) Fr. Engels. . . 452 

Le Second Congrès National du Parti 

Socialiste Français Jean Longuet, . 467 

La Fédération des Bourses du Travail : 

Ses Congrès Fem. Pelloutier 481 

Le Congrès des Coopératives Socialistes . Marcel Mauss . . 494 
Le Congrès de la Condition et des Droits 

des Femmes Marie Bonnevial . 503 

S^ 45. — I«r NOVEMBRE 

Lettres inédites de Frédéric Engels sur la 

politique socialiste Ed. Bernstein . 513 

La Fédération des Bourses du Travail : 

Ses Congrès (suite) Fern. Pelloutier 526 

Le Congrès de la Condition et des Droits 

des femmes (fin) Marie Bonneval . 539 

Correspondance : L'Economie sociale à 

l'Exposition G. Sorel . . . 549 

Chroniciue Sociale 552 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 574 

5îO 46. — 15 NOVEMBRE 

Ver^ rUnité Hub. Lagardelle 579 

La décadence de la propriété personnelle . Em. Vandervelde 581 

Le Cas Millerand et le Socialisme français. Karl Kautsky . . 592 

Sur l'article de Kautsky Hub. Lagardelle 600 

Les Employés et leurs Congrès. . . . Victor Dalle . . 606 
La Fédération des Bourses du Travail : 

Ses Congrès (fin) Fern. Pelloutier 617 

Chronique Dramatique : La Poigne . . Emile Buré . . Ô29 

CI:ronique Sociale ^34- 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 038 

N° 47. — 1"^ DECEMRRE 

La Grève de Calais Louis Révelin . (141 

Science et Prolétariat Vnatole France . 645 

La décadence de la propriété personnelle 

(fin) E. Vandervelde . 64S 



20 LE MOUVEMENT SOCIALISTE 



Pages 



Le Congrès des Etudiants et anciens Etu- 
diants Socialistes Joseph Boucher . 668 

Hymne au Jour (vers) Jean Vignaud . . 680 

Chronique Sociale 682 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 701 

sro 48. — 15 i>£cs:]!aBRi: 

La Leçon de la Conférence Guesde-Jaurès Hub. Laiîardelle 705 

Les Conseils du Travail A. de Monzie . . 708 

La Fédération Internationale des Ouvriers 

Gantiers et ses Congrès A. Verhaert . . 713 

Le Mouvement Ouvrier du Havre. . . H. Hanriot . . 722 

Le Programme Agraire du P. O. F. jugé 

par le P. O. F. lui-même Hub. Lagardellk 732 

Enquêtes et Monographies : L'Union des 

Ouvriers Mécaniciens de la Seine . . P. Coupât . . . 736 

Correspondance : Le Socialisme en Hol- 
lande Ch. C0RNÉLISSE.N . 751 

Chronique Sociale 756 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 766 



TROISIEME ANNEE 
Année 1 901 

TOME V 

JANVIER-JUIN 1901 



Sfo 4». — l^"^ .lAX^XER 

Pages 

L'Amnistie et les Socialistes .... H. Lagardelle . i 

Le Capitalisme en Chine J. Karski ... 8 

A propos du Cas Millerand G. non Voli.mar . 15 

La Crise Arménienne et le monde socia- 
liste MlRAÉr^Y ... 26 

Correspondance : Conseils du travail et 

Paix sociale G. Sorel ... 3G 

Ciironique Sociale 42 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 59 

So 50. — 15 JAXVIElt 

Réponse à Vollmar Enrico Ferri . . 65 

Marx et la Commune Charles Longlet . 68 

L'Evolution de la Législation ouvrière en 

Allemagne Adolph Braun. . 81 

Enquêtes et Monographies : La Coopérative 

l'Union de Liîle H. Samson ... 94 

Correspondance : Réponse à Sorel. . . A. de Monzie . . 110 

Chronique Sociale 114 

Bulletin Bibliographique . • . . . Les RÉOACTiaRs . 126 

Hî" 51. — 1'"' FEVKIEK 

Le Siècle des Ouvriers E. Vandervelde . 12g 

Les Coopératives et les Socialistes . . . M. Mauss . . . 135 
Le Groupe Socialiste Parlementaire et 

les Questions de Politique Etrangère . P.Bertrand . . 139 



22 



LE MOUVEMENT SOCIALISTE 



La Loi sur les .Vssociaiions Un Universitaire 

L'Etat des forces productives dans les dif- 
férents pays Chrétien Karr 

Critique Dramatique : Danton .... Emile Buré . 

Chronique Sociale 

Index Bibliographique Les Rédacteurs 



Pages 

• '49 

• 157 
, 172 

,76 
. 189 



WO 53. — 15 FEVKIER 



La Suppression de l'Octroi et la Taxe sur 

les Débits de Boissons 
L'Entrée de Alillerandau Ministère 

Réponse à Ferri 

Le deuxième Congrès syndical belge 
Qu'est ce qu'une Patrie? 
Le Capitalisme en Chine (fin) . 
Chronique Sociale 



V. AuGAGNEfR 

Ed. Vaillant . 

G. VON VOLLMAR 
A. OCTOHS . 

Henri Dagan . 
Jules Karski . 



192 
204 
208 
210 
224 
237 



K" 5 3. — !«'■ 5IAKS 

La Question Coloniale en Hollande . . Van Kol . . . 257 

L'Entrée de Millerand au Ministère . . Louis Dubreuilh. 272 
La propagande auprès des femmes dans 

le Parti Socialiste allemand .... Ed. Milhaud . . 273 
A propos d'un roman de M. Georges 

Eekhoud .- Escal-Vigor A. Dewinne . . 284 

'Revue. cv\X\(\m : La Question agraiye . . AL Landrieu . . 292 

Chronique Sociale 308 

Index Bibliographique Les Rédacteurs . 318 



ÎS» 54. — 15 MARS 

La Grève de Montceau-les-Mines . . . Bouveri 

La Situation politique en Espagne . . . Pablo Iglesias 

La Question Coloniale en Hollande (fin) . Van Kol . 

I^e Mouvement Ouvrier en Suisse . . . Otto Lang . . 

Critic^ue dramatique : \. Le Domaine . . E. Buré. 

)) » W. Les Remplaçantes. A. Rouquès . 

Chronique Sociale 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs 



321 
330 
336 
352 
362 
■pb 
36Q 
381 



^° 5 5. — l'^r .WKIt 

Syndicats Agricoles et Coopératives So- 
cialistes E. Vandf.rvklde 

La Réforme des (Conseils de Prud'hommes André Marnet 



3«5 
403 



TROrSif-ME ANNÉE igoi 23 



La situation politique aux Etats-Unis après 

les élections présidentielles .... A. -.M. Simons . . 4:7 

Fernand Pellouîier E. Briat . . . 420 

Revue critique : La politique agraire du 

Socialisme Georges Weill . 422 

Chronique Sociale 433 

Bulletin Bibliographique Les Réd.\cteurs . 445 

S'^ 5 6. — 15 AVRlt 

La Pi-esse Socialiste La Réd.\ction. . 44g 

L'Entrée de Millerand au Ministère . . Jean Jaurès . . 4^1 

Syndicats Agricoles et Coopératives So- 
cialistes (fin) E. X'andervelde . 459 

Les troubles universitaires en Russie . . Nikïo .... 475 

Revue critique : La Politique agraire du 

Socialisme (ûr\) Georges Weill . 485 

Chronique Sociale 49g 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 510 



TfO 57. — !'='■ MAI 

La Tàclie du Congrès de Lyon. . . . Hub. Lagardelle 513 

L'entrée de Millcrand au Ministère. . . Edouard N'aillant 516 

La Grève de Marseille Clément LÉvv. . 52:; 

Le Marchandage et la Cour de Cassation . Anatole de Monzie 

La Suppression des Bureaux de Place- 
ment et l'Evolution Syndicale . . . André Marnet 

Le XI« Congrès des Ouvriers et Employés 

des Chemins de fer Georges Laporte. 540 

La Fédération Nationale des Ouvriers 

Mineurs et le Congrès de Lens . . . Marcel Landriec. 545 

Une Prison Russe : La Forteresse de Schliis- 

selbonrg Pierre Kormilo\\' . 5^2 

Chronique Sociale 561 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 574 



535 



KO 58. — 15 MAI 

Les Fédérations autonomes et le Congrès 

de Lyon Henri Ponard . . 577 

La fin de la Grève de Montceau-les-Mines Bouveiu. . . . 582 

Sur l'Imprimerie Anatole France . 586 

La Question de la Presse Socialiste. . . Hub. Lagardelle 588 



24 LE MOUVEMENT SOCIALISTE 

Pages 
Enquête sur la Presse Socialiste à l'Etran- 
ger : 

I. Allemagne Adolf Braun . . 592 

II. Italie Alessandro ScHiAVi 609 

Les Syndicats et le Parti Socialiste . . Raoul Briciukt . 614 
Le Parti Socialifte et les Coopératives. . Philippe Landriec 619 
Critique Dramatique : La Course du Flam- 
beau Emile Blré . . 624 

Chronique Sociale 628 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 637 

sjo 5». — l®'^ jur» 

La Situation Socialiste Hub. Lagardelle 641 

Le Congrès de Lyon André Marnet . 644 

Les Lois Sociales en Belgique .... Léon Hennebicq. . 657 
Enquête sur la Presse Socialiste à l'Etran- 
ger : 

III. Danemark P. Kniosen . . 670 

IV . AU emao;7ic {supplément) . . . Adolf Braun . . 673 

Réponse à Jaurès Hub. Lagardelle 675 

Chronique Sociale 6g 1 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs , 702 



X» 60. — 15 JUIN 



Pour l'Entente 

Les Résolutions du Congrès de Lyon . 
L'Organisation des Paysans en Italie . 
Le Congrès International des Mineurs 
Les Lois Sociales en Belgique (fin) 
Chronique d'Art : Honoré Daumier. 

Chronique Sociale 

Bulletin Bibliographique . . . . 



Hub. Lagardelle 705 
André Marnet . 707 
Alessandro ScHLWi 716 
Jean Claes. . . 725 
Xeon Hennebigcl • 731 
Léon Deshairs . 745 

7.i4 
Les Rédacteurs . 766 



TROISIÈME ANNÉE I9OI 25 

TOME VI 
JUILLET-DÉCEMBRE 1901 



3fo Cl. — l""^ JUIttET 

Pages 

Les Radicaux Socialistes et le Programme 

de Saint-Mandé Hub. Lagardelle 1 

Après le Congrès de Lyon Henri de la Porte b 

Le Socialisme et les Elections législatives 

en Espagne Ant. Gare. Quejido 12 

Les Congrès ouvriers en .Vllemagne . . Georges Weill . ig 

La réglementation des grèves et les patrons André AL\rnet . 2g 

Les grandes phases du mouvement révolu- 
tionnaire en Russie N. Obroutchew . 36 

Critique Dramatique : Le voiturier Hejischel Amédée Rou(irÈs. 46 

La Dernière Salve . Emile Blué . . 48 

Chronique Sociale 49 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 63 



Sfo 62. — 15 JriI-tET 

Ministérialisme et Socialisme .... Hub. Lagardelle 65 

La Presse et le Socialisme Karl K.vjtskv. . 71 

Le Congrès radical Emile Bu ré . . 75 

La Commandite dans la typographie . . A. Hamelin . . 82 
La législation ouvrière dans le Massachus- 

sets . Raoul Bric^uet . gi 

Les grandes phases du mouvement révolu- 
tionnaire en Russie (fin) N. Obroutchew . 100 

Chronique Sociale 111 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 126 



N» 63. — l"'' AOUT 

Les Elections cantonales Hub. Lagardelle 129 

Programme et tactique du parti socialiste. Enrico Ferri . . 132 
Le parti socialiste et la loi sur les Associa- 
tions Raoul Briquet . 1 3g 

Fédéralisme nécessaire ...... André Morizet . 153 



20 LE MOUVEMENT SOCIALISTE 



Les élections législatives en Hollande . . W. H. Vliec.en . 15g 

o n V ^ ,■ A ■ ( p. G. La Chesxais iby 

Revue Critique : Questions Agraires . .//-.-• i.- ,- 

' •^ ■^ ( Chrétien Karr . lOg 

Chronique Sociale 172 

Bulletin bibliographique Les Rédacteurs . 188 

La Sor^/c^ (nouvelle) M. Gorki . . . 190 



s^' 6 4. — 15 AOIT 

Consiiliation ouvrière Hub. Lagarveele 1(13 

L'exode rural et le moyen de retenir les 

ouvriers à la campagne E. Vander\'i:lde . uj6 

Le Parti Socialiste et la loi sur les Associa- 
tions Raoul Briq^uet . 211 

Les Retraites ouvrières André .Morizet . 226 

« Travail » de Zola et la critique de Jaurès H. M. Hyndmann. 237 

Chronique Sociale 241 

Bulletin Bibliographique Les Rédactei rs . 25 1 

NO 63. — 10'' SEPTEMBRE 

Concurrence patriotique Hub. Lagardelle 2^7 

France et Russie Parvls .... 2Ô0 

La lutte contre la tuberculose .... D'' Jul. Thierceein 278 

Critique littéraire : Jean Coste ... .G. Sorel . . . 295 

Chronique Sociale 299 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 318 

5fO 66. — 15 SEPTEMBRE 

Le MouveiTient ouvrier Hub. Lagardelle 321 

Le projet de loi sur les retraites ouvrières . Molkenbuhr . . 324 

La Situation politique et sociale au Japon. S. J. Katayama . 338 
La Fédération des Coopératives de la 

région du Nord D"" D. Verhaeghe 345 

Critique littéraire : Le Chaos .... J.-B. Séverac . . 3^7 

Chronique Sociale 3Ô0 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 383 

■S° 67. — l'^'" OCTOBRE 

Le Tzar et la République Hub. Lagardelle 385 

Le projet de loi sur les retraites ouvrières 

et les industries à domicile .... Georges Faui^uet 3S8 

Les Syndicats en Allemagne .... Paul U.mbreit . . 402 

L'Unité socialiste aux Etats-Unis . . . A.-.M. Simons . . 410 



TROISIÈME ANNÉE IQOI 27 



Le Conseil judiciaire de la Bourse du 

Travail de Paris Jules Uhrv. . . 413 

Chn.mique Sociala • 418 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 441 

La Science (vers) Maurice M agre . 446 

îfo O8. — 15 OCTOBRE 

La Crise Socialiste en Europe .... H.-M. Hyndmann. 44Q 

Les Syndicats en Allemagne (tin) . . . Paul Umbreit . . 4^6 

Le Congrès des Trade-Unions anglaises . Jean Longuet. . 467 
Le Parti Socialiste et la lutte contre la 

tuberculose D"" O. Tabary. . 482 

La Classe ouvrière et la tuberculose ( Ré- 
ponse au docteur Tabar}') D"" J. Thiercelin. 488 

Revue Critique : La Propriété foncière en 

Belgique _ G. Sorel . . . 496 

Critique Dramatique : L'Ècolicre . . . EiTiile Buré . . 500 

Chronique Sociale 505 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 510 

5fO 69. — l»"" NOVEMBRE 

Gouvernement de classe Hub. Lagardelle 513 

Les Polémiques entre socialistes français . E. Vandervelde . 51G 

Le Congrès de Lûbeck Georges Weill . 519 

Le deuxième congrès de la coopération 

socialiste PhhilippeLAXDRiEU 530 

La Fédération des Bourses du Travail et 

son IX" congrès Georges Yvetot . 539 

Critique dramatique : L'Honneur . . . Amédée Rouquès. 55(3 

Chronique sociale 559 

Bulletin Bibliographique Les Rédacteurs . 574 

•}i° 70. — 15 NOVEMBRE 

Critique du projet de programme du Parti 

socialiste allemand 11891) Fr. Engels. . . 577 

Enquête sur la Presse socialiste à l'Etran- 
ger : Belgique . Franz Fischer. . 5S8 

Le Congrès de Lûbeck (tin) .... 594 

La Fédération des Bourses du Travail et 

son IX« Congrès Georges Yvetot . 601 

\\G\u(tCv\x:\<:[\ie. : \. Superstitio7is Politiques P, Cav.aillon . . 622 

et Phénomènes sociaux 

\\. Beriistein et le Socialisme Scientifique . G. Weill . . . C2O 



28 LE MOUVEMENT SOCIALISTE 



Pages 
Critique dramatique : La Vie Publique. Le 

Bâillon Emile Biré . . 62g 

Chronique Sociale L. Durieu . . . 633 

Bulletin Bibliographique ...'.. Les RÉnACTKURS . 639 

N° 71. — !«'' DÉCEMBRK 

Le Ministère et les Missions en Ciiine . . Raoul Brkiukt . 641 
Le Conflit franco-turc et les massacres 

d'Arménie Pierre Qcilt.ard . 644 

Critique du projet de programme du Parti 

socialiste allemand i8qi (fin) .... Fr. Ent.mls. . . 650 

Le Prolétariat devant les Trusts . . . (L-A. Maybon . 659 
La « Confédération générale du Travail )> 

et le Congrès de Lyon Emile Pocget. . 667 

Le XIX« Congrès « du Parti Ouvrier 

Français )> V. Renard. . . 681 

L' « Linité Socialiste Révolutionnaire » . Jean Dace . . , 694 

Critique Dramatique : Le Voile du bonheur Bernard Monod . 697 

Chronique Sociale M. -A. Macpherson 698 

Bulletin bibliographique Les Rédacteurs . 703 

SO y a. — 15 DÉCKMBRG 

A nos lecteurs Le Mouvem. Social. 705 

Le Ministère et l'Université Hub. Lagardelle 708 

Tolstoï et le Socialisme B.-H. Brumberg . 710 

L'Autonomie dans les finances locales en 

Italie Alessand. Groppali 727 

Critique Littéraire : Emile Verhaeren . René Arot . . 732 

Critique Dramatique : L« .,4 î'a»'2«^. . . Amédée Rouquès. 743 

^, . c' ■ 1 ( Hub. Lagardelle 747 

Chronique Sociale ) t y wt L L 

^ ( Jacob Weltnet . 747 

Bulletin bibliographique Les Rédacteurs . 760 

A. Tolstoï (vers) Gustave Kahn. . 764 



QUATRIEME ANNEE 
Année 1 902 

TOME VII 
JANVIER-JUIN 1902 



so 73. — 4 JANVIER 

Le «Mouvement Socialiste «hebdomadaire La RÉnACTiox. 

Le Suffrage Universel en Belgique . . E. Vandervelde 

La propriété individuelle et le Code civil. Maxime Leroy 

Chroniques : France : 

L'Action socialiste au Parlement . . André Morizet 

La crise vinicole et la surproduction. . Maurice Olivier 

Italie : Un Congrès de Paysans . . . A. ScmAVi . . 

L'Art et la Littérature : 

Conversations Lucien Besnard 

Les Tisserands (Traduction Thorel) . G. Hauptmann 

Le Mouvement Artistique .... Les Rédacteurs 

5îO 74. — 11 JASVrEK 



Pages 
1 

4 
9 



26 

29 

3- 
47 



La Question ministérielle F. de Pressensé . 49 

Les Forces électorales du Socialisme fran- 
çais A.Chaboseau. . 55 

La Propriété individuelle et le Code civil 

(fin) Maxime Leroy . 61 

Chroniques: France : 

Les travailleurs municipaux et la loi de 

1884 Jules Uhry. . . 68 

Allemagne : La situation économique . Georges Weill . 73 

Bibliographie : Les Revues socialistes . Les Rédacteurs . 7g 

L'Art et la Littérature : 

Réflexions: Des juges Louis Lu.met . . - 81 

Gerhart Hauptmann Gabriel Trarieux. 83. 

« Les Tisserands» (traduction Thorel). 

2» acte G. Hauptmann . 86 

Le Mouvement artistique. .... Les Rédacteurs . 95 



3o 



LE MOUVEMENT SOCIALISTE 



N» 75. — IS JANVIER 



Discours ministériels 

Le Retour aux Champs 

Chroniques : France : Au Comité général . 
Essais d'achat et de production en com- 
mun dans les Sociétés coopératives 
Belgique : La lutte pour le S. U. — La 
Loi militaire. — Congrès syndical . 
Italie : Victoire socialiste à Naples. — 
Trois Congrès. — Pour le Divorce . 
Bibliographie : Les Livres. — Les Revues 

socialistes 

L'Art et la Littérature : 

« Siegfried » à l'Opéra 

Les Tisserands (Traduction Thorel) 

2" acte (fin) 

Le Mouvement Artistique .... 



Pages 

H. Lagardelle . 97 

E. VAXDERVELnE . lOl 

André MoRizET . iio 

Ph. Landrieu. . 114 

G. Vandermeeren 123 

'\. Schiavi . . . '.25 

Les Rédacteurs . 1 28 

Robert Brussel . 130 

G. Hauptmann . 134 

]^ES Rédacteurs . 142 



NO 76. — S 5 JANTTER 



L'Etat et l'Université Louis Révelin . 145 

Le Retour aux Champs (suite) .... E. V-^ndervelde . 152 
Chroniques : France : 

Les élections de Roubaix Raoul Briquet . 160 

Les Causes secondaires de la Crise vi- 

nicole M. Olivier. . . 162 

Hollande : Le nouveau Ministère et le 

Budget W.-H. Vliegen . 165 

Bibliographie : Les livres. — Les Revues 

socialistes Les Rédacteurs . 167 

L'Art et la Littérature : 

Les Tisserands (Traduction Thorel) 

38 acte G. Haupt.mann . 170 

Le Mouvement Artistique .... Les Rédacteurs . 18g 



N» 7 7. 



1 FUVRIER 



Le Retour aii Champs (fin) E. V.a.ndervelde . 193 

La « Fédération Américaine du Travail ». Jean Lo.vguet . . 302 
Chroniques. France : 

Les U. P. et le Mouvement Ouvrier . Emile Buré . . 214 

Allemagne : Les Grèves. — Les Coopé- 
ratives. — Les Syndicats .... Georges Weill . 219 
Bibliographie : Les Revues Socialistes . Les Rédacteurs . 222 



QUATRIEME ANNEE ig02 01 

Pages 
L'Art et la Littérature : 

Conversations : Sur l'éducation des 

Enfants Lucien Besnahd . 224 

Les Tisserands (Traduction Thorel) 

4" acte G. Hauptman'n . 228 

Le Mouvement Artistique .... Les Rédacteurs . 237 

X° y 8. — 8 FEVKIEK 

Les Trade-Unions devant les Tribunaux 

anglais Raoul BaKi^LET . 241 

Le <c Manifeste Communiste ». . . . Franz Mehring . 24g 
Chroniques : France : 

Les Chambres. — Les Partis socialistes André Morizet . 25S 

Angleterre : La Fédération générale des 

trade-unions M. -A. Macpherso.n 272 

Bibliographie : Les Livres. — Les Revues 

socialistes Les Rédacteurs . 274 

L'Art et la Littérature : 

Réflexions : L'Education de goût . . Louis Lumet . . 276 

Les Tisserands (Traduction Thorel) 

46 acte G. Hauptmann . 278 

Le Mouvement Artistique .... Les Rédacteurs . 206 

S'^ y 9. — 15 FEVRIER 

Sur la guerre du Transvaal Marcel Mauss . . 289 

Les Trade-Unions devant les Tribunaux 

anglais (fin) Raoul Briquet . 297 

Chroniques : France : 

La protection légale des mères et des 

nourrissons dans la classe ouvrière . D"" Henri Thiroux 313 
Hollande: Le Ministère et le Militarisme 
— Une grande lutte syndicale. . W.-H. Vliegen . 320 

Bibliographie : Les Livres. — Les Revues 

socialistes Les Rédacteurs . 324 

L'Art et la Littérati;re. 

Les Tisserands (Traduction Thorel), 

j^ acte Gérh. Hauptman.x 328 

Le AÏouvement Artistique Les Rédacteurs . 334 

X» 80. — 2» EE^TirER 

Les Syndicats Jatmes Marcel Landrieu . 337 

Les Trusts et l'Organisation des Travail- 
leurs F.-M. WiBAUT . 344 



32 LE MOUVEMENT SOCIALISTE 

Pages 
Chroniques : France : 

La limitation de la journée de travail 
dans les Mines. — L'office national 

de Statistique et de Placement . . André Morizet . 351 
Angleterre : Pensions de retraite. — Les 
Mineurs et la Représentation du Tra- 
vail M. -A. Macpherson 357 

Bibliographie : Autour d'une Vie : Mé- 
moires de Kropotkine Gb.-P.\ix-SÉAiLLES 361 

Les Revues socialistes ...... Les Rédacteurs . 364 

L'Art et la Littérature 

Renouveau au Théâtre Jules Destrée. . 365 

Les Tisserands (Traduction Thorel), 

5»-' acte (suite) Gérh. Hauptmann 372 

Le Mouvement Artistique Les Rédacteurs . 381 



HT» 81. — l""" MAKS 

A propos du Congrès de Tours . . . Hub. Lagardelle 385 
Le Parti socialiste autrichien çt les Syndi- 
cats '. . . . D"" Victor Adler . 389 

Chroniques: France : 

Elections municipales. — La scission de 

Roubaix André Morizet . 394 

La loi du 30 mars igoo devant les tri- 
bunaux ". Jules Uhry. . . 395 

Allemagne : La situation en Allemagne Georges Weill . 403 

Italie : La situation politique . . . Alessandro Schiavi 407 
Bibliographie :« Hygiène sociale » . . D^ Georg. Fauq.uet 41 1 

Notices : Les Livres. — Les revues 

sociahstes Les Rédacteurs , 412 

Communications officielles : Le prochain 

Congrès socialiste international . . . Victor Serwy . . 415 
L'Art et la Littérature : 

Victor Hugo, poète A.-Ferd. Hérold. 417 

Les Tisserands (Traduction Thorel). 

5" acte (tin) Gér. Hauptmann . 422 

Le Mouvement Artistique : L'exposition 

Falguière Léon Deshars . 42g 



N» 8». — S MARS 

Les mots et les faits Hub. Lagardelle 433 

Réponse à Mehring Charles Andler . 436 

L'Office National Ouvrier de Statistique 

et de Placement André Morizet . 444 



QUATRIÈME ANNÉE 1892 33 

Pages 
Chroniques : France : 

L'interdiction de l'emploi du blanc de 

cériise D"^ Georg. Fauq^uet 45^ 

Espagne: 1 » Les causes des troubles . Keir Hardie . 

2° La grève générale Pablo Iglesias. 

Bibliographie : Les Revues socialistes. . Les Rédacteurs 

L'Art et la Littérature 

La politique de Victor Hugo .... Giraut . 

Réflexions : Un centenaire Louis Lu.met . 

L'Art pour tous : Les peintres français du 

xviii« siècle L. Ballagly . 

Le Mouvement Artistique Les Rédacteurs 



455 
459 
4^'3 

4G4 
469 



472 
4.S0 



N° 83. — 15 3IARS 



La minorité antiministérielle au Congrès 

de Tours G. Hervé . . . 481 

Réponse à Hervé Hub. Lagardelle 485 

L'évolution d'une Coopérative : L'Econo- 
mie Parisienne A. Marie . . . 488 

Chroniques : France : Le Gaz à PariÇ . . Raoul Briquet . ■ 498 

Italie : La victoire des employés des 
chemins de fer Alessandro Schiavi 504 

Finlande : La situation en Finlande . René Pu aux . . 506 
Bibliographie: LaRuinedu Mondeantique Edouard Berth . 50g 

Notices : Les Livres. — Les Revues 

socialistes Les Rédacteurs . 513 

L'Art et la Littérature 

La Science Emile Verhaeren 515 

La Misère : Récit de la vie des émigrés 

sibériens-. Telekhov , . . 517 

Le Mou\ement Artistique Les Rédacteurs . 527 

Hfo 84. — aa MAKS 

Organisation et Fédéralisme .... Jean Longuet , . 52g 

Pages rétrospectives : Adresse inaugurale 
de l'Association internationale des Tra- 
vailleurs Karl Marx . 

L'Evolution d'une Coopérative : L'Econo- 
mie Parisienne (fin) A. -Marie . . . 541 

Chroniques : France : 

Le Gaz à Paris (fin) Raoul Briquet . 547 

Angleterre : Durée excessive de la jour- 
née de travail sur les chemins de fer. 
Comité de représentation otivrière ■. M.-A. Macpherson 557 



D.-i.T 



34 LE MOUVEMENT SOCIALISTE 

Pages 

Bibliographie : Les Livres. — Les Re\T.ies 

socialistes Les Rédacteurs . 560 

Bureau Socialiste International : Les Elec- 
tions en Norwège Olav Kringen . . 563 

L'Art et la Littérature 

Le Préjugé Philosophique .... Paul-Louis Garnier 570 

Le Mouvement Artistique .... Les Rédacteurs . 573 

N" 85. — «9 JtlARS 

Les élections et le devoir socialiste. . . F. de Pressensé . 577 

Pages rétrospectives : Adresse inaugurale 
de l'Association internationale des Tra- 
vailleurs Karl Marx. . . 582 

Chroniques : France : Fin de Chambre . André Morizet . 590 

La réformede l'Enseignement secondaire R. Dl'bois . . . 594 

Italie : Les socialistes et le Ministère . Alessandro Schiavi b02 
Angleterre • Comité de représentation 

ouvrière M.-A. Macpherson 601 

Bibliographie : Les Retraites ouvrières en 

Belgique Raoul Briquet . 606 

Les Livres — Les Revues socialistes . Les Rédacteurs . 609 

L'Art et la Littérature 

Le Théâtre populaire Romain Rolland. 614 

Le Mouvement Artistique .... Les Rédacteurs . 621 

31° 86. — 5 AVRIl 

Socialisme ou Démocratie Hub. Lagardelle 625 

Réponse à Charles Andler Franz Mehrlng . 633 

Chroniques : France : Jurisprudence. . Jules Uhry. . . 644 
Etats-Unis : Comité national dit Parti 
socialiste américain. — Les socialistes 
au Massacliussets. — Un gouverne- 
ment économique R. S. R1CHARDSON 651 

Bibliographie : Les Livres. — Les Revues 

socialistes Les Rédacteurs . 655 

L'Art et la Littérature : 

Le Banjir (Nouvelle) Multatuli. . . 656 

L'Art pour tous : Watteau .... Paul Ballaguy . 66^ 

Le Mouvement Artistique .... Les Rédacteurs . 672 



38° 87, — 13 .4.VRII, 

Socialisme et programme minimum . . Hub. Lagardelle 673 
Syndicats lie propriétaires et Syndicat 

obligatoire Raoul Briquet . 688 



QUATRIÈME ANNÉE I902 35 

Pages 
Chroniques : France : Veille d'élections . André Morizet . 697 
Le Congrès des Travailleurs de la voie 

ferrée Georges Laporte. 705 

Bulgarie : La situation politique a\"ant 
les élections. — Les élections . . . Raph. Ch. Denkoff 709 
Bibliographie : Les Livres. — Les Revues 

socialistes Les Rédacteurs . 714 

L'Art et la Littérature : 

En face de la vie (Nouvelle) .... Maxime Gorki . 715 
Le Mouvement Artistique .... Les Rédacteurs . 718 



•s° 88. — 19 AVKit 



Ministérialisme et Socialisme .... Hub. Lagardelle 

Chroniques : France : Les Fédérations ré 
gionales des Coopératives. L En pro- 
vince Philippe Landrieu 73; 

Belgique : La lutte pour le Suffrage Uni- 



versel L. Durieu 



37 



Bibliographie ; Les Livres. — Les Revues 

socialistes Les Rédacteurs . 741 

Documents : Déclaration et Programme 

du Congrès de Tours 744. 

L'Art et la Littérature : 

L'Hospice Emile Verhaeren 757 

L'Inquisition au Moyen-âge .... Daniel Halévy . 75g 
Le Mouvement Artistique .... Les Rédacteurs . 767 

KO 89. — a 6 AVRDL 

Les événements de Belgique .... Raoul Briquet . 76g 
Socialisme et Programme minimum . . Hub. Lagardelle 774 
Chroniques : France : 

Les Fédérations régionales des Coopéra- 
tives. II. La Fédération parisienne . Philippe Landrieu 782 
Belgique : La lutte pour le Suffrage Uni- 
versel L. Durieu . . . 791 

Finlande: Le Peuple finlandais et la nou- 
velle loi militaire Jean Deck . . . 796 

Bibliographie : Les Livres. — Les Revues 

socialistes Les Rédacteurs . 79g 

L'Art et la Littérature : 

Premier Mai Fernand Dauphin. _ 802 

Contre l'usage Telechov . . . 804 

Le Mouvement artistique : 

Maurice Maeterlinck Gabriel Trarieux 812 

Les Livres — Les Revues .... Les Rédacteurs . 815 



36 LE MOUVEMENT SOCIALISTE 



7S° 90. — 3 MAI 

Pages 

Les Elections Jean Longuet . . 817 

La Grève Générale en Belgique : I mpres- 

sions d'un témoin E. Vandervelde . 824 

Chroniques : — France : 

Les Élections législatives et le premier 

tour de scrutin André Morizet . 842 

Allemagne : La protection du travail des 

enfants Georges Weill . 845 

Bibliographie : Les Livres. — Les Revues 

socialistes Les Rédacteurs . 848 

L'Art et la Littérature : 

Maxime Gorki Nicolas Flamel . 849 

Contre l'usage (Nouvelle) (fin) . . . N. Telechov . . 852 
Le Mouvement Artistique : 

Les Livres. — Les Revues. . . . Les Rédacteurs . 863 

s» 91. — 10 SIAI 

La neutralité des Coopératives . . . . C. Mutschler . . 8Ô5 

Statistique électorale A. Chaboseau . . 87g 

Démocratie et lutte de classe .... Hub. L.^gardelle 88q 
Chroniques : France : 

Liberté syndicale et liberté d'association Raoul Briquet 

Etats-Unis : La Presse socialiste . . . A. -M. Suions . 
Bibliographie : Les Livres. — Les Revues 

socialistes Les Rédacteurs 

L'Art et la Littérature : 

Casuistique bourgeoise (Nouvelle) . . Paul Hervieu . 

Le Mouvement Artistique : Les Livres. 

— Les Revues Les Rédacteurs 



go2 
904 

905 
912 



X" 92. — ly MAI 



Le résultat des élections André Morizet . 913 

Le Congrès Coopératif C. Mutschler. . 925 

Chroniques : France •■ 

Les habitations à bon marché . . . D"" G. Fauquet . 939 

Italie : L'Election de Turati . . . . Alessandro Schiavi 946 
Bibliographie : Les Livres. — Les Revues 

socialirtes Les Rédacteurs . 948 

L'Art et la Littérature : 

Les Salons de 1902 Eugène Thébault 94g 

ce Pelléas et Melisande » à l' Opéra-Co- 
mique Bernard Monod . 955 

Le Mouvement Artistique : L'Artiste 
moderne et son attitude sociologique . E. Buré. . . 958 



QUATRIÈME ANNÉE ig02 87 

XO 93. — 24 MAI 

Pages 

La situation politique Louis Réveun . 961 

Lettre sur le développement économique 

de la Russie Karl Marx . . 968 

Auguste Comte J . W^eiskopff 

Chroniques : France : 

La première Université Populaire . . A. Chaboseau 

Modification à la loi sur les accidents du 

travail Jules Uhry . 

Allemagne : La Situation politique . . Georges Weill 
Bibliographie : Le Mouvement syndical en 

Belgique Raoul Briquet 

Les Livres. — Les Re\"ues socialistes . Les Rédactelrs 
LArt et la Littérature : 

Le Meux parle (Nouvelle) Juhani Aho . 

La « simplicité» de M. Francis James . Miranda . 

Les Salons de iqo2 (fin) Eugène Théeault 1004 

Le Mouvement Artistique Les Rédacteurs. 1008 



973 
978 

982 
987 

990 

997 
1000 



xo 94. — 31 MAI 

Démocratie politique et organisation éco- 
nomique Hub. Lagardelle 1009 

Le huitième Congrès du Parti socialiste 



hollandais J.-J. de Roode . 101 



Chroniques : France : 

La Fédération du Nord du (c Parti Ou- 
vrier Français « D"" D. \'erhaeghe 1028 

Suède : La lutte pour le Suffrage uni- 
versel Erik Brcnte . . 1032 

Bibliographie : Les Li\Tes. — Les Revues 
socialistes Les Rédacteurs. 1040 

Partie Ofiicielle : Bureau socialiste inter- 
national : Espagne Pablo Igle'*.ias . 1042 

L'Art et la Littérature : 

La Fête des Gerbes (vers) A. Orliac. . . 1047 

L'Avenir de l'Art Edm. Cousturier 1046 

Le Mouvement Artistique : Le Théâtre. Edmond Pilon . 1055 

•s° 95. — 7 .irrsf 

Les tendances du Socialisme finançais et 
leurs forces électorales lean LoNc.fvr . 1057 

L'organisation économique des métayers et 

des petits propriétaires , Gino .Mirialdi . loôo 

Démocratie politique et organisation écono- 
mique (fin) II. LAGAUni-I.l.|- . u>^i 



38 LE MOUVEMENT SOCIALISTE 

Pages 

Chroniques : France : Une ligue de Juristes Maxime Leroy . 1089 

Belgique : Les élections législatives . . L. Durieu . . . 1093 
Bibliographie : Les livres. — Les Revues 

Socialistes Les Rédacteurs. 1097 

L'Art et la Littérature : 

Les Conscrits L. Descaves . . 1098 

Le Mouvement Artistique Les Rédacteurs . 1103 



N» »6. — 14 .Tuor 

La rentrée de Millerand H. Lagardelle . 1105 

L'organisation économique des métayers 

et des petits propriétaires (fin) . . . . Gino Murialdi . 1108 

Monographies : L'Assurance contre le chô- 
mage et la a Fédération des Travailleurs 
du Livre» G. Guénard . . 1116 

Chroniques : France : 

Dans les chemins de fer G. Laporte . . 1126 

Suisse : L'Union coopérative suisse . . C. Mutschler , 1131 

Bibliographie: Les Livres Les Rédacteurs . 11 14 

L'Art et la Littérature : 

Le Festival Wagner E. Guesse . . . 1145 

Les « Vies Parallèles » A. Rouquès . . 1149 



Sïo 97. — ai JIKS 



OJ 



Le Ministère Combes L. Révelin . 

Le XIII •'Congrès International des Mineurs R. Bric^uet . . nOi 

Monographies : L'Assurance contre le chô- 
mage et la « Fédération des Travailleurs 
du Livre » (lin) G. Guénard . . 1171 

Chroniques: France: La rentrée des Cham- 
bres. — Le Ministère Combes. — Les 

groupes socialistes A. Morizet . . 1 182 

Belgique : Le Congrès des Métallurgis- 
tes. — Congrès corporatifs régionaux. L. Durieu. . . 1187 

Bibliographie : Les livres. — Les Revues 

socialistes , . . . Les Rédacteurs. 1 190 

Partie officielle : Bureau socialiste interna- 
tional : Russie 1 192 

L'Art et la Littérature : 

Les « .Mères Sociales » Mar.-.\ry Leblond 1195 

Toulouse Lautrec P. Ballaguy. . 1197 



QUATRIÈME ANNÉE ig02 



39 



X» 98. — «8 JriBT 

Pages 
Les Bourses du Travail en Allemagne . . P. Ui^reit . . 1201 
La situation socialiste au Japon . . . . K. Kawakavni . 1210 
Chroniques : France : Jacobinisme officiel. 

— Les validations A. Morizet . . 1218 

Fédération de la Région Parisienne. 

Documents Ph. Landrieu . 1221 

Suisse : Le V« Congrès international de 

l'Industrie textile H. Fotiel . . . 1226 

Bibliographie : Les livres. — Les Revues 

socialistes Les Rédacteurs. 1229 

L'Art et la Littérature : 

Lettre d'amour (Nouvelle) A. Rivoire . . 1230 

Table des Matières du i^^" semestre 1902 1236 



40 



LE MOUVEMENT SOCIALISTE 



TOME VIII 
JUILLET-DÉCEMBRE 1902 



SfO 99. — 5 JUIIitET 

Le III^ Livre du « Capital )> de Marx . . E. Vandervelde i 

Les Syndicats Ouvriers. — Les Bourses 
du Travail en Allemagne (5M2Ï«) . . . Paul Umbreit . i 

Les Coopératives. — Le Congrès des Coo- 
pératives anglaises Philippe Landrieu i 

Le Droit Ouvrier. — Les Grèves devant 
les Tribunaux français Jules Uhry . . i 

Bibliographie. — Notices : Livres et Revues Les Rédacteurs, i 

L'Art, La Littérature. — Nous voulons 

de la terre George Cosbuc . i 

Le Mouvement artistique : Les Livres . 

— La Poésie — Le Théâtre .... Les Rédacteurs, i 



249 

263 

272 

281 
290 

292 
394 



:*o 100. 



23 JUII^ET 



Le m* Livre du <( Capital » de Marx [fin] 
Les Partis Socialistes. — Le VI» Congrès 

du Parti socialiste bavarois. . . . 
Les Syndicats Ouvriers. — Les Bourses 

du Travail en Allemagne [Suite) . 

Le Mouvement Syndical en Finlande 
Bibliographie. — Notices : Livres et Revues 
L'art, la Littérature. — « L'Etape » 

Le Mouvement artistique .... 



E, Vandervelde. 1297 

Franz Muller . 1314 

Paul Umbreit . 1326 

D^^N. R. af Ursin 1334 

Les Rédacteurs. 1340 

André Mohizet . 1340 

Les Rédacteurs. 1344 



5fO 101. 



l»»" AOUT 



Révolution verbale et Révolution pratique 
Politique et Syndicats .... . . 

Les faits Politk^ues. — ALLEMAGNE : 
Les socialistes et les Elections munici- 
pales en Alsace-Lorraine . . , . . 
ANGLETERRE : Arthur J. Balfour . 
Les Syndicats Ouvriers. — ALLEMAGNE 
Les Bourses du Travail en Allemagne 

(M ' • 



Jules Destrée 
Karl Kautsky 



A. WiSNER 

F. Mudley 



Paul Umbreit 



1345 
1371 



•3/ 



QUATRIÈME ANNÉE ig02 



FINLANDE : Le mouvement syndical 
en 'Finlande [fin') D'' N. R. af Ursix 

Les Grèves. — ETATS-UNIS • La 

grève des Mineurs américains . . . JohnSpARGO. 
Les Coopératives. — FRANCE : La F'é- 
dération des Coopératives de la région 
du Nord ........ . D'' Verhaeghe . 

ANGLETERRE : Le Congrès des Coo- 
pératives anglaises (Shî/^) .... Philippe Landrieu 

Bibliographie. — Notices : Les Livres — 

Les Revues Socialistes Les Rédacteurs. 

L'Art et la Littérature. — La Saison 

théâtrale igoi-igoa M. de Fahamond 

Le Mouvement artistique Les Rédacteurs. 



4^ 

Pages 

399 
406 



îtfo loa. 



15 AOUT 



La Politique anticléricale Raoul Briquet . 

Le IV° Congrès des Syndicats allemands . Otto Hirsch . 
Les f.\its Politiques. — FRANCE : Dé- 
faites socialistes Emile Buré . 

ITALIE : Vers la Législation sociale . Alessandro Schiavi 
Les Syndicats Ouvriers. — FRANCE : 

Congrès ouvriers Tules Uhry . 

ALLEMAGNE : Statistique Syndicale. R. Lang . . . 
Les Grèves. — AUTRICHE : Les Grèves 

en Autriche de 1894 a igo2 .... D'' Fritz Winter 
Les Coopératives. — BELGIQUE : Con- 
grès coopératifs L. Durieu 

ANGLETERRE : Le Congrès des Coo- 
pératives anglaises {fin} Phil. Landrieu 

Les Questions Féministes. — FFIANCE : 

Le travail des femmes en France . . Raoul Briquet 
PAYS SCANDINAVES : Un Congrès 

féministe Scandinave Emma Lucht 

Bibliographie. — Notices : Les Livres. — 

Les Publications socialistes Les Rédacteurs 

L'Art et la Littérature. — Toung- 
Foung-Tsé et la Femme, Covte chinois, 

adapté par Paul Ballaguy 

Le Mouvement artistique Les Rédacteurs 

s» 103. — l»'^ SEPTEMBRE 

Réformes sociales et Révolution sociale . Karl Kautsky 

Les préoccupations intellectuelles, esthéti- 
ques et morales dans le Pa'-ti Ouvrier 
Belge. .Iules Destkée 



42 



LE MOUVEMENT SOCIALISTE 



Les Partis Socialistes — FRANCE : 

Documents socialistes 

BELGIQUE : Le Congrès des Jeunes 

Gardes socialistes 

BRn-SIL : Le 2^ Congrès du Parti so- 
cialiste Brésilien 

Les Syndicats. — BELGIQUE : Le i<"- 
Congrès des Bourses de Travail . 
ALLEMAGNE: Le IV« Congrès des 
Syndicats allemands (/«), . . . . 
Les Grèves. — ALLEMAGNE : Les Grè- 
ves en igoi 

Les Coopératives. — FRANCE : La Fé- 
dération de la Région Parisienne . 
AUTRICHE : Le Parti Socialiste Au- 
trichien et les coopératives .... 
Bibliographie. — Notices : Les Livres. — 
Publications Socialistes 



André Morizet 

L. DURIEL'. 

P. Loge , . 
J. Claes . 

Otto HiRSCH . 

Oscar Fllle . 
Henri Jullien 
D'' Victor Adler 
Les RÉDACTEURS 



Pages 
»565 
1570 

■ '579 
.588 
1592 
1601 
1607 
1621 
1626 



T«o 104. 



15 SEPTEMBRE 



Evolution et Révolution 

Les préoccupations intellectuelles, esthéti- 
ques et morales dans le Parti Ouvrier 

Belge (fin) 

Les Faits Politiques. — ANGLE- 
TERRE : Election Ouvrière . . . 
ITALIE : Les Elections municipales , 
SUISSE : Victoire socialiste à Zurich . 
Les Partis Socialistes. — NORWEGE : 
Le XIV" Congrès du Parti Socialiste 

Norvvégien 

Les Syndicats Ouvriers. — ANGLE- 
TERRE : La Fédération générale des 

Trades-Unions 

BELGIQUE; Congrès Ouvriers. . . 
Les Grèves. — AUTRICHE: La Grève 

des Ouvriers agricoles en Galicie . 
Bibliographie. — Notices : Les Livres. — 
Les Publications Socialistes .... 
L'Art, La Littérature. — Le « Secret de 

Frédéric Marcinel » 

Le Mouvement Artistique 



Karl Kautsky . 1633 



Jules Destrée . 1649 

M. -A. Macpherson 1673 
A. ScHiAvi . . 1674 
H. Forel . . . 1678 



O. Danielson . 1682 



M. -A. Macpherson 1687 
J. Claes . . . i68g 



S. Haecker . 

Les Rédacteurs 

Raoul Briquet 
Les Rédacteurs 



1703 

1717 

1721 
1727 



îfo 105. — 1»'' OCTOBRE 

Lettres à Kugelmann Karl M.\bx , . 1729 

La Révolution sociale de la période capita- 
liste K. Kautsky . . 1748 



QUATRIÈME ANNÉE I9O2 



43 



Les Partis Socialistes, — AUTRICHE: 
Le Congrès des socialistes allemands 

d'Autriche 

ITALIE : Le Congrès des socialistes 
italiens ^ . . . 

Les Syndicats Ouvriers. — SUEDE : Le 
2® Congrès international des travail- 
leurs des transports 

Les Coopératives. — AUTRICHE : Le 
second Congrès fédéral coopératif . 

L'Hygiène Sociale. — BELGIQUE : La 
Police des Mœurs et la Conférence 
internationale de Bruxelles .... 

Les Qlestions Agraires. — FRANCE : 

La Coopération dans la Viticulture . 

BELGIQUE : Le V« Congrès agricole 

du Parti Quvrier belge 

Bibliographie. — Notices : Les Livres. — 
Les Publications socialistes 

L'Art, La Littérature. — L'Année 
Poétique 1901-1902 



G. Rotbart . 
A. Schiavi 



R. Jacobsen . 
G. Baeck . 

E. DOLLÉANS . 

M. Olivier . 
L. Durieu. 
Les Rédacteurs 
Paul SoucHON 



Pages 

1754 
1760 

1773 
1779 

1784 
1792 
1802 
1806 
1811 



NO 106. — 15 OCTOBRE 

L'Organisation socialiste et le Congrès de 

Commentry . . A. Morizet 

Réformes sociales et Révolution sociale (^«) K. Kautsky 

Les Partis Socialistes. — ALLEMAGNE : 
Les Congrès des femmes socialistes et 
des socialistes allemands à Munich. . G. Weill. 

Les Syndicats Ouvriers. — ANGLE- 
TERRE : Le Congrès des Trades- 
Unions M.-A.Macpherson igo 

Les Coopératives. — BELGIQUE : La 

« Maison du Peuple » de Bruxelles . L. Durieu. 

Bibliographie. — Notices : Les Livres. — 

Les Publications socialistes .... Les Rédacteurs. 

L'Art, La Littérature. — Le Mouve- 
ment Artistique : Les Livres. — Les 
Revues. — Les Publications . 



1825 
1835 



1892 



igu 

1917 



Les Rédacteurs. 1918 



N^ 10 7. — 1er iirovE::;3BRE: 
Enquête sur l'Anticléricalisme et le Socialisme 



AVANT-PROPOS. • 
RÉPONSES DE : I. 



André Morizet . 1921 
E. Vandervelde iq2^ 



44 LE MOUVEMENT SOCIALISTE 

Pages 

II Ed. Vaillant . 1937 

m îules Dhstrée . 1939 

IV G. VON VOLLMAR 1943 

V Enrico Ferri . . 1Q4D 

LES FAITS POLITIQUES 
FRANCE : Le second congrès radical. . Emile Buré . . 1949 

LES PARTIS SOCIALISTES 
FRANCE : Le XX^ Congrès du (c Parti 

ouvrier Français ........ A. Renard . . 1959 

ALLEMAGNE : Le Congrès des socialis- 
tes Allemands (fin) Georges Weill . 1967 

ESPAGNE : Le Vie Congrès du « Parti 

socialiste ouvrier Espagnol » .... Pablo Iglesl\s . 1982 

LES SYNDICATS OUVRIERS 
ANGLETERRE : Le Congrès desTrades- 

Unions (suite) • M. A, Macpherson 1985 

LES QUESTIONS ÉCONOMIQUES 
ALLEMAGNE : La disette de la viande . A. Bluijer . . 1994 

BIBLIOGR.\PHIE 
NOTICES : Les Livres. — Les Publica- 
tions socialistes ........ Les Rédacteurs. 2005 

CORRESPONDANCE : Rectification . J.-B. Askew . 2007 

L'ART, LA LITTÉRATURE 
CRITIQUE D'ART : L'Exposition des 

Primitifs flamands Jules Destrée . 2008 

LE MOUVEMENT ARTISTIQUE : 

Les Théâtres lacques Bizet . 2015 



X" 108. — 15 NOVEMBRE 

Les Scandales capitalistes et administratifs 

de la Martinique .1. Lagrosillière 2017 

J.e scrutin de liste P.-G. LaChesnais 2o38 

Enquête sur l'Anticléricalisme et le Socialisme 

RÉPONSES DE VI Pablo Iglesi.\s . 2043 

VII H. GuELCH . . 2044 

VIII Karl Kautsky . 2045 

LES FAITS POLITIQUES 
FRANCE : Au Parlement Emile Blré . . 2058 



QUATRIÈME ANNÉE ig02 ^5 

Pages 
LES SYNDICATS OUVRIERS 
FR.VNCE : Le X'' Congrès des Bourses du 

Travail Georges Yvetot. 2074 

ANGLETERRE : Le Congrès des Trades 

Unions (tin; M. A. Macpherson 2091 

LES COOPÉRATIVES 
ALLEMAGNE : Un coup d'état coopéra- 
tif. Le Congrès de Kreuznach . . . . C. AIutscher . 2098 

BIBLIOGRAPHIE 
NOTICES : Les Livres. — Les Pubîica- 
* tions socialistes Les Rédacteurs. 2104 

L'ART, LA LITTÉRATURE 
Emile Zola M. Le Blond . 2107 

•S° 109. — !«'■ OKCEHBRE 

L'État et les Charbonnages en Belgique . E. \'ANnER\ELDE 2113 
Les Scandales capitalistes et administratifs 
de la Martinique (suite) J . Lagrosillière 2 1 24 

Enquête sur l'Anticléricalisme et le Socialisme 

RÉPONSES DE : VIII (suite) . . . . Karl Kautsky . 2137 

LES SYNDICATS OUVRIERS 
FRANCE : Le X« Congrès des Bourses du 

Travail (suite) Georges Yvetot 2153 

ITALIE : Organisation ouvrière . . . Alessandro Schiavi 2169 

LES COOPÉRATIVES 

FRANCE : Sur « r Union » d'Amiens. . Wartei, . . . 2170 

LES GRÈVES 
FRANCE : La Grève d'Ourscamp . . . Compère-Morel . 2174 
ITALIE : Les Grèves de igoo d'après la 

statistique officielle Alessandro Schiavi 2179 

LES QUESTIONS AGRAIRES 
FRANCE : La coopération dans la Viti- 
culture (fin) Maurice Olivier. 2181 

VARIÉTÉS 
FRANCE : Le Nationalisme de M. Jules 

Sourv Henri Dagan. . 2193 



46 LE MOUVEMENT SOCIALISTE 

Pages 
BIBLIOGRAPHIE 

NOTICES : Les Livres. — Les Publica- 
tions socialistes Les Rédacteurs. 2198 

L'ART, LA LITTÉRAl URE 

Emile Zola (fin) Maurice Le Blond 3200 

W 110 — 15 I>ECEMBKE 

L'idéal social de la Nouvelle-Zélande . . M. Béer . . . 2209 

L'Etat et les charbonnages en Belgique (fin; E. Vandervelde 2223 
Les scandales capitalistes et administratifs 

à la Martinique (fin) J. Lagrosilljère 2262 

Enquête sur l'Anticléricalisme et le Socialisme 

RÉPONSES DE : VllI (fin) .... Karl Kautsky . 2286 

LES SYNDICATS OUVRIERS 
FRANCE : Le X« Congrès des Bourses 

du Travail (fin) G. Yvetot . . 2286 

VARIÉTÉS 
FRANCE : Le Nationalisme de M. Jules 

Soury (fin) . . Henri Dagan. . 3301 

BIBLIOGRAPHIE 
NOTICES : Les Livres. — Les Publica- 
tions Socialistes Les Rédacteurs. 2310 

Table des Matières du 2^ semestre de 

l'année 1902 2314 



ÉDITIONS 

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Jules Destrée. — Révolution verbale et Révolution 
pratique 

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Karl Kautsky. — L'Eglise et le Socialisme 

à fr. 0,50 
Maurice Le Blond. — Emile Zola 

Volumes à fr. 2,50 

Emile Vandervelde. — Essais sur la Question agraire 
en Belgique. 

Karl Kautsky. — La Révolution Sociale 

Volumes à fr. 4,— 

Jules Uhry. — Les grèves en France et leur solution 



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-^ Vandervelde, Emile 

t>95 Sssais sur la question 

V25 agraire en Belgique 



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